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LA SEYBOUSE
La petite Gazette de BÔNE la COQUETTE
Le site des Bônois en particulier et des Pieds-Noirs en Général
l'histoire de ce journal racontée par Louis ARNAUD se trouve dans la page: La Seybouse,
Les dix derniers Numéros :
48 ,
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57 , ,
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L'Hymne des Français d'Algérie
offert par Jean-Paul Gavino
ET LA BONNE ANNEE, Y'ALORS
La nouvelle année, elle est déjà là
Et purée de baouèle, j'avais pas la tête à ça
Mais avec tous les voeux que moi, j'les z'ai reçus
Bessif, j'm'en suis z'aperçu
Et y'alors, à tous les bônois et leurs cousins
De Costantine, Alger et Oran qu'y sont nos oisins
Moi, j'leur dis allez ouah! diocamadone,
Quà tous, le bon dieu y vous pardonne
Qu'y vous fait une année belle comme tout
Ousque tous, vous z'allez rire comme des fous
A cause le bonheur, la santé et la joie
Qu'y f'ront de vous des rois,
Ici en Patosie
Jusqu'au plusse loin que je connais, la Tartarie.
Rachid HABBACHI
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EDITO
VOICI LE TEMPS….
Voici le temps de clore l'année 2006. Voici le temps des vœux et des souhaits ; le temps de nouvelles résolutions qui ressemblent à celles des années précédentes ; le temps des promesses, surtout avec des élections importantes…
Au nom de tous les participants, de près ou de loin, à cette Gazette, avec le fond du cœur nous vous souhaitons, à vous fidèles Compatriotes et Amis, que 2007 vous apporte Amour, Fraternité, Bonheur, Santé, Prospérité et Paix à chacune et chacun d'entre vous ainsi qu'à vos familles.
Des vœux pour nous permettre de garder cette volonté de croire en un monde meilleur et à l'espérance qu'enfin l'œuvre de paix et civilisatrice de nos ancêtres en Afrique du Nord soit reconnue à sa juste valeur.
Des vœux pour rétablir des vérités qui permettront un dialogue et un respect pour obtenir plus de justice à notre égard sur cette terre d'exil, mais aussi pour retrouver un dialogue fraternel avec nos racines et amis restés de l'autre côté de la " Mare Nostrum ".
Les réussites de tous ces vœux ne seront que plus belles si nous même nous pourrons rendre plus beaux et plus fraternels les chemins qui y mènent.
L'avenir pour ceux d'entre-nous qui sont nés là-bas est moins à prévoir ou à deviner que pour nos jeunes générations dont nous sommes les garants et les dépositaires de la mémoire de nos anciens afin que le long chemin de cet éternel exil ne soit pas vain pour eux et leur descendance.
Notre équipe d'amis se joint à moi pour souhaiter une année du renouveau pour notre communauté d'expatriés; que notre gazette reste au plus près de nos souvenirs, de notre histoire, qu'elle reste un lien de rencontre, d'amitié et de convivialité entre les générations ; que cette gazette continue à offrir le rêve et le bonheur. Un de mes bonheurs est la création en 2001 de ce petit journal gratuit sur Internet, sans aucune prétention personnelle et qui fait le bonheur de tous les compatriotes qui l'attendent chaque fin de mois. Et même si des associations scélérates ont failli casser ce bienheureux travail, je n'en sors pas indemne mais plus fort car je sais puiser au fond de moi-même pour trouver la force de caractère afin de faire fi de la haine, des mensonges, des méchancetés, et faire preuve de sang-froid. Et c'est ce que je vous souhaite à tous pour affronter encore les épreuves qui nous attendent.
Bonne et heureuse année à tous.
Jean Pierre Bartolini
Diobône,
A tchao.
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| QUI PEUT, ET N'EMPÊCHE, PÊCHE
Charles MUNCK.
N° 9 de novembre 1950
de M. D. GIOVACCHINI Envoyé par sa fille
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Axiome profondément vrai et sur lequel souvent s'arrête ma frêle pensée.
t pourtant, la nature est si belle. Il fait si bon vivre simplement au bord d'un ruisseau timide et mystérieux, près d'une source aussi fraîche qu'éternellement fidèle.
Il fait si bon vivre à l'ombre de ces grands arbres dont les branches se cherchent et se trouvent comme pour vouloir vivre en famille. Et le chant du rossignol qui, dès le matin, vous invite à gagner les chante !
