N° 60
Mars

http://piednoir.net

Les Bords de la SEYBOUSE à HIPPONE
1er Mars 2007
jean-pierre.bartolini@wanadoo.fr
LA SEYBOUSE
La petite Gazette de BÔNE la COQUETTE
Le site des Bônois en particulier et des Pieds-Noirs en Général
l'histoire de ce journal racontée par Louis ARNAUD
se trouve dans la page: La Seybouse,
Les dix derniers Numéros :
         L'Hymne des Français d'Algérie       
offert par Jean-Paul Gavino 
EDITO

  A QUEL REGIME,  
  ALLONS-NOUS ÊTRE ACCOMMODES ?    

    Les candidats les plus en vue s'adonne à la surenchère électorale avec un dédain sans bornes pour le bon peuple gaulois.

    Cette flambée, de promesses et de leurres, qui revient à chaque élection importante est de plus en plus néfaste et insupportable.

    - Néfaste car les sommes considérables qui y sont englouties dans un puits sans fond, serviraient mieux à la réalisation d'utiles équipements publics, tout en sachant que tout cela est en très grosse partie notre " flouss " qu'ils dépensent.
    - Insupportable avec tout ce matraquage médiatique pour savoir qui est N° 1, 2, 3, 4 etc. ; pour nous faire avaler les pilules des uns et des autres ; pour connaître le patrimoine d'untel ou untel, etc., etc…

    Pendant ce temps le pays est paralysé ; il se meurt d'une longue agonie lancinante. Des dangers menacent notre démocratie ou du moins ce qu'il en reste. Les fondements de nos constitutions et institutions pour lesquelles des millions de gens se sont battus jusqu'à la mort, sont bafoués et même piétinés dans l'indifférence de ce bon peuple de veaux comme l'aimait le nommer le Guide d'une certaine France.
    Tous nous proposent leurs recettes, leurs régimes et demandent de nous serrer un peu plus la ceinture, car il faut lire les petites lignes et écouter les refrains chantés en sourdine.

    Au fait, ces marchands de rêves qui se moquent ouvertement des électeurs de Gaule, les avez-vous vu prendre des engagements fermes en faveur de notre communauté pour qu'enfin nos problèmes récurrents depuis 45 ans soient réglés une fois pour toute et que nous soyons mis sur le même pied d'égalité que les autres communautés ou autres français !!!

A quel régime seront-nous soumis, nous les dépatriés ?
Sûrement à celui de l'incompréhension, de l'indifférence et même du mépris.
 Avec tout cela, faire un choix ou aller à la pêche à la matsagoune !!!

Jean Pierre Bartolini          

        Diobône,
        A tchao.


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Jean Pierre Bartolini

RAOUL BORRA
Enfant du Hasard
N° 7 de novembre 1950
de M. D. GIOVACCHINI
Envoyé par sa fille

  
         A nous deux, camarade. Une fois n'est pas coutume.
         Raoul BORRA nous débarquait un jour de Bougie tout menu, bien discret, ne demandant qu'à placer sa juvénile activité. L'ambition n'avait pas encore terni la foi du néophyte.
         Il milita sans éclat dans notre belle section riche de dynamisme, où l'on discutait avec passion sans jamais chercher, comme aujourd'hui, à placer les copains.
         Comme on vit toujours mal à l'ombre de quelqu'un, il me conseilla de me " reposer ", avec une ingénuité toute faite d'astuces fort ingénues.
         Je ne ferai pas état de faits personnels qui n'amuseraient que trop les adversaires du Socialisme. Aussi je tiens à le juger en toute objectivité, en le mettant en présence des fautes et des erreurs commises si préjudiciables au parti qu'il veut servir.
         J'ai quelque droit de lui parler. Il fut un peu mon élève en Socialisme. Pour vaincre sa timidité, je le bousculais presque sur les estrades où il débitait ses premiers " lieux communs " en lui disant : " Vas-y, Raoul. Courage ". Et, petit à petit, il put acquérir l'assurance et le sang-froid dont il était dépourvu.

         Aujourd'hui, le public ne le gêne plus ; il a de l'aisance et même du sans-gêne, tout en faisant preuve d'un bel esprit combatif dans l'attaque ou la riposte.
         Certes, il n'est pas orateur, mais il est moins lourd que PANTALONI.
         Son langage, tout comme son style, est fort correct, Mais, grand Dieu, quelle monotonie ! L'autre jour, j'ai voulu me rendre compte s'il avait fait quelques progrès dans l'art de la harangue. Prodigue de compliments et de flatteries, il distribue, lui aussi des " chers amis " à la volée. Il n'a pas de gestes sobres ou expressifs, mais agite ses petites mains sans arrêt et sans raison, en dodelinant de la tête d'une façon étourdissante.
         Allons, Raoul, mettez un peu plus de chaleur et d'esprit dans l'enchaînement de vos phrases, libérez-vous des fastidieuses litanies du "Parti", ne répétez plus les vieux clichés périmés, débarrassez-vous de ces formules toutes faites, inspirées de bonne pédagogie peut-être, mais bien froides, stériles et sans attrait.
         Il faut tout de même convenir que Raoul BORRA ne perd pas son temps à la Chambre. Il écoute, et il retient.
         L'Assemblée Nationale est par ailleurs une école incomparable pour des élus qui veulent travailler et s'instruire.

         BORRA n'y perd pas son temps. Présent aux séances publiques, il ne ménage pas son temps dans les Commissions. Il n'occupe pas une place de premier plan, mais il occupe sa place et fort honorablement. Ce n'est pas un paresseux.
         Le député socialiste ne voit pas toujours ses démarches couronnées de succès, mais il s'intéresse à ceux qui l'ont élu et donne régulièrement des preuves d'une réelle persévérance dans le travail.
         Ce n'est cependant pas un robuste. Bien que chétif, il sait se surmener et s'imposer bien des fatigues.
         Il fait preuve à la Chambre de la même conscience professionnelle qu'à l'école.
         Educateur d'élite, son métier d'instituteur était un véritable apostolat. La génération nouvelle qui se dit et se croit " émancipés " ferait bien de s'en inspirer.
         Les instituteurs de jadis aimaient leurs élèves à la manière d'un BORRA ; aujourd'hui, la fonction publique est hélas ! Ravagée par l'obsession des " congés ", des " revendications ", et des " rappels ". Il faut avoir le courage de le dire.

         Il faut aussi reconnaître que, dans le chemin des honneurs, il n'a pas été gagné par le démon de l'affairisme. Foncièrement probe, il sait se contenter de son mandat de député, ce qui, du reste, n'est pas trop mal.
         Bon père, bon époux, bon maître, bon citoyen, tout ce qu'il lui faut pour mériter un petit coin de paradis gratuit, obligatoire et laïque. Comme beaucoup de gens de " gôche ", il parle avec émotion des misères humaines, mais met la main à la poche avec un tantinet de chagrin. La bonté, chez les hommes, n'est après tout qu'affaire de tempérament.
         Il n'a pas échappé à la vindicte des médisants. " On lui a trouvé une riche combine dans telle Compagnie d'Assurances., on l'a payé pour qu'il laisse la place à NAEGELEN ", et d'autres vilenies du même genre. Des coquins, qui, pour mériter la pâtée de leurs maîtres véreux, colportent ces stupidités imbéciles, ne méritent comme toujours que le mépris le plus absolu.
         On peut dire que la chance l'a favorisé. Tant mieux pour lui.
         C'est un véritable enfant du hasard. Sans la guerre il n'aurait jamais pu ceindre une écharpe de Maire ou de Député.
         La Libération, qui enrichit notre histoire de pages glorieuses, fut parfois une épopée de l'improvisation et de "l'ôte-toi de là que je m'y mette ". Et d'Oran jusqu'' Bône, tant de faux résistants accaparèrent les bonnes places et vite. On casa les copains, on pilla le bien des autres et on expédia les adversaires dans les camps de concentration.
         A la faveur de tous ces bouleversements, le petit Raoul se trouva transformé en Député-Maire. A un point tel que, souvent, il devait se demander si cette aventure était bien la sienne.

         "Nous ferons des miracles " clamait-il à la Place Marchis, le soir du triomphal succès de la "France dite Combattante ". Et, bras-dessus, bras-dessous avec Gabriel PALOMBA, il défilait à travers les rues de la ville, enivré par cet encens populaire si mortel pour des cerveaux trop simples.
         Mais la griserie devait prendre fin et le réveil s'annonçait lourd de difficultés et de dissentiments fort dissolvants.
         Au lieu de se recueillir dans le calme des archives, de réfléchir avant de subir les impulsions d'une équipe bariolée en mal de vindicte, il se laissa entraîner dans la voie des représailles et de la malignité.
         II fallait, M. le Député, briser net la plume du sinistre PUCHEU qui s'imaginait que le règne des nouveaux parvenus était éternel. N'ayant pas mis un terme à la vague de délation qui déferlait à la ronde, vous avez accumulé sur votre petite personne des inimitiés et des haines incalculables. Une foule de braves gens ne pardonna guère les injustes accusations des Fouquier-Tinville de bas étage, qui semaient la terreur dans le repaire de la Rue Bugeaud.
         Aujourd'hui les remords surgissent, M. le Député.

         On parle d'amnistie et il est fort possible que les névrosés de la fameuse Quatrième rendent compte de leur malfaisance.
         En votre for intérieur vous devez sûrement me donner raison. Car le seul tort de ceux que vous appelez " traîtres " dans votre jargon de carrefour, fut celui d'avoir toujours eu raison.
         Tout cela parce que vous n'avez pas réfléchi, et que vous n'avez pas tenu compte des conseils de tolérance et de sagesse que la vieille MARIANNE vous prodiguait du haut de son effigie.
         Votre Conseil Municipal ne manquait pas, dans son ensemble, de dynamisme. Il avait le désir de bien faire et des hommes comme GIOVANINETTI et SCHNEIDER accomplissaient plus de besogne municipale que tous les Adjoints du Grand Maire actuel, dont l'oeuvre est marquée par le sceau du néant.

         S'il est faux que vous ayez quitté la Mairie en laissant un déficit utilisé par PANTALONI pour masquer les difficultés d'une gestion nouvelle, il n'en est pas moins vrai, que des gaffes fort graves sont à mettre à votre actif !
         Mais qui donc, BORRA, vous a conseillé dans les affaires NUNCIE DE FORNEL, et du Théâtre.
         Quels sont donc les mauvais génies qui vous ont fait commettre d'aussi monumentales sottises. Tout cela fut perpétré à votre insu, je veux le croire, par des âmes peut-être fort peu... intéressées.
         Que De FORNEL digère des orties à longueur de journée, c'est un fait. Ce n'était pas une raison pour l'accabler de pêchés qu'il n'avait guère commis !
         L'affaire du Théâtre, et celle du procès NUNCIE, sont des étourderies sans nom, que seuls des élus inexpérimentés et inspirés d'esprit partisan, peuvent commettre.
         Vous n'avez pas réfléchi, BORRA. C'est tout. Mais, en attendant, les contribuables paient les frais et ils le savent.
         Que cela vous serve de leçon.

         Rassurez-vous, la Municipalité actuelle n'aura pas de bilan plus positif et plus honorable à présenter. Vous aurez l'occasion de le lui démontrer, j'en suis convaincu,
         Mais le fait le plus grave que l'on ait à vous reprocher est sans nul doute cette position que vous avez prise, avec une ostentation inqualifiable, lors de la discussion à l'Assemblée Nationale du Statut de l'Algérie.
         Par esprit de parti, vous avez manqué à votre devoir d'Algérien et de Français. Même si la S.F.I.O., ignorante en matière de questions algériennes, accordait la citoyenneté française à tous les indigènes, vous aviez alors, vous, algérien, le devoir de les informer au premier chef, de les mettre en garde contre leur aveuglement, de leur crier casse-cou.
         Vous avez surenchéri sur les motions d'égalitarisme présentées par vos Collègues métropolitains qui parlent souvent de l'Algérie comme des aveugles parlent de couleur.
         Si, malgré tout, le Parlement ne s'était pas ressaisi, l'Algérie aurait été livrée aux néfastes apôtres du nationalisme musulman pour le malheur de la France et des Musulmans eux-mêmes.

         Vous avez fait mieux en envisageant l'introduction, dans le collège européen, des femmes indigènes, dépassant ainsi le désir de leurs époux et de leurs familles.

         On voudrait sourire, si ce n'était pas triste, de tant d'aberration.
         Mais vous ne calculez donc jamais les incidences de vos actes sur l'opinion publique, susceptible et facilement courroucée, quand on porte atteinte à la souveraineté française dans ce pays.
         Et alors, s'est instinctivement formé contre vous le bloc de tous ceux qui ne veulent pas compromettre l'oeuvre civilisatrice de la mère Patrie. Le résultat - et c'est fâcheux pour le Socialisme - fut votre échec électoral aux dernières élections municipales. Un vent salutaire, soufflant sur la terre algérienne, fit disparaître comme fétus de paille toutes les municipalités France - Combattante.
         L'incompréhension de la S.F.I.O. remit en selle tous les tenants de la réaction dans ce pays. Des théories mal présentées et surtout d'une application dangereuse, provoquent toujours les réflexes hostiles d'une opinion publique légitimement émotive.

         Malgré votre entêtement, fait de puritanisme doctrinaire, j'imagine - et ce serait à votre honneur - que vous touchez du doigt aujourd'hui l'ampleur de votre faute.
         Vous n'avez même pas été payé de reconnaissance, car les indigènes inscrits au premier collège, n'ont guère voté pour votre liste dans leur immense majorité.
         Au moment de la validation de PANTALONI, votre maladresse fut aussi méchante que candide.
         Pourquoi ne pas jouer au " gentlemen " et vous incliner, comme vous l'indiquaient LE TROCQUER et Charles LUSSY devant le verdict du suffrage universel, règle suprême et fondamentale du régime républicain ?

         En vous acharnant sans mesure, sans même nuancer vos attaques contre UNE PERSONNE, vous avez transformé le coupable en victime. Les Bônois, qui sont frondeurs, se tenaient le langage suivant : " Ah ! Il ne veut pas qu'il vienne. C'est qu'alors il le gêne ". Et, de PANTALONI, qui avait quitté Bône confus et découragé, vous en avez fabriqué un martyr. Il ne restait plus qu'à le plébisciter : les électeurs s'en chargèrent. Vous fûtes, avec la France Combattante, le meilleur artisan de son succès.
         De bonne grâce, reconnaissez-le. Tâchez d'acquérir quelque peu le flegme de René MAYER. Et que cela vous serve de leçon.
         Mais jetez donc un regard en arrière, et voyez dans quel état est votre Fédération, si prospère il n'y a pas si longtemps. Vous avez beau jouer au Docteur Tant-Mieux et dire sans perdre haleine : " Coude à coude, tout va bien, continuons, la victoire est au bout ", les troupes s'amenuisent fortement et bien des meurtris, des écoeurés parsèment le turf fédéral.

         DOUMENC, et ce n'est pas dommage, allonge son rose museau ; ESTIVALS bat la campagne et ne vous apporte plus ses lauriers de grand mutilé ; Amédée BRIFFA, si valeureux, si probe et si sympathique, qui devait être à sa place, se trouve remisé au grenier.
         Il vous reste le sérieux COMOLLI, et le spirituel SEI, qui, comme SCALONE, est un soldat de l'Habitude...
         Surtout, prenez la précaution, honorable député, de ne jamais parler de " traîtres " à la Vieille Maison. Vous seriez prisonnier dans vos propres filets.
         Qui donc a placé HÔ-CHI-MINH où il est, et qui donc, il y a un an à peine, demandait la paix avec le Viet-Minh, en même temps que la réduction des crédits militaires ?
         Mais qui donc va voter l'amnistie pour tous ceux qui n'étaient que d'infâmes collaborateurs ?
         Mais qui donc va réarmer l'Allemagne ? On a beau " enfiler des perles " avec des motions nègre-blanc, le fait est là.
         Et Jules MOCH n'est pas en Amérique pour imposer sa volonté, mais bien pour suivre les directives du bon sens national.

         Mais le sujet est trop vaste. Il ne m'est pas possible de seulement l'aborder dans le cadre d'une modeste brochure.
         Et le tour de valse chérie avec les Staliniens ? Finis les choeurs " du prolétariat conscient et organisé ". Pour l'ami Gabriel, vous êtes également une " vipère lubrique ", un " assassin du peuple " et Jules MOCH n'est plus qu'un " DIX POUR CENT " !...

         Voyez, BORRA, comme on devient vite victime de ses propres expressions !...
         Au fait, êtes-vous pour ou contre la Proportionnelle ? La S.F.I.O. est bien muette à ce sujet !
         Pourquoi, d'ailleurs, ne vous entendriez vous pas avec René MAYER, PANTALONI et AUGARDE ! Vous votez bien ensemble à la Chambre. La logique vous imposerait une bonne entente aussi bien en deçà qu'au delà de la MEDITERRANEE.
         Est-ce René MAYER qui refuse, pour offrir une part du gâteau à ses poulains ? Ou est-ce vous par amour de la sainte doctrine ?
         Bien que l'énigme soit facile à déchiffrer, donnez-nous votre meilleur avis à ce sujet.

         BORRA, écoutez-moi.
         Demeurez " bon père, bon époux et probe citoyen ". Ce sont des références qui ne courent pas les rues par ces temps de soi-disant progrès.
         Ne soyez jamais plus hargneux. Vous n'êtes point sot, mais votre pensée manque d'ailes et vous n'êtes pas bien dégagé des déformations professionnelles.
         Ne soyez jamais " primaire " dans le mauvais sens du mot.

         Voyez plus haut, sans jamais de sectarisme ni d'esprit partisan.
         Vous vous en trouverez mieux. Et le Parti Socialiste aussi.
         On me dit souvent que je devais être député à votre place. C'est fort possible.
         Evidemment, je n'aurais plus mené une vie de sans-le-sou, j'aurais aussi une petite figure grassouillette de député et les manières d'un Monsieur qui sait mentir.
         Bah ! La belle affaire ! Et puis, c'est uniquement la faute à mon tempérament libertin ! Je ne saurais en vouloir à personne.
         D'ailleurs, j'ai bonnes dents et bon oeil ; je n'ai pas les vices d'un fada, la goutte de PANTALONI, et les ulcères du grand pinardier.
         Sur la foi de St-Henri, je n'ai pas surtout la " Queue-de-Cerise ".
         Cela suffit à mon petit bonheur.
         En attendant, ne grognez pas, Raoul ! Et bonne chance !

P. S. .. Dites en passant de ma part à Pierre BLOCH qu'il n'est pas beau pour un socialiste de gagner trois millions et demi par an pour diriger la fameuse S. N. E. P.  



Ça qu'on vous a pas dit … !       N° 43
Christian AGIUS
le Maltais de la route de Bugeaud,
y ramasse dans les poubelles de luxe…
ma, tombe de ses morts, c'est la franche vérité !!!


Diocane ! Y zavaient pas pensé… France-Télécom y vend trois fois pluss de vidéos : grâce aux films pornos qui vient de mettre dessur le catalogue…


Le secoué coco qui dirige le Zimbabwe, Mugabe qui s'appelle, il est très fier dessur sa réforme agraire : les fermiers blancs y sont presque tous partis, ma l'inflation elle est de 1000 % par an, la famine partout, presque plus d'eau potable, la misère et le reste…
Ce dictateur, il intéresse pas les Américains : pas de pétrole en dessous !...


Entention aux manifestations atchez les Amerloques : y viennent de mettre au point une arme qui se chauffe les manifestants, comme les ondes en-dedans un micro-ondes. Total : y vaut mieux manifester quand on s'les gèle…


Tu t'rappelles quand j'avais dit que l'armée Zraélienne des cochons elle utilisait pour faire ensauver les terroristes palestiniens ?
L'affaire, tchoufa elle a fait, pourquoi les cochons y z'en avaient rien à foutre que d'aller bouffer en-dedans les poubelles…


Poutine y veut relancer la natalité en Russie : 14.000 zorros à partir du 2 ème enfant !!!
Reusement y zont pas l'immigration ac le droit du sol russe, là-bas…


Ya plus que neuf départements qui zont pas de " zones sensibles " : Hautes Alpes ; Ariège ; Cantal ; Corrèze ; Creuse ; Gers ; Lot ; Lozère ; Tarn et Garonne.
Tu sais méteunant ousque tu vas te retirer pour la retraite…


Marie-Ségolène elle a si bien été opérée de la fatche qu'elle peut pas s'empêcher de sourire, même si elle a pas envie.
Sûr que certains y vont demander l'adresse du chirurgien pour leurs belles-mères…


Ouf ! ça s'améliore : en 2006, 40270 bagnoles elles ont été brûlées, contre 42000 en 2005.
J't'avais bien dit que Sarcloseille un homme à poigne s'était !!


Toujours pas un sou aux p'tites sœurs des pauves, ma 12 millions de zorros aux ours des Pyrénées depuis 1996.
Le dernier lâcher en 2006, 2,24 millions de zorros il a coûté !!!
Ch'Allah qu'un y bouffe les klaouis d'un écocolo, diocanamadone !


Les affaiaiaiaiaiaiaires, fils !...............
Le Liban y vient de vendre 800.000 tonnes de ferrailles après l'attaque z'raélienne de l'été 2006 !!!!


Ya beaucoup d'Africains hélas atteints par le SIDA en dedans les hôpitaux parisiens. La DDASS elle paye des sorciers pour qui z'acceptent les traitements…………


Sarcloseille, c'est le champion des passages en-devant la télé : 4200 fois en 10 ans ! Sans compter la campagne présidentielle !!!


Le film "Indigènes " il a enspiré Yannick Noah, qu'il est en train de tourner un film à la gloire des Noirs qui zont libéré la France !!!
Manquent les Calédoniens, les Tahitiens, les Viets, les………………

La suite au prochain numéro :
te fais pas de mauvais sang,
J'en ai encore des tas en dedans les tiroirs….

LE PLUSSE DES KAOULADES BÔNOISES (46)
La "Ribrique" de Rachid HABBACHI
DEFENSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

          Què madone, d'abord, en me lisant cet artique dessur le journal, y m'a venu l'idée que la langue française elle a venue comme le léphant, qu'elle avait d'un coup, comme ça, par l'opération du saint esprit, tu sais, ces dents longues faites comme les arcles que les andiens y se tirent les flèches avec. Et pis non, tu ois, c'est seulement un baouèle de journalisse qu'à saouar, si qu'y s'est pas essuyé ce jour-là le tafanar avec les pages du cyclope y dit et qu'il écrit cet artique que j'te parle pour raconter un tas des bêtises, plein des bêtises, rien que des bêtises pour, comme y dit lui, attirer l'entention du monde des lettes dessur les dangers qu'y se guettent la langue française.

          En plusse, ce baouèle, pour remuer la plaie avec son stylo qu'il a la forme d'un couteau, le oilà qu'y se met à parler des cités ousqu'y dit que c'est là que la langue elle prend le plusse des coups, qu'elle est au plusse bas, à la merci de tous les z'en travers dedans la bouche des pauv' goiyes que l'école y z'y vont à cause qu'y sont obligés. Brèfle, c'est là qu'elle supporte le plusse la misère de ses mots qu'on s'les prononce à "l'envers" (tu ois ce dernier mot c'est le verlan de verlan) mais en dedans de tous ses morts affogués, même les fraîches, y sait pas ce badiguel que c'est la langue française qu'elle m'a fait, à moi, le plusse des misères. Tu ois, rien que pour arriver en fin d'études ousque je risquais d'aouar ce purée de cerfiticat que ma mère, elle m'avaoit promis une montre et mon père une bisquilette de course, y m'a fallu apprendre la sainte-axe qu'aucun catéchise y t'en parle, l'orthographle que pour l'écrire elle, je fais des fôtes, la grand'mère sans compter les deux que j'les z'ai à la maison et avec la rédaction que rien que le mot y me donne la fiève, sans compter ça qu'y se compte, le calcul ousque tous les robinets d'la ville y se cherchent des ferblantiers et que ces ferblantiers on s'les trouve jamais ça qu'y fait, que les problèmes aussi y sont posés en français que moi je dis et je redis, y m'a toujours fait des misères et des misères noires encore en pataugeant dedans de l'eau encore.

          Areusement qu'avant, quan c'est que je revenais aux lauriers roses en venant de l'école…què c'est ? què c'est ? les lauriers roses tu connais pas ? ô va de là où c'est que t'y as grandi toi ? même ceux-là de beauséjour y se connaissent not' cité. Y'alors, j'te dis pas quan c'est que j'revenais dedans ma cité à moi, au miyeu des miens, diocamadone, rien que l'air il avait un aut' goût, les gens rien qu'y rigolaient en jurant les morts et des fois en crachant, mais entention, pas tous, y en avait qu'y z'avaient de l'anducation et qu'y juraient seulement, y crachaient pas. Et pis, dès l'arrivée dessous les z'arcades de la cité, t' y as toujours quèqu'un qu'y te crie depuis le café et y'alors, t'y as bien travaillé à l'école ? mais entention, pas méchant c'est juste pour te faire marronner un peu, te faire venir les z'abeilles et te oir venir tout rouge à cause la rage que t'y as de pas pouoir dire ça que tu le penses à de bon dessur l'anstruction, l'école et tout ça qu'y touche à l'anducation nationale et aux belles lettes comme y dit ce baouèle de journalisse que challah le cul y lui tombe et qu'y lui reste que le trou et encore, ch'uis gentil.

          Après z'aouar pris le café au lait avec une tranche de pain, je sortais toujours pour aller prende mes cours de la langue de chez nous z'aut' qu'on s'l'appelle le tchapagate et que deux comme elle, t'y as pas, une langue fleurie comme y dit le poètre mais pas avec les fleurs du jardin qu'elles sentent rien, des fleurs comme celles-là là qu'elles poussent entre les lauriers roses et la choumarelle 2, qu'on s'les z'appelle les fleurs des champs et que leur couleur, ailleurs t'y as pas ; des coqs licots, les mieurs coqs pasqu'y sont rouges, des marguerites blanches comme ma oisine qu'elle s'a le même nom et plein des z'aut' comme le bluet qu'il a la couleur de l'équipe que moi je l'aime, la JBAC.

          Brèfle pour revenir à ce journalisse, au lieu de plaindre la langue française qu'elle est en train d'en prende plein les dents, y f'rait mieur de venir oir ceux-là là à qui, comme moi, elle a cassé la tête pendant les trente ans où que j'ai couru après une montre et une bisquilette que main'nan seulement j'ai compris pourquoi on dit qu'elle est de course.