Et ces grandes nappes de cyclamen qui tapissent un gazon d'où s'exhalent déjà les parfums de l'automne !
Vivre quelques semaines tout près des papillons et des oiseaux, sans penser, sans effort, sans application d'aucune sorte, libre de toute entrave et de toute obligation, savoir rire de ce rire franc, si simple et si sonore du paysan - et quand on sait rire on séduit même les anges - voilà le bonheur. Ajoutez-y une température idéale, et vous voilà au paradis sans nul besoin de " pater ou de confession.
Souvent, dans mon imagination vagabonde, passaient en éclairs les vers de "Jules Renard" :
" Je sais déjà regarder les nuages qui passent,
Je sais aussi rester en place.
Et je sais presque me taire ".
Il est bien petit mon village. Mais il est très grand pour moi. Je ne vous dirai pas son nom, car j'aurai peur qu'il ne se peuple davantage et que mon cher ami A. F. ne vienne l'embaumer de ses relents d'alcôve
Se laisser vivre, ne plus taquiner le 'prochain, ne plus quémander peur les autres quand on n'attend rien soi-même, être avec des amis, simplement pour causer, pour vivre des souvenirs passés, voilà la vie du sage.
Mais cette vie même n'est qu'une forme de l'illusion. Elle exige des rentes et aussi un parti pris d'égoïsme répréhensible.
Après les douces semaines faites de quiétude physique et morale, que la vue seulement de l'indigeste "Dépêche de l'Est " n'a même pas su troubler, on se sent comme soulevé par un besoin de lutter pour dire leurs vérités aux puissants du jour et aux professionnels de l'équivoque et du mensonge.
L'opinion publique est comme résignée. Seuls, les Communistes qui préparent la guerre civile, agitent des slogans criminels et aguerrissent leurs troupes.
Ils trouvent, du reste, leurs meilleurs fourriers dans les cadres d'une bourgeoisie décadente. Un P. signe l'appel de Stockholm et refuse une subvention aux syndicats non communistes ; un T. spécule sur la misère humaine et provoque des sentiments de révolte, un F. G. prie au chevet de M. T., et des colons - tenez-vous bien - mettent de beaux billets dans les " fêtes " staliniennes avec cette angélique excuse " d'être bien avec tout le monde".
Au fond, c'est uniquement par peur : ils prennent une hypothèque sur la prise de pouvoir des communistes. Et ceux-ci ne sont pas dupes de tant de naïve hypocrisie. Le soir du- Grand Soir, ils passeront sous la toise stalinienne, quelles que soient leurs clans, leur race ou la couleur de leurs larmes;
Ces bourgeois apeurés, n'auront pas le Plaisir de mourir dignement..
N'est-ce pas une joie fort pure que de s'insurger contre tant de faiblesses coupables ?
Ecoutez ce commerçant puéril vous dire qu'il ne " s'occupe de rien ", " qu'il fait ses affaires ", mais qui critique tout de même le Gouvernement et qui crie comme un porc qu'on égorge lorsqu'on lui présente la moindre feuille d'impôt.
Ecoutez ce hâbleur, qui ne cesse de trouver criminelle l'attitude des Français complices des P.P.A. ou des U.D.M.A. et qui file aux urnes sous la houlette des mêmes responsables.
Regardez ce dandy oisif, qui arpente le Cours sans arrêt, serrant la main de G. P, dès qu'il sort de la Maison de l'Agriculture et promettant à tous les élus sa sympathie et son concours.
Quel spectacle répugnant d'entendre des Conseillers Municipaux vous narrer que T. est un mauvais élu, après avoir docilement voté pour lui. Et cela uniquement pour faire plaisir à P. La honte est aussi grande que l'aveu est cynique. Ces mêmes hommes se placent eux-mêmes en état de servitude.
Et ces mêmes olibrius, qui se mettent dans des états de folle hystérie parce que l'élu n'a pas pu les recevoir " de suite " ou qu'il a oublié le " bon du bureau de bienfaisance.
Se taire, mais c'est se rendre complice de toutes les infamies qui se commettent.
Il faut parler pour occuper des loisirs et dire bien haut ce que tant de faibles colportent à mi-voix au comptoir, dans les arrières boutiques, sur le Cours ou sous les Arcades.
Il faut Parler pour soulager sa conscience, même si la voix reste sans écho. On a au moins l'intense joie d'avoir fait son devoir.