Rachid HABBACHI

LA PLAINE DE BONE
BÔNE son Histoire, ses Histoires
Par Louis ARNAUD

          La plaine qui s'étend autour de Bône et que traverse la Seybouse, est particulièrement fertile.
          Elle va jusqu'au pied des Monts de Souk-Ahras, toute en surface plane et unie, sans le moindre accident de terrain notable.
          Les Fées qui s'étaient penchées sur le berceau de la Ville naissante qui devait être Hippo Regius et devenir Bône ensuite, avaient vraiment bien fait les choses.
          Elles l'avaient dotée d'une baie admirable et d'une rade excellente pour commercer avec les pays lointains. Les terres dont elles l'avaient entourée étaient riches et propres à des cultures multiples et choisies. Les fleurs et les fruits y abondaient.
          Et pourtant, au temps de l'expédition de 1830, il s'était trouvé, à la Chambre des Députés, un orateur, dont le nom, heureusement, n'est pas passé à la postérité pour critiquer cette aventure africaine qui, selon lui, coûtait à la France des sacrifices, en hommes et en capitaux, que ne valaient pas, certainement, " ces quelques arpents de sable " qu'on avait eu la folie de vouloir conquérir.
          L'opinion publique n'était généralement pas favorable à l'occupation de l'Algérie, et l'on fut bien près d'abandonner ce pays qui avait coûté tant de glorieux et pénibles sacrifices, et dont l'avenir incertain était extrêmement inquiétant alors.

          Le Général Bugeaud, lui-même, n'avait, avant de devenir Gouverneur de la Colonie, aucune confiance dans son avenir.
          Il n'avait été nullement enthousiasmé d'avoir été choisi pour occuper cette haute situation.
          Victor Hugo, dans ses remarquables récits, qui ont été rassemblés sous le titre : " Choses vues ", nous raconte les événements les plus saillants qui ont marqué son temps.
          Ce poète qui aurait dû vivre, en principe, dans les sphères éthérées, était le plus précis des observateurs terrestres. Tous les récits de " Choses vues " sont de merveilleux reportages qu'aucun journaliste n'a jamais dépassé pour la forme, la précision et le réalisme.

          En 1841, sous le titre " Origine de Fantine " Victor Hugo relate ainsi sa rencontre avec le Général Bugeaud, c'était le 9 janvier 1841 :
          " V. H., (le poète lorsqu'il se cite n'écrit que ses initiales) fut nommé à l'Académie un mardi. Deux jours après, Madame de Girardin, qui demeurait alors rue Laffite, l'invita à dîner.

          " A ce dîner était Bugeaud, qui n'était encore que Général, qui venait d'être nommé Gouverneur général de l'Algérie, et qui allait partir pour son poste.
          Bugeaud était alors un homme de soixante-cinq ans, vigoureux, très coloré de visage, marqué de la petite vérole. Il avait une certaine brusquerie qui n'était jamais de la grossièreté, c'était un paysan mélangé de l'homme du monde, fruste et rempli d'aisance, n'ayant rien de la lourdeur de la culotte de peau, spirituel et galant.
          Madame de Girardin mit le Général à sa droite et V. H. à sa gauche. La conversation s'établit entre le poète et le troupier, Mme de Girardin servant de truchement.
          Le Général était en grande humeur contre l'Algérie. Il prétendait que cette conquête empêchait la France de parler haut à l'Europe ; que, du reste, rien n'était plus facile à conquérir que l'Algérie, qu'on y pouvait, sans peine, bloquer les troupes, qu'elles seraient prises ainsi que des rats et qu'on n'en ferait qu'une bouchée ; qu'en outre, il était bien difficile de coloniser l'Algérie ; que le sol était improductif ; il avait inspecté les terrains, lui-même, et il avait constaté qu'il y avait un pied et demi de distance entre chaque tige de blé.
          Comment, dit V. H., voilà ce qu'est devenu ce que l'on appelait le grenier des Romains. Mais en serait-il ce que vous dites, je crois que notre nouvelle conquête est chose heureuse et grande. C'est la Civilisation qui marche sur la barbarie. C'est un peuple éclairé qui va trouver un peuple dans la nuit. Nous sommes les Grecs du monde, c'est à nous d'illuminer le monde. Notre mission s'accomplit, je ne chante qu'Hosanna. Vous pensez autrement que moi, c'est tout simple. Vous parlez en soldat, en homme d'action. Moi, je parle en philosophe et en penseur ".

          Cette citation, un peu longue, démontre le peu d'engouement que l'on avait alors pour l'Algérie, et explique la lenteur de son peuplement par des Français.
          Personne ne venait délibérément se fixer en Algérie.
          En principe, on ne venait pas de son plein gré dans ce nouveau territoire français. On y était amené par la fonction ou le métier militaire. Presque tous les premiers habitants Français des villes et villages de l'Algérie sont d'anciens serviteurs de l'Etat qui n'était arrivés dans le Pays que pour la Conquête ou l'Administration, comme soldats ou fonctionnaires, et qui y sont demeurés leur service terminé.
          Il avait fallu savoir les retenir et les empêcher de repartir.

          Ce ne sera qu'à partir de 1841, après l'arrivée de ce Gouverneur général qui, n'était venu à Alger que par ordre et presque à contre coeur, comme on a pu s'en rendre compte par la relation de Victor Hugo, ci-dessus reproduite ; que l'on s'efforcera de retenir sur le sol Algérien, militaires ou fonctionnaires qui avaient cessé leurs fonctions.
          Par l'application de la devise " Ense et Aratro " de Bugeaud, les militaires se familiariseront avec le sol, deviendront cultivateurs et finiront par aimer le Pays.
          Dans notre région bônoise, Bugeaud avait eu un devancier, en la personne du Général d'Uzer.
          C'est lui qui, bien avant Bugeaud, dès 1833, avait intéressé les soldats de la garnison à la culture des terres, en les faisant travailler dans les propriétés qu'il avait acquises dans l'alentour de Bône.
          Les méthodes de d'Uzer et de Bugeaud se ressemblent tellement, que l'on est en droit de se demander si elles ne sont pas qu'une seule et même méthode, une méthode découverte par d'Uzer ; " les militaires des postes avancés aux abords de la Ville occupée aux travaux agricoles dans ses propriétés ", adoptée officiellement par Bugeaud comme système de colonisation et de pacification, système synthétisé par la formule " Ense et Aratro ", par l'épée et par la charrue ", et mise en pratique par la création des fermes militaires.
          La ferme militaire de la Subdivision de Bône était à l'Allélick, immédiatement après les hauts-fourneaux et les usines de la Société de Bassano.
          C'est assurément à la présence de cette ferme que le quartier de l'Allélick, ou Allalig, doit son précoce développement agricole.
          La ferme a été transformée, plus tard, en dépôt de remonte, et finalement est rentrée, tout bonnement, dans le civil comme tous les anciens militaires.

***

          Retenir sur la terre algérienne ceux qui n'y étaient venus que pour le temps de la conquête, c'était bien et tout à fait méritoire.
          C'était en quelque sorte, participer à l'achèvement de l'oeuvre entreprise par les armées françaises.
          Mais l'appoint ainsi fourni par ces quelques nouveaux colons improvisés n'était pas suffisant.
          Il fallait craindre, aussi, au point de vue démographique, d'être trop sérieusement handicapé par l'afflux des étrangers : Maltais, Espagnols et Italiens ou Sardes, qui depuis que la sécurité s'établissait progressivement dans la région, n'hésitaient plus à venir s'y fixer.

***

          C'est la Révolution de 1848 qui va contraindre le Gouvernement français à tourner ses regards vers cette Algérie dont la France semblait embarrassée, comme d'un boulet attaché à ses pieds.

***

          Les événements qui avaient amené la chute de la Royauté et la fuite de Louis-Philippe, avaient profondément troublé l'ordre public.
          Plus de cent mille chômeurs manifestaient dans les rues de la Capitale en demandant du pain et des réformes. La situation était critique et l'on pouvait s'attendre au pire.
          Lors, l'Algérie s'offrit aux nouveaux dirigeants de la France comme un expédient providentiel pour calmer les esprits qui commençaient à entrer en ébullition.
          Un décret du 19 septembre 1848 ouvrit un crédit de cinquante millions " pour être spécialement appliqué à " l'établissement des colonies agricoles dans les Provinces de l'Algérie et aux travaux d'utilité publique destinés à en assurer la prospérité ".
          Et ce même décret offrait " aux colons cultivateurs ou qui déclaraient vouloir le devenir, à titre gratuit, des concessions de terre d'une étendue de deux à dix hectares par famille, selon le nombre des membres de celle-ci, leur profession et la qualité de la terre, et les
          " subventions nécessaires à leur établissement ".

          L'offre était tentante, devenir propriétaire sans aucun débours à faire, réaliser le rêve de tous les Français en ayant sa maison et son lopin de terre.
          Elle était si tentante que ce ne fut pas seulement les chômeurs et les exaltés, que l'on voulait calmer, et dont on essayait de se débarrasser, qui demandèrent des concessions en Algérie. Il y eut bon nombre de braves gens, laborieux et tranquilles, qui réclamèrent de partir, eux aussi vers cet inconnu qui les effrayait bien un peu, mais que des orateurs officiels leur assuraient être un pays fertile au climat sain, où il ne tenait qu'à eux de récolter la Fortune et le Bonheur.
          Et ce fut, pour ceux qui avaient choisi de s'établir autour de Bône, une lamentable odyssée, que Maxime Rasteil a retracé en d'émouvantes pages publiées sous le titre " Le Calvaire des Colons de 1848 ".

          C'est le récit, conté par un colon qui faisait partie de cette triste épopée, que Maxime Rasteil a simplement reproduit.
          C'est l'histoire de ce onzième convoi réservé aux colonies agricoles de Mondovi, de Barral, de Nechmeya et de Penthièvre, de ceux qui " en débarquant en Algérie avaient fait le beau rêve de devenir les rois de la Plaine et qui n'en ont été que les parias ".
          Ces braves gens étaient venus parce qu'on leur avait affirmé que le climat était sain et qu'ils seraient aidés et protégés. On les avait abominablement trompés. Dès leur arrivée à Mondovi ou Barral, ou ailleurs, dans la plaine, ils furent décimés par la fièvre paludéenne, et une épidémie de choléra vint parachever l'oeuvre destructive de la Malaria.
          Affaiblis et malades, ne pouvant se livrer à aucun travail pénible, inconfortablement logés sous des tentes militaires, et sans eau, la plupart de ces nouveaux colons reprit le chemin de retour pour aller grossir en France le nombre des détracteurs de l'Algérie.

          L'échec de cet essai malheureux de colonisation française n'était, certes, pas dû exclusivement à des circonstances strictement algériennes.
          L'impréparation du plan adopté par le Gouvernement provisoire et prescrit par le décret du 19 septembre 1848, l'insuffisance des mesures prévues pour le logement et la sécurité, enfin l'insalubrité qu'avaient feint de méconnaître les gouvernants français étaient les causes réelles de cet échec lamentable et décevant.
          Les colons, eux, étaient venus pleins d'ardeur et de courage ; ils étaient bien décidés à vaincre et à réussir.
          Si cet essai été vraiment un essai sincère de colonisation au lieu de n'avoir été qu'un expédient destiné à éloigner quelques exaltés des barricades parisiennes, la plaine de Bône aurait été livrée bien plus tôt à l'agriculture normale et rationnelle.
          Au contraire, par l'erreur impardonnable commise par les Pouvoirs publics, l'essor de notre agriculture régionale a été gravement retardé.

***

          Le phylloxéra a aussi joué un rôle important dans la vie agricole de la région bônoise.
          Ce puceron qui nous vient d'Amérique, et qui anéantit le beau vignoble français, vers la fin du siècle dernier, semant la désolation dans le Midi de la France, avait été, au contraire, la cause dans la région bônoise, d'une euphorie qu'on n'avait encore jamais connue.
          Le malheur des uns, dit-on, fait le bonheur des autres.
          Cet insecte maudit des viticulteurs allait bientôt achever la destruction du vignoble français. Il fallait donc procéder à la reconstitution intégrale de ce vignoble.
          On aurait peut-être pu procéder, depuis quelque temps, à des reconstitutions partielles, mais on avait tardé tant qu'on avait pu. La France tenait à sa primauté sur le marché des vins et elle avait tout fait pour la conserver jusqu'au bout des possibilités de son vignoble.
          Mais le terme de ces possibilités arrivait inexorablement.
          C'est alors qu'on songea encore à l'Algérie qui avait des terres excellentes pour la culture de la vigne. L'Algérie allait donc parer à la défaillance du vignoble métropolitain.

***

          Ce fut, dans la région bônoise, comme un branle-bas de combat. La Banque de l'Algérie, exécutrice des décisions gouvernementales, en l'espèce, incita les meilleurs de ses clients à devenir viticulteurs.
          Elle était là, derrière eux, leur assurait-elle, pour fournir tous les fonds qui leur seraient nécessaires. Ce n'était donc qu'une question de bonne volonté qui ne pouvait être que couronnée de succès, puisque les vins algériens étaient destinés à prendre la place des vins de la Métropole.
          On vit des vignobles immenses envahir la plaine et une activité, inconnue jusqu'alors, rompre le silence et la tranquillité habituels de nos campagnes. Car la vigne nécessite des soins presque continuels.
          Après la troisième feuille, les belles et riches vendanges mirent en liesse toute la région et la ville.
          Les vignobles se perfectionnaient de jour en jour, car la Banque de l'Algérie était là comme elle l'avait promis et même, elle poussait parfois, souvent même à la dépense.
          Or, pendant ce temps, les vignes arrachées étaient remplacées, en France, par des ceps américains et bientôt tout le vignoble français fut reconstitué.
          Le Midi naturellement, dès qu'il le put recouvra ses droits, mais il ne supporta pas d'être concurrencé, sur les marchés, par les viticulteurs algériens, qui l'avaient sauvé, mais dont ils n'avaient plus besoin.

          La Banque de l'Algérie, toujours exécutrice des désirs de ceux qui sont, comme on dit, près du soleil, et l'on sait que les représentants des régions viticoles de la France formaient et forment encore, la moitié des Députés et des Sénateurs, la Banque de l'Algérie donc, ferma ses coffres-forts et fit bien mieux encore, elle exigea brutalement le remboursement de ses avances. Ces avances étaient relativement énormes, car elle avait souvent poussé à la consommation, comme si elle préméditait d'interdire ou tout au moins de rendre difficile toutes les possibilités de remboursement.
          Pendant ce temps, le vin ne s'écoulait plus sur les marchés vinicoles, mais coulait au ruisseau, car il fallait, à l'approche de la récolte nouvelle, libérer le matériel vinaire.
          De larges bandes de cotonnade blanche, offrant du vin à cinq centimes le litre, barraient les rues ou tapissaient les devantures des marchands.
          Ce fut une catastrophe lamentable et pénible.
          Les viticulteurs, qu'on avait bernés, furent chassés de chez eux et la Banque de l'Algérie prit leur place pour l'exploitation de ce qui avait été pendant quelques années, leur raison d'être, et qui n'avait été qu'un rêve, finissant en affreux cauchemar.
          Les vignobles ainsi dévolus à la Banque de l'Algérie, dont le plus important dans notre alentour était le " Chapeau de Gendarme " furent pendant longtemps exploités par une filiale de la Banque de l'Algérie. Cet organisme était placé sous la direction de M. Emus Abbo, père de Gabriel Abbo.
          Si la chanson dit que le vin engendre la gaieté cette chanson n'est pas vraie pour les anciens viticulteurs de la plaine de Bône.
          L'admirable plaine de Bône qui est l'une des plus belles de l'Algérie, est couverte, aujourd'hui, de vignobles, de vergers, de jardins, de coton, de tabac et de cent autres produits de la terre.
          Elle est la manifestation évidente du labeur constant des agriculteurs de ce Pays.
          Elle forme le plus réconfortant et le plus réjouissant tableau de l'activité humaine. Mais que de pleurs, que de souffrances, ces pampres verts, ces vergers en fleurs et ces moissons prometteuses cachent, sans pouvoir les faire oublier...


Les génes du lait
Envoyé par M. Geneviève

Le nouveau Papa entre dans la chambre de la jeune maman qui vient d'accoucher :
L'enfant dans le berceau est tout....... noir.
Devant la mine interloquée de son mari, la maman s'explique:
"Mon amour. Je comprends ta surprise, mais vois-tu, je sais pourquoi notre enfant est noir.
Tu sais que quand j'étais petite, mon père travaillait en Côte-d'Ivoire comme coopérant à grand bassam, et ma mère avait choisi une nourrice noire Lili. Les gênes de son lait sont passées directement dans mon sang et voilà pourquoi notre enfant est noir."

-"Ah bon ? C'est pour ça ?"
Le jeune papa va au téléphone annoncer la naissance de l'enfant à sa propre maman.
- "Oh mon chéri comme je suis heureuse, est-ce qu'il te ressemble?"
- "Je suis l'homme le plus heureux de la terre, mais bon, il est juste heu... hum, bon, à vrai dire, il est noir... Mais j'ai l'explication.
Voilà : Est ce que tu savais que quand ta belle-fille était petite son père travaillait en Côte-d'Ivoire comme coopérant, et sa mère avait choisi LILI une nourrice noire. Les gênes de son lait sont passés dans son sang et voilà pourquoi notre enfant est noir."

-"Ah oui, je comprends. C'est comme pour toi quand tu étais bébé, je t'ai nourri au lait de vache, les gênes ont du passer dans ton sang et c'est pour ça que tu as des cornes! ....


BÔNE MILITAIRE
du CAPITAINE MAITROT
                              Envoyé par M. Rachid Habbachi                      N° 23

Bône Militaire                                                   44 SIÈCLES DE LUTTES
du XXIVème avant  au XXème Siècle après notre ère
Médaille de Bronze à l'Exposition Coloniale de Marseille 1906
Médaille d'Argent de la société de Géographie d'Alger 1908

Troisième Partie
         RECONSTITUTIONS DE BONE

d'après les Vestiges qui subsistent :
PLANS, PERSPECTIVES, RUINES
RELATIONS ANCIENNES

CHAPITRE XXIV
        
Anabah


        Il me reste à traiter la question la plus ardue et aussi la plus intéressante : la reconstitution de la Bône du XIème siècle et la série de ses transformations jusqu'à nos jours.
        A la fin du Xème siècle, Hippone qui n'avait jamais été prise par les Arabes à la suite d'une action de guerre quoiqu'en dise Léon l'Africain (1) était passée pacifiquement sous la domination musulmane.
        Le gouverneur, qui était indépendant, avait même eu l'adresse de constituer, avec les derniers chrétiens restés dans la région, une garde particulière entièrement dévouée à sa personne (2).
        Au commencement du XIème siècle, on trouve deux villes.
        En venant de Takouch, par mer, on arrivait au cap de Garde ou cap Rouge. De Ras et Hamra, on se rendait à Mersa Ibn el Albiri (3) puis à celui d'El Kharrouba (le Caroubier), enfin à Mersa Mânia (port protégé) qui était situé auprès de la ville de Bouna (4).

        Cette ville " fondée à une époque très reculée était la demeure d'Augochtin, grand docteur de la religion chrétienne ". Elle était située près de la mer, sur une colline d'accès difficile qui dominait la ville de Seybous (Bône). Elle portait à cette époque le nom de Medinat Zaoui (5). Elle renfermait des mosquées, des bazars, un bain (6). Sa superficie était moins grande que ne l'avait été celle de l'Hippone antique. Il faudrait voir ses remparts dans les blocs de maçonneries de briques qui se trouvent au pied de la colline Ouest et du côté du pont de la Boudjima. C'était la ville des affaires.

        Elle renfermait de nombreux souks. On y faisait commerce de laine, de cire, de miel. Ces marchés étaient très achalandés parce que les marchands se contentaient d'un léger bénéfice. La plus grande abondance régnait dans la cité ; les jardins des environs produisaient une grande quantité de fruits et le blé et l'orge n'y avaient aucune valeur.

        A trois mille vers le Nord, avec des pierres prises dans les ruines romaines, et byzantines (7) non comprises dans l'enceinte, et avec celles prises sur place, on avait construit une ville de plaisance que l'on dénomma Médinat-Seybous ou Bouna et Haditsa (8).

        Toutefois l'endroit était assez mal choisi, il y faisait une chaleur étouffante, il n'y avait pas la brise de la mer. Les hommes blancs y tombent malades et les noirs seuls s'y portent bien. "

        La vieille ville fut cependant peu à peu abandonnée, les affaires furent transportées dans la nouvelle cité qui prit réellement de l'importance quand elle eut été entourée de murs en 450 (1058). Elle possédait un puits taillé dans le rocher qui bordait la mer, il (levait sa construction aux anciens. Pendant les gros temps, les vagues pénétraient jusqu'à ce puit et le salaient (9). On l'appelait Bir en Netsraï ou en Nettera (10).
        Ce puits est probablement celui de Djerada (11) creusé dans le roc et situé rue d'Alger. Actuellement, il ne se sale plus. Ce qui est assez compréhensible, étant donné que la falaise extérieure de Bône n'est plus en contact avec la mer, avec laquelle il ne devait communiquer que par une fissure située au-dessus du niveau normal des eaux, sans quoi il eut été salé d'une façon permanente.

        A l'occident de la ville était un ruisseau qui servait à l'arrosage des jardins et qui faisait de cette localité un lieu de plaisance. (12)

        Le Ragoug (13) montagne qui dominait Bône était souvent couverte de neige, le froid y était très intense et chose extraordinaire, on y voyait une mosquée sur laquelle la neige ne tombait jamais bien que toute la montagne en fut couverte (14).
        Cette assertion est exagérée en tant que neige ; quant à la mosquée, les koubbas sont très nombreuses dans cette région mais on peut supposer qu'El Bekri veut parler de Sidi Aïssa.
        Dans ce cas, son dire serait admissible, toute part faite à l'exagération orientale, car la koubba, située sur l'avancée du cap de Garde est balayée par les vents tièdes de la Méditerranée venant soit du large, soit du golfe de Bône.
        D'après le Ketab el Istibcar, (15) le port de Bône s'appelait Mersa l'Azk'ak (16) et figurait parmi les ports célèbres.
        Quant à la ville, elle était située dans le golfe dit Djoun et Azk'Ak dont la navigation était difficile " et où ont fait naufrage le bateau de El-Kay l'Ani, celui d'El Fakri et beaucoup d'autres, Dieu est le plus savant ! "

        Ed Drissi, (17) de son côté, au XIIème siècle, se sert du même nom de Djoun et Azk-Ak.
        Au XIVème siècle, Ibn Khaldoun écrit Bouna et Anabah. Ibn Bathouto, El Abdery et Abou el Fouda appellent Bône, Bouna. Léon l'Africain emploie le mot de Belad el Aneb. Le cheik El Tidjani dit Anabah.

        Bône, après avoir joui d'une heureuse situation, était au XIVème siècle dans une période de calamités " La cité était une victime des coups du sort. Les plaines qui s'épanouissaient dans une heureuse fertilité, avaient été repliées par la main impitoyable des catastrophes. Du côté de la terre, les yeux se perdaient sur un vaste horizon et du côté de la mer, la vue se noyait dans l'immensité des flots. Que dire ! On se sentait le coeur serré en contemplant l'aspect lugubre que le destin avait répandu sur la ville de Bône ", (18)

        L'anarchie gouvernementale au milieu de laquelle se débattait toute l'Afrique du Nord, avait une répercussion sur toute la région. Les routes étaient si peu sûres que l'on ne pouvait voyager qu'en groupe et avec peu d'argent sur soi. Les champs étaient abandonnés, les marais gagnaient sur les terres, la fièvre faisait des ravages terribles et les voyageurs avaient quelquefois des accès tellement violents qu'ils étaient obligés de s'attacher sur leurs montures avec leurs turbans. (19)

        La ville elle-même était à la merci de ces accès de paludisme, car il n'y avait pas d'eau courante, ni source, ni fontaine. Il n'y avait d'autre eau que celle de la pluie que les habitants recueillaient et gardaient dans des citernes plus ou moins propres.
        Contre les pillards du dedans et du dehors, on avait élevé du côté oriental, un beau château très bien fortifié. (20).

        Ce château, c'était la Casbah bâtie, en l'an 1300 sur l'ordre du sultan de Tunis, probablement par l'Algérois dont le nom est porté sur un témoin de ce fait que nous possédons ; c'est la plaque qui se trouve encore aujourd'hui au-dessus de la porte du fort. II s'agit bien de la construction et non de la réfection de la forteresse car autrement, il y aurait le mot " renouvelé " que l'on trouvera sur une autre plaque.