Avec l'amour de la nature, il faut avoir l'amour de la vérité, et conserver au fond de soi-même, le mépris du vil argent.
Je sais bien que le peuple, en réalité, n'a pas le droit de se plaindre. " Les hommes ont les gouvernements qu'ils méritent ", a dit Anatole FRANCE.
Ceux qui se plaignent sont les mêmes qui se livrent, pieds et poings liés, à leurs maîtres et bourreaux, les jours de foire électorale.
Ils exhalent leur bile ou leur colère contre les " capitalistes " qui leur font la vie dure. Mais ils s'empressent de s'inscrire parmi leurs valets, dès qu'on les sollicite.
Et pour se justifier, les corrompus, toujours quémandeurs, déclament que les candidats sont " tous les mêmes ".
Je sais aussi que le populo préfère les cabotins qui jouent de la poignée de main ou du coup de chapeau, quitte ensuite à se plaindre, en disant : " çà ne m'arrivera plus, je me suis trompé ".
Cela arrivera toujours à ceux qui traînent dans leur carcasse une âme d'esclave.
Les rois de la finance se rient des critiques du bavard, qui met un boeuf sur la langue, dès qu'il s'agit de manifester une véritable indépendance.
Malgré tout ce qui peut décourager, l'homme qui est fier de sa volonté, doit continuer à faire son devoir.
Le pessimisme fait vieillir. Toujours lutter et toujours bien faire, cela conserve l'illusion, donc la jeunesse.
Et savoir se révolter contre la sottise, l'apathie et la veulerie, est encore un des aspects agréables de la vie.
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LE PLUSSE DES KAOULADES BÔNOISES (44)
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LA FILLE LA PLUSSE BELLE DE TOUTE LA PATOSIE
A la télévision, y a quèques soirs de là, mais chais plus lequel, y nous z'ont montré un wagon de belles filles que soit-disant elles étaient les plusses belles de Patosie et qu'en dedans, y z'allaient te choisir la plusse belle des belles, va comprende toi et pour ça, y sont pas venus d'un coup te dire oilà, c'est celle-là là, non, toute la soirée rien qu'elles z'ont défilé devant nous et refilé à derrière le décor pour changer les robes et les maillots de bain. Chez nous z'aut', tout ce tralala, tu l'as pas à cause que ça s'fait pas de montrer ses jambes ou son tafanar pour montrer sa beauté, même à la plage tu ois pas ça. Enfin, comme les temps y z'ont changé, bessif, nous z'aut' on doit faire pareil aussinon on passe pour des babaloucs, des chpaïs et chais plus encore quoi mais qu'à même.
Pour te revenir à ce soir-là, purée dès ! y nous z'ont pris pour des tchoutches ou quoi ? les plusses belles filles de Patosie ça ? A saouar aousqu'y z'ont été les pêcher, sûrement pas à la Caroube pasque là-bas t'y as des plusses belles prises, à souar aussi qui c'est qu'y les z'a choisies mais à de bon, y devait pas aouar les z 'oeils en place, ou il était guide à gauche, ou il était guitche à l'œil à cause que pour des belles, elles z'étaient pas belles-belles, pas comme je dis moi, elles z'étaient juste-juste et encore, je suis gentil
De mon temps à moi, diocamadone, y en avait des belles filles en dessur le Cours, t'y en veux, t'y en as et celle-là là qu'on s'l'appelait miss Bône, tu t'l'aurais appelée miss monde que ça aurait pas fait un escandale et le seul bruit qu'y aurait eu, c'est des sifflets mais entention, des sifflets d'admiration et discrets en plusse pasqu'on a quan même l'inducation qu'y nous z'ont donné nos parents. Tiens, chais pas si que tu te rappelles Carmen, je dis Carmen comme j'aurais pu dire Marlène, à cause que j'peux pas dire le vrai nom, à saouar main'nan si qu'elle est pas grammaire ou arrière grammaire et que toute la marmaille de ses enfants, de ses petits z'enfants y viennent me demander des comptes et encore, je compte pas le mari, y doit ête vieux main'nan, le pauv', comme moi. La Carmen que j'te parle, elle était habillée normalement, elle portait un robe normale et tout il était normal ; on l'y a vu ni les jambes, ni le tafanar, même pas la moitié, on a rien vu et pourtant, tout l'monde il était d'accord pour dire qu'elle était belle, même plusse que ça et avec sa couronne dessur la tête et son ruban dessur la poitrine, en travers, c'était un vrai spectaque et du coup, personne y s'agadait plus le maire que lui aussi, il avait le ruban dessur la poitrine.