        El Bakiat Essalihat (prière surérogatoire trois fois répétée).
    " Au nom de Dieu clément et miséricordieux.
    " Que Dieu répande ses grâces sur notre seigneur Mohamed et lui accorde le salut !
    " Que Dieu (qu'il soit exalté !) pardonne à notre Seigneur et Maître le très considérable le pacha Abou Mohammed Salah ben... (illisible) (21) l'Algérien ! Qu'il soit son patron, son protecteur et son secours !
    " C'est lui qui a généreusement dépensé sa fortune pour construire cette forteresse invincible qui domine la porte de Bône la resplendissante (que Dieu lui accorde la sécurité !).
    " En agissant ainsi, il s'est conformé à la parole de Dieu ; (22).
    " Ceux qui dépensent leurs richesses dans le sentier de Dieu et qui ne font suivre leurs largesses ni de reproches ni de mauvais procédés auront une récompense auprès de leur Seigneur. La crainte ne descendra pas sur eux et ils ne seront point affligés. "
    " Il a été aidé dans cette construction par l'humble serviteur Omar ben Mohamed (Que Dieu soit son patron et protecteur !) Je demande à celui qui entend de lui accorder une large récompense.... (illisible).
    " Il a largement dépensé son bien en obéissant aux prescriptions de Dieu et de son Envoyé.
    " Nous, certes, nous connaissons ses bénédictions. C'est par la permission de Dieu que cela a été écrit. "

        Je ne trouve plus de renseignements sur Bône jusqu'au moment de la conquête espagnole de 1535.
        A partir de ce moment, les descriptions très précises, se complétant les une les autres, permettent de se faire une idée très nette de ce qu'était Bône à cette époque.
        En 1535, le capitaine Don Alvar Gomez et Zagal gouverneur de Bône pour l'empereur Charles Quint, adressa à son souverain un rapport en date du 13 septembre. Dans ce rapport, il donne une description assez détaillée de la ville et de la Casbah et y joint un plan dressé par Mcsser Benedito, plan que je n'ai pas pu trouver.
        La ville était commandée par un château (Casbah) auquel elle était réunie par un mur protégeant du côté de la mer. Le capitaine propose de construire une tourelle sur une hauteur et sur le bord de la mer (fort des Caroubiers) puis une forte tour sur une hauteur dominant la ville et terminant un terrain inculte (contrefort de l'aqueduc de la Casbah) puis de relier ces deux ouvrages entre eux avec la Casbah par un double mur formant passage.
        A la Casbah, dit-il dans ce rapport, " les murs sont faibles et tellement ruinés qu'ils s'écroulent lorsqu'on les pousse avec la main. Les parties les plus larges ont à peine trois pieds d'épaisseur ; sur le mur d'appui, il y a un certain nombre d'arcades ; mais presque partout, pour aller de l'une à l'autre, il faut s'aventurer sur des poutres jetées en travers et il n'est pas possible d'y passer pour faire des rondes. La disposition des embrasures est mauvaise. Le château renferme cinquante ou soixante loges ou cellules, quelques-unes ont des citernes très petites et dehors il y en a une autre plus grande, mais toutes sont à sec. "
        Il fallait descendre à Bône pour avoir de l'eau.
        La ville était baignée sur la moitié de son pourtour par la mer et avait une tour qui s'avançait dans les flots pour empêcher les navires d'approcher (fort Cigogne). Cette tour grande et solidement bâtie pouvait porter sur son sommet trois à quatre canons et était reliée à la ville par un pont-levis ; elle était à ciel ouvert et possédait une citerne.
        Du côté de la terre, Bône était défendue par un mur sans terre-plein " dans lequel on a pratiqué un grand nombre de trous. " Le mur très étroit et très faible, quoique un peu moins que celui du château, avait des barbacanes et un petit chemin de ronde souterrain formé d'arcades tenant au rempart.
        Le port était très bien abrité du vent, deux rivières arrosaient la plaine voisine. Dans l'une d'elles, les vaisseaux pouvaient se mettre à l'abri (Seybouse), sur l'autre se trouvait un grand pont à onze grandes arches (Boudjima, pont romain). En partant de Bône, en 1540, les Espagnols firent sauter les fortifications.
        Les Turcs les réédifièrent en 1541.

        En 1608, parurent les " Estraines Royales " donnant une description plus détaillée encore de Bône.
        La ville, de trois quarts de lieue de développement, était entourée d'un mur vieux mais solide ; quatre portes étaient percées dans ce mur, la porte de la Forteresse, celle de la Terre et celle de la Mer déjà citée par Don Alvar.
        La quatrième porte, sur le plan dressé en 1607 par Remigius Cantagallina, n'a pas de nom, elle est dite : la seconde porte contre laquelle fut appliqué un pétard ; elle correspondait à la porte Damrémont.
        Au delà de la porte de la Terre, se trouvait le marché qui était très fréquenté par les habitants de la région. (23)
        La relation de 1608 parle enfin du pont de la Boudjima et mentionne en outre la basilique de Saint-Augustin.
        Cette question des ruines d'Hippone a toujours passionné les voyageurs ou les géographes qui ont écrit sur Bône. Les uns, sans entrer dans des détails, indiquent qu'Hippone " était célèbre dans l'antiquité pour sa grandeur" (24); d'autres donnent des précisions malheureusement aujourd'hui perdues (25) ; enfin on trouve trace du quai de la Boudjima, de pans de murs et de citernes sur une demi lieue de circuit. " Les Arabes trouvent leur profit à montrer les restes d'un lieu fameux par le couvent de Saint-Augustin " (26).

        La ville de Bône était construite à l'extrémité d'une plaine marécageuse qui aurait été prise sur la mer et qui était l'ancienne rade d'Hippone. Cette plaine était arrosée par la Seybouse et la Boudjima qui charriaient de nombreux troncs d'arbre que cette dernière rivière apportait de l'Edough (27).
        La ville était très florissante, " c'était le meilleur et le plus fertile pays de la Barbarie et où l'air y était le plus sain ". C'est pour cela que les chrétiens l'avaient appelée " Bonne " (28), alors que les musulmans employaient toujours le terme de Bled el Aneb, lieu des jujubes à cause de l'abondance qu'il y avait de ces fruits dans les environs. (29)
        On y faisait commerce de grains, de jujubes, de laine, de cuir, de cire, de bestiaux, de corail blanc, noir et rouge et d'huile. Des oliviers, en nombre dépassant 30.000, avaient été plantés par Mustapha de Cordenas, maure d'Espagne d'abord établi à Grombalia et chassé de ce pays par le sultan de Tunis.
        Mais le pays était peu sûr, il v avait continuellement à redouter les incursions des pirates ou des bâtiments chrétiens ennemis. A la moindre alerte, les habitants se retiraient dans l'Edough (30). Aussi les différents occupants de la ville avaient-ils élevé des fortifications partout où il avait été nécessaire. Mais par une coïncidence bizarre, tous les voyageurs qui ont passé à Bône attribuent les fortifications soit à Charles Quint soit aux Gênois, c'est-à-dire au dernier remaniement qui avait été fait avant qu'ils ne visitassent la ville.

        On trouvait deux forts : le fort " Cigogne " bâti par les Gênois (Espagnols) vers 1540 (1535), ressemblait à une tour octogonale " avec quelques pièces de canons ", l'autre était une redoute (Caroubiers) bâtie en même temps que le fort. Après le départ des Gênois (Espagnols), les Turcs battirent, sur le sommet d'une petite montagne, un grand enclos de murailles en guise de citadelle (Casbah). Cette citadelle, qui formait un arc, dont l'ouverture était du côté de la terre et l'arrondi du côté de la mer, était clans une position très avantageuse, mais elle avait deux grands défauts : l'un d'être trop grande, l'autre de n'avoir pas d'ouvrage sortant ou rentrant, ni tours, ni aucune fortification extérieure pour la protéger. (31)
        Il s'agit là de la Casbah, que les Turcs avaient rebâtie après le départ des Espagnols, lesquels l'avaient fait sauter, après avoir d'abord réparé le château " assez bien bâti, construit, dit-on, du temps de Charles-Quint, sur le sommet de la montagne ". (32)
        La Casbah avait plusieurs pièces de canon et quatre-vingts Turcs de garnison (33) divisés en trois sefra (34) et commandés par un agha.

        La ville était presque ronde et avait un quart de lieue de circuit. Elle était bâtie à la mauresque, presque entièrement en briques. Les rues mal percées et très étroites, étaient remplies d'un pied de boue dans l'hiver et de presque autant dans l'été. Cette boue était causée par la fiente des boeufs et des vaches, que les habitants nourrissaient et faisaient coucher dans leurs maisons. La muraille d'enceinte était flanquée de petites tours, mais de peu de défense et qui tombaient en ruines. On n'y trouvait ni place, ni aucun édifice qui méritât l'attention, sauf la mosquée de Boumerouan (35). On y voyait des colonnes qu'on avait apportées des ruines d'Hippone. Le côté de la mosquée qui regardait la mer était d'une bâtisse bien meilleure et qui paraissait plus vieille que le reste des fortifications (36).
        Les habitants étaient très accueillants. Les étrangers, comme dans presque toutes les villes de Barbarie, étaient reçus dans une maison des hôtes, dirigée par un officier du titre de " Maharak " (37). Ils y étaient logés et nourris, du mieux possible, pendant une nuit, aux frais de la ville (38).
        Bône n'eût pas été désagréable à habiter, si ce n'avait été le manque d'eau. Il n'y avait ni puits, ni fontaine, mais de grandes citernes où se rendaient toutes les eaux de pluie découlant du haut des maisons couvertes en terrasses faites d'un lit de chaux, de sable et de ciment. (39).

        La ville avait eu un port assez commode, situé au pied des remparts Sud-Est. Mais il avait été abîmé par la grande quantité de lest que les vaisseaux y avaient jetée et, comme la rade n'avait jamais été draguée, elle n'était pas sûre. Aussi, les vaisseaux allaient-ils mouiller dans une grande anse située à l'Est de la ville (40) (Cazarins).

        Mais, les vaisseaux ne s'y arrêtaient qu'en été ; en hiver, ils allaient au fort Génois. C'était un des meilleurs mouillages de la Barbarie. On n'y craignait que le vent d'Est-Nord-Est ; mais le fond y était bon ; il était rare que des bâtiments s'y fussent perdus. (41)
        Mais cette règle des mouillages était un peu tombée en désuétude.
        Autrefois, les assureurs de Marseille imposaient le mouillage du fort Gênois, du 15 septembre au 15 mai, et celui des Cazarins, du 15 mai au 15 septembre. Mais ces exigences se relâchèrent un peu et, en 1798, on vit la Compagnie de Marseille payer les frais d'assurances de onze vaisseaux jetés à la côte, aux Cazarins.
        Dans le cas de gros temps, les navires étaient mouillés sur leurs ancres et l'équipage descendait à terre.
        Le fort Gênois fut donc abandonné et l'on créa au Ras-el-Hamma (Pointe des Pigeons) ou Rocher du Lion, un petit bassin où venaient se réunir les eaux d'un ravin voisin et qui servait à l'approvisionnement en eau des navires. On l'appela " Aiguade française " et les agents de Bône dénommèrent les Cazarins, le mouillage " du Puits ". (42)
        Nous arrivons en 1832. Je trouve dans l'ouvrage de M. Bouyac, une description de Bône très détaillée dans laquelle néanmoins je relève quelques erreurs que j'ai pu rectifier grâce à un plan de la ville dressé en 1832 et qui m'a été aimablement communiqué par le service municipal.
        La ville était entourée d'un mur d'enceinte de huit mètres de hauteur et de 1.650 mètres de développement dont deux côtés faisaient face à la mer.
        Un côté allait de la rue du 4 septembre au fort Cigogne et baignait complètement dans l'eau ; il sert de limite actuellement à l'arsenal, à la manutention et à l'ancien hôtel de la subdivision ; le second côté partait du fort Cigogne, remontait la rue d'Uzer, bordait l'hôpital, longeait la rue d'Armandy et arrivait sur la place de la Casbah.
        Sur cette place, se dresse encore un petit bastion dominant la mer et la route de la Corniche ; c'est à cet endroit que se faisaient les exécutions capitales (pendaison).
        La voûte en est très ancienne, elle servait d'entrée à l'habitation du bourreau placée dans ce bastion. On remarque à la clef de voûte, une cheminée assez large, on prétend qu'elle était fermée par la trappe qui se dérobait sous les pieds des condamnés au moment suprême.
        C'est l'ancienneté de cette voûte qui a fait dire à plusieurs personnes, que sinon l'escalier actuel tout au moins un chemin d'accès, existait à cet endroit. Les vieux Turcs de Bône, parmi eux en particulier un vieillard de 105 ans qui assistait à la prise de la Casbah, m'ont affirmé qu'il n'y avait aucune rampe à cet endroit et qu'extérieurement le mur ne présentait pas d'ouverture.
        Au pied de la falaise, se trouvait un mouillage dit des Casarins, défendu en dehors du bastion précité par un fort situé à la porte des Caroubiers. On n'est pas complètement d'accord sur I'origine de ce mot : Casarin ; les versions sont au nombre de quatre.
        Ksarin, les deux forts (bastion des Suppliciés et fort des Caroubiers).
        Casa Rena, du nom d'un vaisseau qui serait venu s'y abîmer.
        Cassarin pluriel de Cassar foulon parce que les Bônois de cette profession venaient y laver leurs laines.
        Ksar Aïn, château de la fontaine.

        Cette dernière acceptation est en concordance historique avec le mouillage du Puits " ; les auteurs arabes emploient avant la création de l'aiguade française, le mot de El Karrouba. Mais elle constitue une faute d'arabe, le nom devrait être Ksar et Aïn.
        La troisième face suivait le boulevard Victor Hugo ou mieux la tranchée du chemin de fer du port et aboutissait à la rue du Quatre Septembre ; c'est à l'extrémité de cette face et intérieurement, un peu en arrière de l'emplacement de l'ancien hôtel des postes et télégraphes, que se trouvait la batterie couverte que Ben Aïssa fit construire pour enfoncer la porte de la Casbah (à 400 mètres de cette porte, d'après l'amiral de Cornulier Lucinière).
        La quatrième face suivait le côté Ouest de la rue du Quatre-Septembre.
        L'enceinte était percée de quatre portes.
        Sur le plan de 1832, ces portes ne sont pas inscrites à l'encre, sur sa reproduction qui m'a été communiquée, elles sont portées à l'encre rouge avec, pour I'une, l'orthographe " Damrémont".

        Après avoir pris des renseignements auprès des vieux bônois indigènes, je puis dire à peu près sûrement qu'il y avait quatre portes percées dans l'enceinte de la ville.

        1° La porte de la Marine fut démolie en 1868, reconstruite puis démolie de nouveau. Les deux portes ont été construites exactement au même endroit quoi qu'on en prétende et voici pourquoi, en dehors du témoignage des indigènes, M. de Cornulier-Lucinière écrit que lors du meurtre du commandant Huder, les Français refoulés occupaient seulement les maisons avoisinant la porte de la Marine et la construction édifiée au-dessus de cette porte et d'après le plan, cette construction est à côté de la Subdivision et non dans les magasins de la manutention, comme certaines personnes l'affirment ;
        2° La porte de la Casbah, appelée Bah et Mékaber ou porte des tombeaux, se trouvait un peu en arrière du pont en fer au-dessus de la tranchée de l'avant-port. Elle était appuyée au bastion des supplices. On y voit encore un des montants et un des mâchicoulis. Elle était ainsi nommée parce qu'en face d'elle, à l'emplacement de l'hôpital civil, se trouvait le cimetière des lettrés Kebour Ettalba
        3" La porte de Constantine ou porte el Rabba ou du marché était située à la rencontre des rues Louis-Philippe (ou de la Victoire) et de Constantine, exactement sur le trottoir Sud de la rue Solier, au coin de la rue du Quatre-Septembre.
        Cette porte est facile à déterminer sur le plan, car elle était précédée d'un pont-levis traversant le canal exutoire qui occupait l'emplacement du cours Bertagna.
        4° Enfin la porte de la rue Danrémont a donné lieu à de nombreuses discussions. D'après les uns, elle aurait été relativement récente et aurait été ouverte en 1832, lors du siège de Bône par Ben Aïssa, pour permettre aux habitants de l'Edough, demeurés fidèles, de se réfugier dans la ville. Cette opinion s'appuie surtout sur ce que les relations espagnole et toscane ne la mentionnent pas. C'est absolument exact, mais comme on l'a vu, le plan de Cantagallina, sans la dénommer davantage, la fait figurer sur la face Nord de l'enceinte. Elle s'appela Bab-es-Soukan., non pas porte des marchands mais porte des demeurants nouveaux arrivés.

        On a également traduit Soukan par Génies ou encore par porte du quartier des gens tranquilles, parce que cette partie de la ville a toujours été tranquille, étant protégée par la Casbah (43). Cet étymologie très tentante a le grave défaut de n'être pas historique, la porte ayant été ou percée à une époque de troubles ou située à l'extrémité d'un quartier peu sûr.
        Il existe en effet une tradition israélite qui semble devoir concilier toutes les divergences d'opinions. Cette porte se trouvait à l'extrémité du quartier juif et aurait été dénommée par les gens de ses alentours : Mesoukkan (terme hébreux), porte dangereuse, parce que c'était là que tous les bravaches de la région venaient vider leurs querelles et s'attaquaient même aux paisibles passants.
        En avant de la porte de Constantine, se trouvait une construction assez vaste que l'on crut longtemps être un caravansérail mais qui, en réalité, était les écuries de la cavalerie turque.
        Au-delà des murailles, du côté de la terre, s'étendait une immense plaine marécageuse entretenue par la mer, la Boudjima et l'Oued Deb, marécage qui avait été créé par les dévastations de Ben Aïssa.

        Les Bônois du XIXème siècle avaient réussi à assainir la plaine en créant des jardins irrigables que le Constantinois détruisit.

        A l'intérieur de la ville, se trouvaient à la fin du XVIIIème siècle trente-sept mosquées.
        Mais plusieurs étaient abandonnées et presque en ruines par suite d'insuffisance de revenus et surtout de négligence des oukils qui laissaient quelques-unes de leurs propriétés sans produire et ne cherchaient même pas à les reconnaître. Cette situation a d'ailleurs été prouvée par l'acte de comparution devant le bey de Constantine Salah, du cadi, du cheik el Bled, des muphtis et des notables de Bône, au mois de Rabi Ettani 1193 (1779).

        Les trois mosquées principales étaient : la mosquée de Sidi Abou Mérouan (Hôpital militaire), édifiée sur l'emplacement de l'Aphrodisium, la mosquée des Romanets et la mosquée centrale dite Djemâa el Bey Djemâa el Kebir Djemâa el Djedid.

        Ce dernier édifice fut construit par Salah, bey de Constantine (1775-1792) sur la fin du XVIIIème siècle, comme le prouve l'inscription gravée au-dessus de la porte de la rue du Cadi :
    " J'en jure par votre vie, ceci est la maison de Dieu réunissant (44) en elle les mystérieux principes.
    Reposant sur des bases inébranlables, source d'un éclat qui monte ne se répandant.
    Derrière elle, s'élèvent les feux des astres glorieux.
    Grâce à elle, Bône peut connaître le bonheur.
    Par elle, Salah fait rayonner le diadème de la religion dont l'éclat s'élève et monte jusqu'au sommet du ciel.
    Lui qui est le prince des créatures, que Dieu augmente ses succès et ses victoires
    Le vivificateur de la religion de la vérité (Dieu) fidèle observateur de la loi.
    Il a étendu les fondations de la maison glorieuse conduisant dans la voie droite.
    Je la date par (ces mots) : " Ta générosité groupe le bien. "

        Les mots soulignés sont composés de lettres qui ont dans l'alphabet une valeur numérique indiquant la date 1206 de l'Hégire (correspondant du 31 août 1791 au 18 août 1792).
        Dans la rue Danrémont se trouvait la troisième mosquée dite des Romanets (Grenadiers).
        Elle était presque en ruines en 1830 et n'avait pas d'iman comme les deux autres.
        Une quatrième mosquée, El Chebika avait disparu pour faire place à une simple zaouïa dite de Sidi Abd el Rahman, au coin des rues Saint-Augustin et de Castiglione.
        La synagogue était une maison mauresque à l'emplacement de la maison Salfati, à l'angle des rues du Quatre Septembre et Saint-Augustin, adossée aux remparts. Elle fut désaffectée et servit de bâtiment militaire. Elle est remarquable par une légende qui s'y rattache :
    " Il y a de longues années, un naturel de Bône se rendit au pèlerinage à la Mecque. Ce pieux devoir accompli, il s'embarqua à bord d'un navire en partance pour Alexandrie en compagnie d'un Juif également né à Bône qui revenait de Jérusalem porteur d'une Bible sacrée que lui avait confiée le rabbin suprême, dans un coffre de cuivre merveilleusement ciselé.
    " Au cours du voyage, une terrible tempête engloutit le navire et les passagers à l'exception toutefois du Bônois musulman qui, revenu dans son pays, put raconter le désastre dont il avait été témoin.
    " A quelque temps de là, le. Turc de garde au port remarqua dans le lointain et comme se jouant au milieu des vagues, un objet brillant qui se rapprochait rapidement. Il ne tarda pas à reconnaître un coffre et courut informer le caïd de cette étrange apparition. Aussitôt des chaouchs se jetèrent dans une embarcation et firent force de rames vers l'épave qui devinant probablement leur intention vira de bord et rejoignit le chemin de la haute mer. En vain l'épreuve fut-elle renouvelée, chaque fois le mystérieux coffret échappait aux mains de ceux qui s'acharnaient à sa poursuite.
    " L'embarras était extrême, lorsque soudain l'histoire du Maure échappé au naufrage revint à l'esprit de tous ; on alla chercher le rabbin qui, accompagné de quelques coreligionnaires, s'embarqua à son tour, mais il n'eut pas à aller plus loin. Le coffret mystérieux vint s'offrir à lui ; on l'ouvrit et on y trouva le document intact. Frappé d'un si prodigieux événement, le Maure, compagnon du Juif victime du naufrage, fit élever un édifice où fut disposé le parchemin sacré. "

        Une autre légende dit qu'un Israélite de Bône avait confié une somme d'argent très considérable à un musulman de ses concitoyens qui se rendait en Orient, en le priant d'acheter une Bible très précieuse qui se trouvait à Jérusalem (45). Le Maure remplit la mission qui lui était confiée et revenait en Afrique, lorsque le navire, qui le portait, se perdit corps et biens.
    Les jours succédaient aux jours, lorsqu'une nuit, un janissaire de service à la porte de la Marine aperçut sur les flots un objet qui répandait une douce lumière. Il monta dans une barque, mais l'objet se mit à fuir devant lui. Cette Chase dura jusqu'au lever du jour, l'éclat lumineux s'éteignit alors. La nuit suivante, le même phénomène se produisit. Les autorités de Bône, prévenues, se trouvaient sur le port. On dépêcha vers la lueur, des marins maures, qui, plus habiles que le soldat terrien, sauraient saisir l'effet de la curiosité publique. La course fut vaine. Des pécheurs arabes sortaient alors de la Seybouse, on les mit au courant de la situation. Ils jetèrent leurs filets, l'objet que l'on reconnut pour une cassette, plongea et reparut un peu plus loin. Puis ce furent des marins kabyles de la région de Takouch, puis des corailleurs napolitains, puis des matelots chrétiens appartenant aux navires ancrés dans le port. Pendant plusieurs nuits, ce fut une course effrénée et vaine. Au lever du soleil la lueur s'éteignait ; elle se ravivait au crépuscule et semblait se rire de tous les efforts.
    Un beau jour, après avoir discuté longuement avec les personnes présentes, un vieux Bônois fit remarquer que toutes les nations et toutes les religions avaient tenté de la conquête de cet objet bizarre, sauf les représentants de la religion israélite.
    On alla immédiatement chercher le rabbin. Au lieu de fuir, la cassette, scintillant d'une lueur plus douce, se rapprocha de la barque et se laissa saisir sans aucune difficulté. On l'ouvrit et l'on trouva à l'intérieur la Bible de Jérusalem.

        D'après la tradition, la Colonie israélite de Bône n'avait pas de Pentateuque et on n'en trouvait alors qu'à Jérusalem. Ils étaient écrits à la main sur parchemin. On profita du voyage du musulman qui, comme tous ses coreligionnaires, avait la plus grande vénération pour le livre saint. Celui-ci fut enfermé dans un petit tonnelet. Le navire fit naufrage dans le golfe de Bône et le Maure se sauva en se cramponnant au tonnelet qui surnageait.
    Il le fit déposer dans une maison lui appartenant dans la rue Béarnaise actuelle. Il y a, de cela, quatre siècles environ.
    Il y a deux cents ans, on craignait à Bône, une invasion des tribus révoltées. La Ghariba et plusieurs objets précieux furent enterrés dans le cimetière israélite en présence de quelques vieillards. On ne put jamais les retrouver.
    Une reproduction de la Ghariba fut alors déposée dans la nouvelle synagogue, maison Salfati.
        La synagogue de la rue du Quatre-Septembre, fut transportée dans la rue Fréart ; actuellement elle se trouve dans la rue Bélisaire et la vénération des fidèles s'y manifeste de même façon.
        C'est que cette vénération a pour objet non le bâtiment mais la Bible. De nos jours encore, des pèlerins viennent, à certains jours, de Constantine, de Tunis et même d'Alger et on leur montre la Bible qui est désignée par le nom de (Ghariba) du verbe (Ghareh) et qui signifie étranger isolé au milieu d'étrangers.

        La Casbah restaurée en 1541, après le départ des Espagnols, présentait encore des murs très solides mais les habitations intérieures étaient complètement ruinées et les terrasses effondrées n'amenaient plus l'eau aux citernes.
        La ville, avant l'arrivée des Français mais au commencement du XIXème siècle seulement, était alimentée par dix-sept fontaines et par une conduite en poterie de 3.500 mètres venant de l'Oued el Forcha pour aboutir à un abreuvoir qui se trouvait en dehors de l'enceinte, à l'emplacement de la porte Randon actuelle.
        En dehors de cette enceinte, se trouvaient deux marchés.
        Le marché aux grains, dit el Rahba, qui s'étendait en avant de la porte de Constantine, dénommée d'ailleurs par lui. Il occupait l'emplacement du palais Lecoq, le long des écuries de la cavalerie turque.
        Le marché aux bestiaux, dit Souk et mouachi qui faisait suite au premier et s'allongeait jusqu'à la Boudjima.
        Dans la ville, les corporations, comme dans toutes les villes arabes, étaient groupées par quartiers appelés Souks.
    Il y avait à Bône
    Le Souk el Haouka des marchands de burnous en haut de la rue Louis-Philippe ;
    Le Souk el Hadjamine des barbiers dans la rue Saint-Louis ;
    Le Souk el Dezzarine des bouchers dans la rue d'Héliopolis ;
    Le Souk el Nedjarine des menuisiers ;
    Le Souk el Fakharine des potiers dans la rue des Pyramides ;
    Le Souk el Attarine des épiciers dans la rue de la Béarnaise ;
    Le Souk el Djiarine des maçons dans la rue Sollier, contre la porte de Constantine ;
    Le Souk el Hadadine des forgerons dans le bas de la rue Louis-Philippe, derrière la maison Pancrazi.
    Le Souk el Kharrazine des savetiers à la Bourse du Travail.

        La plupart des impasses compliquées de la vieille ville servaient d'entrée à ces souks. Quelques-unes ont actuellement disparu.
        En dehors de ces quartiers corporatifs, la ville était divisée en îlots dénommés du bâtiment principal qui s'y trouvait.
        Pour les uns, le non venait d'un établissement religieux. Les autres étaient :
    Le Kouchal el Assafri, rue Staouéli ;
    Le Sidi Abra ou Hourra el Yaoud, quartier des Juifs, rue Danrémont et Bélisaire ;
    L'El Agha, (la montée) rue Vieille Saint-Augustin ;
    L'Hammam et Kaki, le bain du Caïd, rue Royale ;
    Le Bir Djerada, rue d'Alger.