Aujourd'hui, la miss Patosie, nous z'aut' on dit qu'elle est belle par politesse et pour pas faire de la peine à la télévision qu'elle a dépensé des sous en pagaille pour nous z'ennuyer de toute la soirée, areusement y'avait l'anisette qu'elle était fraîche et surtout pour qu'elle continue à nous passer les matches même si qu'elle passe pas ceux-là là de la JBAC. Nous z'aut' à la maison, rien qu'on faisaient des paris, tu sais, comme le tiercé et surtout, va pas faire le mauvais z'esprit, j't'ai pas parlé des chevaux et moins z'encore des juments et c'est moi que j'ai gagné, pasque j'l'ai eu dedans le dédorde, j'avais parié dessur la baccouche qu'elle parlait pas la pauv' et ch'uis sûr comme deux et deux y font…ça qu'y font, que si qu'elle parlait rien qu'un peu, elle aurait gagné et peut-ête, par la joie, elle aurait parlé et pour dire quoi ? Qu'elle avait honte à cause qu'en Patosie y a qu'à même des canons. Là ousque, aussi, elle aurait dû dire quèque soge c'est quan elle a été nommée dauphine, même si qu'elle a été première, c'est qu'à même une ansulte, en 2006, une dauphine c'est périmé, diocane, ça vaut pas une Mégane mais quan t'y as un concours de presque vinaines pour t'élire des belles qu'est ce tu veux qu'il en sort, tu peux plus aouar un œil logique et critique comme y dit l'aut', areusement encore que en dedans de mes souvenirs qu'eux, y sont restés dessur le Cours, y me reste encore Carmen ou Marlène ou si que tu la connais, tu lui mets son vrai nom et comme tu veux, tu choises.
Rachid HABBACHI
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| LE GUELMA - GASTU
BÔNE son Histoire, ses Histoires Par Louis ARNAUD
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Puis, vint l'affaire du Guelma-Gastu...
Le 20 octobre 1920, au lendemain de la grande tourmente, qui avait paralysé la vie du Pays pendant cinq années, le Conseil général de Constantine, reprenant le cours de ses travaux interrompus, était saisi d'une motion présentée par quelques-uns de ses membres appartenant, ou s'intéressant à la région guelmoise, qui demandait que " soit comprise dans le programme des lignes de chemin de fer à construire dans le département, une ligne de Guelma à Gastu et à Saint-Charles, à voie large ".
Une ligne de Guelma à Gastu et à Saint-Charles. Un tel projet ne pouvait avoir apparemment qu'une importance relative et purement locale. En tout cas, la motion telle qu'elle était présentée n'avait, à première vue, rien qui put alarmer les représentants de la région bônoise ou seulement susciter leur méfiance.
La Commission spéciale du Conseil général chargée d'établir le programme des constructions de voies ferrées dans le département et de fixer leur ordre d'urgence accueillit donc, dans sa séance du 23 octobre 1920, cette motion au sujet de laquelle aucune observation n'avait été seulement formulée.
Cette Commission spéciale était présidée par le Docteur Pétrolacci, Conseiller général de Bône, qui devait devenir en 1925, Maire de cette Ville, et son secrétaire était le Docteur Pantaloni, alors Conseiller général de Tébessa, et qui fut le successeur du Docteur Pétrolacci à la Mairie de Bône, lorsque celui-ci mourut, huit ans plus tard.
Le Docteur Pétrolacci n'avait certainement pas vu dans ce voeu de nos voisins guelmois, autre chose que la manifestation de leur désir de doter d'un chemin de fer le centre de Roknia qui est dans leur voisinage immédiat.
Un peu de perspicacité, ou simplement d'attention, aurait dû permettre à ceux qui avaient la charge de représenter les intérêts bônois à l'Assemblée départementale, de se rendre compte que ce voeu préconisait la construction d'une " voie large " partant de Gastu et venant se raccorder à la ligne Constantine-Philippeville et ne parlait pas du tout de la transformation du tronçon de Bône à Gastu qui devait, par conséquent, demeurer à voie étroite.
De sorte que la ligne proposée n'aurait été une voie à sens unique vers Philippeville, et que les marchandises et produits qui l'auraient empruntée, n'auraient jamais pu être acheminés sur Bône, à cause des difficultés d'un transbordement inévitable et même impossible s'il s'agissait de produits expédiés en vrac ou par wagons complets.