        Ces deux derniers quartiers étaient les plus curieux. Dans le premier, se trouvaient et se trouvent encore les bains du caïd appartenant à la famille Ben Cheick Ahmed et dont l'architecture est des plus curieuses.
        Le second était dénommé d'un puits qui appartenait à une dame Djerada, de Constantine, qui en avait fait donation à la ville. C'est probablement le puits salé d'El Bekri.
        Les janissaires étaient casernés dans trois forts ou fortins dits Tobbanna, Tobbanat el Kasba, caserne de la Casbah, à l'emplacement des bureaux du médecin chef de l'hôpital militaire, contre la mosquée de Sidi Merouan.
    Tobbanat el Mekaber caserne des tombeaux, au fort des Casarins vers la porte des Caroubiers.
    Tobbanat el Kalaa, caserne du fort, au-dessus de la porte de la Mer (46).

        Plus exactement, c'était là des corps de garde où se trouvait en permanence un poste armé.

        Il me reste à étudier quelques vestiges de construction que l'on retrouve en ville et qui sont assez curieux en ce sens qu'on a erré très longtemps avant d'être fixé sur leur origine.
        Au coin de la place de la Poissonnerie, se dressait tout dernièrement encore un montant de porte cintré à son sommet, c'est celui que M. Bouyac prétend avoir fait partie de la porte de Constantine, C'était en réalité une voûte supportant un escalier permettant de monter à un bastion qui, placé de coin, commandait l'embouchure de la Seybouse et de la Boudjima.
        L'inscription qui se trouve sur le bastion des Suppliciés nous apprend que la porte Vers la Casbah " ou El Mékaber fut refaite au XVIIème siècle.
        Cette inscription resta longtemps une énigme. On la disait d'écriture coufique (47) et l'on ajoutait que c'était une incantation destinée à éloigner de la ville les scorpions, les rats ou les sauterelles.
        Mais ce qui est beaucoup plus bizarre, c'est que la date 1083 est portée, les deux premiers chiffres en signes arabes, les deux derniers en signe chrétien, 83. C'est du moins ce que prétendent certaines personnes. La gravure assez fruste à cet endroit semble, à première vue, leur donner raison.
        Cela permet de penser que les transactions commerciales avaient fait passer les chiffres chrétiens dans l'usage.
        Cette date qui est une date hégirienne correspond à l'année grégorienne 1673. (48)

        " Au nom de Dieu clément et miséricordieux. 0 Dieu ! Répands tes grâces et le salut sur notre seigneur Mohammed et sur sa famille sans compter et éternellement. Tu es parfait.
        Bône s'élève ici en paix et en joie. Sur sa porte apparaît sa beauté lumineuse.
        Sur son front, on lit en caractères tracés que c'est un pays sûr.
        Ville paisible et Dieu clément. Que le temps soit béni tant que les années s'écouleront, en tenant compte de la religion. Que la victoire appartienne aux croyants.
        Sur les portes de Bône, est écrit le bonheur. Entrez en paix et avec le salut dans cette ville. Renouvelé en 1083 par les soins de l'agha des habous, gouverneur, Dieu le protège.
        Travail de l'artiste Mohammed ben Aaraar ".

        Cette date de 1083 peut donner lieu à deux interprétations :
        On n'a pas oublié que la ville fut entourée de murs en 1048, il pourrait se faire que cet ouvrage terminé 35 ans plus tard, on ait gravé une plaque en souvenir de cet événement. Mais il n'y aurait pas le mot " renouvelé " et d'autre part les chiffres ne seraient pas chrétiens, ni comme forme, ni comme ère, à moins d'admettre que l'artiste n'ait été chrétien lui-même. Mais sa signature Mohamed ben Aaraar pourrait tout au plus indiquer un prisonnier renégat et dans ce cas, il ne s'appellerait pas ben Aaraar.
        Admettre qu'il était un descendant des Romains est encore plus absurde, puisque les latins dataient en chiffres romains et que le chiffre chrétien est un dérivé du chiffre arabe. En tout cas, le renégat assez lettré pour pouvoir graver une inscription, aurait agi en bien piètre politique en rappelant son origine dans le travail qu'il était chargé d'exécuter.

        D'après ce qui précède, 1083 est donc bien de l'Hégire et correspond à 1673, époque à laquelle comme je l'ai dit, les chiffres chrétiens, par les transactions commerciales pouvaient être connus à Bône et je ne serais pas éloigné de lire toute la date en chiffres chrétiens.
        Mais, certaines personnes, respectueuses des traditions, au lieu de 83 en chiffres chrétiens, lisent 26 en chiffres arabes.
        La date serait donc 1026 de l'Hégire ou 1617 de l'ère grégorienne. La réfection de la porte a été effectuée par un chef militaire ; en effet, le terme agha et l'indication " que Dieu le protège " indiquent nettement un soldat, lequel était directeur des habous, c'est-à-dire des donations pieuses, dont une partie servait à l'exécution des travaux d'utilité publique, dont les fortifications. Cette réfection fut terminée dix ans après l'expédition toscane ; on peut donc en conclure qu'elle avait été nécessitée par les dégâts causés par les pétards du chevalier Guydobalde Brancador.

        La fontaine de l'Esclave, située à 600 mètres de la mer, sur la route des Caroubiers, que l'opinion publique prétend être une fontaine romaine, s'appelle en arabe la source du prisonnier de guerre ou de l'otage, elle est surmontée d'un marbre sans inscription.
        J'ignore, avec tous les Bônois, d'ailleurs, l'origine et du monument et de son appellation.
        Il y a tout lieu de croire que c'est à cette fontaine que les marins de la Béarnaise s'arrêtèrent, dans leur ascension des pentes de la Casbah et c'est probablement à cet endroit que se faisait le réapprovisionnement en eau, que l'amiral de Cornulier-Lucinière indique du côté de la mer.


(1) Tellement qu'elle demeura ruinée et abandonnée. Description de l'Afrique. L. V.
(2) Ibn Haukal.
(3) El Bekri. - Notice des ports situés à l'Est d'Aslen. (1050 - 1068).
(4) Mouillage du Fort Gênois.
(5) Ville de Zaoui ben Ziri, prince à qui la ville avait été donnée
(6) El Bekri, description de l'Afrique Septentrionale.
(7) Léon l'Africain.
(8) Bône la neuve... M. Papier a traduit ce mot par Bône la riche en fer.
(9) El Bekri.
(10) Puits d'où on tire avec force.
(11) De la sauterelle. C'est le nom propre d'une daine de Constantine qui en était propriétaire et en fit hommage à la ville.
(12) Oued Deb.
(13) Edough.
(14) El Bekri.
(15) Le livre réservé.
(16) Le port des outres à huiles ou à miel.
(17) Description de l'Afrique et de l'Espagne.
(18) El Abdery.
(19) Abdou Mohammed Ibn Bathouta. - L'itinéraire occidental (1345).
(20) Léon l'Africain.
(21) Le mot est malheureusement illisible. Les indigènes avec leur imagination fertile croient qu'il s'agit d'un Mannamani, originaire d'Alger.
(22) Verset 264 de la 2ème sourate du Coran.
(23) Les Estraines Royales. (1608). - Marmot, (1667).
(24) Nicolas Sanson d'Abbeville, géographe du roi de France (1656).
(25) Peysonnel. Voyage sur les côtes de Barbarie, (1714-1725).
(26) Dr Shaw, (1743).
(27) Le docteur Shaw confond la Boudjimaa et le Ruisseau d'Or.
(28) Marmot.
(29) Marmot, Sanson d'Abbeville, Dr Shaw, Peyssonnel, Desfontaine.
(30) Sanson d'Abbeville.
(31) Peysonnel.
(32) Desfontaine. Voyage dans les Régences de Tunis et d'Alger, (1783-1786).
(33) Peysonnel.
(34) Shaw.
(35) Sidi Mérouan.
(36) Peysonnel.
(37) Agent de renseignements. Cette fonction existe encore à Tunis.
(38) Shaw.
(39) Marmol.
(40) Shaw.
(41) Peysonnel,
(42) Documents du ministère de la guerre, (1838).
(43) M. Brudo. - Bône en 1830.
(44) Réunissant et mosquée se traduisent par le même terme djamaa
(45) Brudo. Bône en 1830.
(46) Aux termes de la loi musulmane, le pèlerinage aux lieux saints doit comprendre une visite aux lieux saints de Médine de la Mecque et de Jérusalem.
(47) L'écriture coufique est l'ancienne écriture arabe, elle tire son nom de Koufa 'ville d'Arabie.
Le Coran a été écrit en coufique puis mis en caractères actuels qui n'ont été adoptés que quelque temps après la mort du Prophète. Mais les inscriptions coufiques sont extrêmement rares en Algérie, pour ne pas dire qu'elles ne se rencontrent pas ; car, cette écriture avait été abandonnée avant la conquête du Nord de l'Afrique. Il y a, à l'Alhambra et dans certaines mosquées du Nord africain, des inscriptions dites coufiques parce que l'écriture fantaisiste se rapproche un peu du genre ; ces caractères sont dits : genre africain coufique.
Comme aspect, ce sont des caractères géométriques à lignes droites et presque sans courbes.
(48) Pour trouver la correspondance des dates de 1ère grégorienne et de l'ère musulmane ou hégirienne (de la fuite du prophète Mohammed de la Mecque pour Médine) il suffit d'appliquer la formule suivante, H étant l'hégirienne et G la grégorienne : (H - H + 1122)/33 = G
Dans le cas présent, on a donc (1083 - 1083 + 622)/33 = 1673

A SUIVRE       

Le FRANGAOUI !
(Jaques PI0T)
Un préado de France devient un parfait DJIDJELLIEN

       Le mot du titre a sans aucun doute une consonance péjorative. Son orthographe est peut-être différente mais, phonétiquement, c'est bien cela.
       Début février 1942, le froid en Côte d'Or est exceptionnel, (la Saône charrie des blocs de glace) et un tout petit bout de femme et ses quatre enfants (dont un bébé de 5 mois) se rendent à la gare. C'est le départ pour Djidjelli où les attend depuis 4 mois déjà le Père en élément précurseur ; il les installera dans un appartement loué à M. LAMRY (gros boutiquier de la rue Picardie) situé vers le bas de la rue de Bétancourt (Béthencourt ?). Dans une véritable ambiance de campement, meublé de cantines et de caisses, je ne conserve aucun mauvais souvenir et, bien au contraire commence une vie de rêve, de joie d'amitié.
       La découverte des habitants de la rue commence par les NAUCELLE Robert et Fernand, fils de forestier eux aussi. Dans la même maison que nous il y a Jeannot MATTERA et son frère Gaëtan, en face ce sont les MAS et les LONGO et en remontant vers la Vigie, les PELLICANO et tous ces noms qui ne me reviennent pas...
       L'ambiance est évidemment très méditerranéenne et la liberté des jeunes bien réelle. Le soir, à la fraîche, on se retrouvait dans la rue, parfois Albert NAUCELLE (l'oncle) chantait de sa belle voix quelques chansons Napolitaines et d'autres prenaient la suite. Quant à la liberté, c'était surtout celle de l'espace, celle de pouvoir courir partout en espadrilles à la place de mes derniers gros sabots et même pieds nus à ce sujet je ne me suis jamais vanté de la grosse épine blanche d'acacia (horrida) qui a pénétré ma plante de pied encore trop tendre. J'ai retiré la pointe (1 cm), je suis rentré me soigner discrètement car suffisamment averti...
       Cela se passait dans la montée de la Vigie, notre terrain de jeux et de bagarres de prédilection. Cette vieille bâtisse historique nous servait de point de ralliement et nous redescendions par le cimetière arabe, les escaliers de la rue de Navarre et le haut de notre rue Bétancourt. Un an après, notre vigie était dynamitée par les militaires parce que trop haute, elle dépassait les fumigènes de camouflage de la ville lors des attaques aériennes allemandes.