Et pourtant, le trajet de Gastu à Bône eut été plus court que celui de Gastu à Philippeville par Saint-Charles.
Si les représentants bônois avaient été plus attentifs aux intérêts de leur région, ils n'auraient pas manqué de percevoir la véritable et dangereuse signification de ces trois mots très courts qui terminaient, comme négligemment, l'énoncé du voeu : " à voie large ".
C'était bien là qu'était le poison, " in-cauda venenum ", comme disaient les Latins.
Non seulement, le trafic ou, une partie du trafic de la région de Guelma aurait été détournée du port Bône et entraînée vers Philippeville, mais encore le tronçon Bône-Gastu demeurant à voie étroite, il devenait difficile, sinon impossible de transporter des produits voyageant par wagons entiers entre Bône et un point quelconque situé au delà de Gastu, à cause de la différence d'écartement des rails oui rendaient obligatoire le transbordement du contenu de ces wagons.
C'était la mort sans phrase de notre vaillant petit chemin de fer B.M.S.C.
Il aurait bien mérité qu'on songeât quelque peu à lui, en proposant simplement, la transformation de sa voie étroite en voie large depuis Bône jusqu'à Saint-Charles.
Le laconisme du voeu déposé le 20 octobre 1920, sur le bureau du Conseil général de Constantine, et adopté trois jours plus tard, par la Commission extraordinaire des chemins de fer de cette Assemblée, ne permettait pas de se rendre compte de la portée de l'intention réelle de ses auteurs.
Les Bônois, au surplus, étaient loin de penser que ce voeu constituait une reprise de l'affaire d'Aïn-Beïda-Tébessa qui avait, quinze ans plus tôt, si piteusement échoué.
Le Conseil municipal d'Héliopolis allait se charger bientôt de leur dessiller les yeux et d'éveiller leur attention.
Héliopolis est un charmant village dans la toute proche banlieue guelmoise.
C'est un bien grand nom pour une si petite commune, mais le site est si loin qu'on ne perçoit pas cette disproportion.
Quelle admirable végétation et quelle ombre fraîche sous ces grands arbres au pied desquels se mêlent les fleurs et les fraises qui marient leurs parfums pour embaumer l'atmosphère.
Les abondantes frondaisons de chèvrefeuilles et de bougainvilliers qui entourent les maisons dont les murs sont garnis de lierre, l'eau qui court, que l'on ne voit pas, mais que I'on devine et dont on ressent la fraîcheur, tout cela forme le plus agréable coin de verdure de toute la région guelmoise : une véritable oasis de verdure et de fleurs.
C'est, sans doute, au souvenir de la victoire remportée sur les Mameluks en 1800, par les armées de Bonaparte commandées par Kléber pendant l'expédition d'Egypte que ce centre doit son nom.
La grande Héliopolis de l'ancienne Egypte a joué dans des temps les plus reculés, un rôle politique très important. La petite Héliopolis de la région guelmoise, qui se plaçait sous son parrainage, a joué elle aussi un rôle relativement important dans la politique et l'économie de l'Est constantinois.
C'est là, que bat réellement le pouls économique et politique de l'active et laborieuse région guelmoise. Héliopolis, c'est le centre des activités agricoles, industrielles et autres des grands maîtres de la politique régionale qui y ont leur résidence et le lieu principal de leurs affaires.
C'est là en effet, sous ces grands arbres qui arrêtent les rayons du soleil, qui pourtant devrait y être roi, puisque la commune lui a été dédiée, au milieu de cette nature odorante et reposante, que réside M. Marcel Lavie (1) personnalité importante et particulièrement sympathique de la politique départementale et même algérienne.
Marcel Lavie appartient à une vieille famille alsacienne dont le chef est venu, en 1834, se fixer avec quatre de ses enfants dans la région.
Il était arrivé à Bône, aux tout premiers temps de l'occupation de la ville par les Français, avec un matériel de colon considérable : charrues, instruments aratoires, charrettes, moulins à huile et à farine.
Il avait aussi amené avec lui quatre ouvriers de ferme, charrons et menuisiers.
Nanti d'une lettre de recommandation du Ministre de la Guerre de l'époque, il avait immédiatement trouvé auprès du Général d'Uzer qui commandait la Subdivision, une audience toute particulière.