       Puis, la mer étant un pôle d'attraction majeur, nous nous y rendions au " bas bassin ", petite crique au pied de la citadelle qui s'appela " le mers chara " (utilisé par les Normands de Sicile) ou " l'anse aux galères ou crique de Picouleau " ; là à moitié nu avec juste un bout de fil et un hameçon nous allions pêcher des baveuses (blennies) et des cabotes (gobies). Un escargot à pattes (Bernard l'ermite) servait de premier appât, puis les premières prises, déchiquetées assuraient la suite, nous allions vers l'atelier MARTINET, dans les calanques pleines d'oursins, d'arapèdes (patelles), d'orties de mer (anémones), poulpes etc... Non loin de là, autres merveilles, les tombes phéniciennes creusées dans le tuf basaltique étalées un peu partout jusqu'a la Pointe Noire. Ils nous faisaient rêver ces vestiges nécropoles, mais bien plus encore lorsque 4 ou 5 ans plus tard, le Commandant GOBILLOT, savant, archéologue religieux autant que militaire, nous expliqua le site et nous montra dans l'anse suivante, avant le terrain d'aviation les plans inclinés qui accueillaient en cale sèche les bateaux Phéniciens, par la même occasion il nous fit découvrir la présence romaine révélée à nouveau dans la Citadelle. Voilà pour l'ambiance Bétancourt qui se termina assez vite car une autre maison LAMRY, meublée cette fois nous hébergea rue de Normandie au pied de la rue de Nava donc au-dessus du monument aux Morts. Je restais près de la Vigie et les liens déjà noués n'étaient même pas émoussés, mais cependant l'atmosphère du quartier était différente, moins conviviale peut-être? Sans abordé ce sujet, je dois parler du grand événement qui devait consacrer mon "intégration - adoption" il s'agit du débarquement des Alliés en Afrique du Nord. Après le plaisir du suivi à la radio de leur progression vers l'Est, l'avant garde arriva à Djidjelli avec un carrousel d'avions. Des Spitfires et des Hurricanes tentaient de se poser sur le petit aéroport de Pointe Noire mais ne savait pas par quel bout le prendre.
       Evidemment tous les gamins s'étaient précipités au spectacle pour voir un appareil (trop long) traverser la route de Bougie, un autre sur un autre axe terminer sa course dans les dunes, un troisième qui s'était bien posé et roulait vers le hangar mit une roue dans un trou et se retourna sur le dos faisant, au ralenti, un beau " cheval de bois " ; bref un vrai régal pour nos yeux tout écarquillés Les meilleurs choses ayant une fin, j'ai rejoint la ville pour un rendez-vous chez Henri SURLE mon cher coiffeur, passant devant le bureau des Eaux et Forêts de la rue Vivonne, je me signale à mon père et lui dis où je me rends. Ma coupe de cheveux est déjà à moitié lorsqu'une activité aérienne plus marquée attire Henri à la porte où regardant en l'air, il voit la " mort " lui tomber dessus, à peine le temps pour lui de crier " La bombe " qu'elle, était déjà dans le magasin BERTEA, écroulant tout le bâtiment sur les clients et occupants. Le seul mur encore debout était celui devant lequel j'étais assis ; un petit arabe était avec nous dans le salon, bien vite nous nous sommes sauvés chacun de notre côté dans un nuage de poussière. Pour moi ce fut rue de Picardie, rue de L'Yonne, avenue Gadaigne jusqu'à la banque située à l'angle de la Duclos, on m'a fait rentrer là en attendant que le cirque aérien se termine.


A l'Aube de l'Algérie Française
Le Calvaire des Colons de 48
                                       Par MAXIME RASTEIL (1930)                                        N° 5

EUGÈNE FRANÇOIS
Mon ancêtre

Quoi de plus louable que de partir à la recherche de ses ancêtres !
Découvrir où et comment ils ont vécu !
La Bruyère disait : " C'est un métier que de faire un livre. "
Photo Marie-Claire Missud
J'ai voulu tenter l'expérience de mettre sur le papier après la lecture d'un livre sur "les Colons de 1848" et le fouillis de souvenirs glanés dans la famille, de raconter la vie de ce grand homme, tant par sa taille que par sa valeur morale, de ce Parisien que fut Eugène FRANÇOIS né à Meudon en 1839, mort à Bône en 1916.
Tout a commencé lors de l'établissement d'un arbre généalogique concernant le côté maternel de notre famille : arrivé à notre ancêtre : qu'avait-il fait pour qu'une "Rue" de ma jolie ville de "Bône la Coquette", porte son nom dans le quartier de la Colonne Randon ?
Tout ce que j'ai appris, j'ai voulu le faire découvrir tout simplement comme d'autres ont écrit sur nos personnalités et grandes figures Bônoises !
Pour qu'aujourd'hui, on n'oublie pas ce qui a été fait hier !...
Marie Claire Missud-Maïsto

PREMIÈRE PARTIE

A LA DÉCOUVERTE DU BLED


          Sur ces entrefaites, les services militaires de la Place reçurent des instructions en vue de notre transport sur l'emplacement des futurs centres de Mondovi et de Barral, respectivement situés à 26 et à 31 kilomètres de Bône, c'est-à-dire distants à peine l'un de l'autre d'un peu plus d'une lieue, ce qui leur valut pendant longtemps l'appellation de Mondovi-le-Bas et de Mondovi-le-Haut.
          Les prolonges du Train ne devaient charger en premier lieu que les objets de literie, draps, matelas, couvertures, afin d'assurer notre couchage. Les meubles viendraient ensuite, d'où un nouveau stationnement imposé à ces derniers sur les quais ouverts à toutes les intempéries et d'une sécurité plus que douteuse.
          Oh ! Ce départ de Bône pour le bled inconnu, effectué dans des véhicules cahotants où nous étions pressés comme des anchois dans un baril. Il y avait grosse affluence d'Européens et d'indigènes sur le passage de ce convoi bizarre qui ressemblait à un entassement de bétail humain dirigé vers quelque lointaine boucherie.
          A peine eûmes-nous dépassé les portes de la ville, que les hommes durent descendre et suivre à pied, afin de laisser un peu plus de place aux femmes et aux enfants qui n'étaient pas à la noce en pareil équipage.
          Surcroît d'imprévoyance administrative qui nous causa quelque étonnement, une fois franchie la banlieue, pas la moindre route tracée devant nous, de telle sorte que voitures et piétons s'en allaient sans direction précise à travers la plaine tantôt marécageuse, tantôt envahie par l'épineuse broussaille des palmiers nains, des genêts et des jujubiers.
          Et c'était bien un autre embarras lorsque, faute de pont, il fallait traverser un cours d'eau. C'est à ce moment que le fouet des tringlots cinglait dur les pauvres bêtes des attelages pour sortir de ce mauvais pas.
          Chemin faisant, nous nous heurtions à des groupes d'Arabes, montés sur des mulets ou des bourriquots, et qui nous jetaient des regards hostiles.
          Quelques-uns d'aspect plus misérable se mirent à suivre les prolonges, rampants et obséquieux, offrant vaguement leurs services en implorant une aumône, tandis qu'attroupées sur le seuil des gourbis, les moukères en haillons criards et sordides, entourées de leurs moutchachous demi nus, nous dévisageaient curieusement sans se soucier de retenir les meutes de chiens kabyles, maigres et hargneux, qui aboyaient rageusement après nous.

          Et c'était avec ces gens-là qu'il faudrait, demain, prendre contact, travailler, vivre côte à côte. Comment cela se passerait-il?
          Enfin, pour tout dire, en route depuis le matin, nous ne parvînmes au village inexistant de Mondovi que vers quatre heures de relevée. Au mois de décembre, c'est presque le commencement de la nuit. Le calendrier marquait, ce jour-là, la date du 8 et, en regard, saint Ambroise.
          Nul ne saurait imaginer dans quel état de délabrement nous pouvions être après un trajet accompli dans des conditions aussi pénibles. Pour comble d'infortune, tout ce que put nous offrir le capitaine Blanchet, chef de notre Colonie agricole, en guise de logement, consista en des tentes militaires dites marabouts, qu'il fallut dresser précipitamment afin de ne pas passer la nuit à l'auberge de la belle étoile.
          Au surplus, chaque tente devait abriter deux familles et même trois suivant leur importance. Il y en eut une heureusement réservée à MM. les célibataires.
          C'est par ce campement installé au flanc du petit coteau de Sidi-Meïna qui domine à l'ouest la voie ferrée actuelle, tandis qu'à la lueur des falots chacun se mettait à la recherche de ses effets de couchage et recevait des fourriers du convoi une distribution d'aliments, que débuta notre entrée peu triomphale dans cette étrange terre promise.
          Était-ce là franchement ce que les Colons de 48 comptaient trouver à leur arrivée sur le sol algérien? Que de sombres pensées les assaillirent le soir de cette première journée si décevante, qui présageait des lendemains encore plus cruels

          Mon père, François (Gabriel), faisait bien tout son possible pour conserver sa belle confiance et sa bonne humeur au milieu des inconvénients de cette installation primitive. Il allait et venait d'une tente à l'autre en jetant aux " copains " les saillies de sa blague parisienne.
          - Pour sûr, on serait mieux logé au Louvre ! disait-il aux camarades.
          Mais on sentait cependant qu'il n'était pas très fier de son aventure, et je m'aperçus qu'il évitait de rencontrer les regards de ma mère et de mes soeurs, tant ils étaient chargés de reproches.
          Les pauvres femmes !... Comme elles avaient eu raison de douter du paradis qu'on leur avait fait entrevoir si loin ! A quoi songeaient-elles à cette heure, alors que dans le silence des ténèbres glacées, on n'entendait que le cri des fauves qui peuplaient la brousse environnante? Tout ce que je puis dire, c'est que, blotti contre elles avant de m'endormir de mon lourd sommeil d'enfant, je constatai que leurs yeux étaient mouillés de larmes et que leur poitrine était secouée de sanglots.


A SUIVRE       
Merci à Thérèse Sultana, et Marie-Claire Missud/Maïsto, de nous avoir transmis ce livre de Maxime Rasteil qui a mis en forme les mémoires de son arrière grand-père Eugène François.
Elle a aussi écrit un livre sur lui.
J.P. B.

Les oeufs du raté...
Envoyé par Mme Christine

     Une mamie de 98 ans, sur son lit de mort, fait une dernière confidence à son mari de 99 ans qui est effondré par le chagrin.

     - Jules, mon petit Jules, avant de fermer à jamais les yeux, je voudrais te révéler un secret. Tu vas aller au grenier, sur la 3ème poutre au fond à gauche, tu vas trouver un carton. Va le chercher.

     Le mari, très surpris, monte difficilement au grenier, et après 5 minutes, redescend dans la chambre avec le carton. Il l'ouvre et trouve à l'intérieur
     2 petites boites ; l'une contient 3 oeufs et l'autre 250 000 Euros.
     A la vue des billets, les yeux de jules s'illuminent Puis, après 30 secondes d'intense émotion, il demande à sa Léontine
     Dis-moi, ma tendre Léontine, c'est quoi les 3 oeufs?

     Eh bien, Jules, depuis 78 ans que nous sommes mariés, chaque fois que je n'ai pas eu d'orgasme quand on faisait l'amour, je gardais 1 oeuf de poule.

     Jules, pas peu fier d'apprendre qu'il n'a eu que 3 ratés en 78ans, se sent rajeunir...

     Puis il demande à Léontine : et les 250 000 Euros
     C'est quoi ???

     Et bééé.... c'est tout simple....
     Chaque fois que j'avais 12 oeufs, j'allais les vendre !!!



LE MONT PAPPUA
                                                      Par Paul BAYLET                                                N°3
Envoyé par Mme Gauchi
Préface de Erwan MAREC                         
Extrait du bulletin N°38 (1938-1961)         
De l'Académie d'Hippone                          
Bône Imprimerie Centrale                          

II. - LE MASSIF DE L'EDOUGH
Avant de commencer l'énumération et l'examen des différentes opinions sur l'emplacement du Mont PAPPUA, il est nécessaire de faire une rapide description de ce Massif de l'EDOUGH auquel chaque auteur a fait au moins une allusion et auquel on est toujours amené à revenir. Il faut bien, aussi, avancer quelques hypothèses sur les routes qui le sillonnaient et les villes qui l'animaient à l'époque qui nous intéresse. Hypothèses forcément rapides et fragmentaires, pour ne pas sortir du sujet, mais qui s'incluent dans une étude d'ensemble (1). On verra, d'ailleurs, qu'elles ne s'éloignent pas beaucoup de celles généralement admises, maintenant.


A. - DESCRIPTION GEOGRAPHIQUE SOMMAIRE

          Le massif s'étend, du Cap de Garde à l'Est, au Cap de Fer à l'Ouest, sur 55 kilomètres de longueur ; il mesure, en moyenne, 12 kilomètres de largeur, depuis la Méditerranée au Nord jusqu'à la dépression dite " Lac FETZARA " au Sud, prolongée de part et d'autre par les vallées de l'Oued BEDJEMA (2) et de l'Oued EL KEBIR.
          Géologiquement et géographiquement très varié, contrasté, torturé même, il peut être divisé en trois parties :
      - à l'Est, le massif du BOU ZIZI culminant à 1.008 mètres, couramment et improprement appelé massif de l'EDOUGH (en prenant la partie pour le tout),
      - à l'Ouest, le massif du Cap de FER, qui ne dépasse pas 550 mètres d'altitude,
      - au centre, le massif du CHAIBA, dont la hauteur atteint 827 mètres et qui comprend le Djebel EL MEDINE, presque aussi élevé avec ses 796 mètres.

          Il forme, parallèlement à la mer, une levée presque continue, avec des pentes généralement très abruptes vers le Nord, (parfois aussi vers le Sud, comme au dessus de BONE). On passe d'un versant à l'autre par les cols suivants :
      - Col des CHACALS, permettant d'aller de BONE à l'Anse de l'OUED BEGRAT ou Plage de DJENEN-EL-BEY,
      - Col de SAINTE-CROIX-DE-L'EDOUGH, très élevé (720 mètres) et difficile d'accès par le Sud, à 6 kilomètres l'Ouest du précédent,
      - Col de SIDI SAADI, reliant le cours supérieur de l'Oued EL ANEB à celui de l'Oued SAFSAF, affluent de l'Oued AFRIS,
      - Col de FEDJ-EL-GUELAA, donnant passage du cours moyen de l'Oued EL ANEB au MERS-EL-MENCHAR ou " Port de la Faucille " (embouchure des Oueds NOUKACHE et OUATAR), ainsi qu'à l'Anse d'AIN BARBAR,
      - Col du MECHOUAR-EL-ARAB, permettant d'aller du cours inférieur de l'Oued EL ANEB à la Baie de TAKOUCH (HERBILLON).

B. - VILLES ET PORTS ANTIQUES

                              SUBLUCU (ou SULLUCO)

          D'après SHAW (3), (le premier voyageur qui se soit risqué dans les moindres coins de la Barbarie), approuvé par DUREAU DE LA MALLE (4) et par l