Le Général, Alsacien comme lui, et profondément gagné à la cause de la colonisation française dans le pays, comme il le prouvera plus tard, avait été séduit par le courage, l'énergie et la volonté de ce colon français. Il l'avait accueilli dans sa propre demeure et l'avait aidé, dans la plus large mesure qui lui était possible, à s'établir sur cette terre africaine.
Plus tard, après l'avoir vu à l'oeuvre, le Général d'Uzer écrira, le 2 août 1835, au Général en Chef à Alger :
" Quatre colons, comme M. Lavie, assureraient le succès de la Colonie : on ne peut trop l'encourager ".
Or, il advint que le Conseil municipal d'Héliopolis réuni un jour de juin 1921, quelques mois après le dépôt du voeu sur le bureau du Conseil général de Constantine, crut qu'il était de son devoir de stimuler le zèle de l'Administration pour hâter la solution de la question du chemin de fer de Guelma à Gastu.
Nos édiles héliopolitains prirent donc une délibération signalant à la haute Administration :
" Qu'il importait que le chemin de fer de Guelma à Gastu assurât le développement économique des communes qu'il devait desservir, en créant sur Philippeville un deuxième débouché facilitant ainsi l'exploitation rationnelle et normale des richesses minières du Sud constantinois ".
" Un deuxième débouché par Philippeville ", pour assurer " l'exploitation rationnelle et normale des richesses minières du Sud constantinois ". Comme cela ressemblait à la pensée exprimée en octobre 1905 devant des auditeurs constantinois par le Maire de Tébessa !
Ferdinand Cambon cependant, avait été plus précis quant aux richesses minières dont il s'agissait, d'assurer l'écoulement.
Il avait dit, en effet, que lorsque la ligne Tébessa-Aïn-Beïda serait construite, elle transporterait vers le port de Philippeville les minerais du Thasbent, importants gisements miniers qui n'attendaient que la création de cette ligne pour être exploités.
En réalité, le Thasbent était considéré comme un " gigantesque gisement ". Il a été démontré, depuis, que c'était le Djebel Onk, situé à 95 kilomètres de Tébessa qui constituait la vraie richesse phosphatière de la région. L'importance de ce gisement est évalué à plus de six cent millions de tonnes de phosphates d'une teneur très élevée.
Quoiqu'il en soit, le Maire de Tébessa était parfaitement dans son rôle en s'intéressant à l'exploitation future d'un gisement phosphatier qui dépendait de sa région.
Il n'en était pas de même pour les Conseillers municipaux d'Héliopolis.
Pourquoi parlaient-ils de richesses minières du Sud constantinois, alors qu'il ne s'agissait que d'un chemin de fer de Guelma à Gastu et qu'il n'existait, partant de Guelma, aucune ligne allant vers le Sud constantinois ?
Les gens d'Héliopolis savaient donc déjà, sans doute par M. Marcel Lavie, grand augure admis dans le secret des Dieux de la politique et de l'économie algérienne, qu'un second programme de construction de lignes de chemin de fer à créer dans le département comprenait justement cette ligne (indiquée audit programme comme deuxième tronçon de (Guelma-Gastu) qui devait aller jusqu'à Tébessa en passant par Sédrata et La Meskiana.
Et les Bônois ne savaient rien !
Ils ignoraient tout de ces croisements, et de ces plaques tournantes qui ne pouvaient servir qu'à aiguiller vers Philippeville un trafic dévolu à leur port, de par les lois de la nature, les règles de l'économie politique et le droit des gens.
Lorsque, suivant le déroulement normal de la procédure administrative en ces sortes d'affaires, le projet vint officiellement à l'enquête, la population de Bône comprit, enfin, la réalité et l'importance du danger qui planait sur l'avenir de son port et la prospérité de la Ville.
Ce fut une agitation fiévreuse qui s'empara, alors, de tous.
La Chambre de commerce, dans une protestation véhémente et indignée, s'éleva contre ce projet qui n'était, disait-elle, que l'instrument d'un détournement de trafic perpétré au préjudice du port de Bône.
Le Conseil municipal, après elle, vota dans sa séance du 11 février 1924, une motion qui concluait au rejet définitif de ce projet de chemin de fer, insolite et inutile qui n'avait pas d'autre but que de préparer une spoliation au détriment du port de Bône parfaitement suffisant, à tous les points de vue, pour assurer l'évacuation de tous les produits agricoles ou miniers de son hinterland.
Une âpre campagne de presse s'institua aussitôt qui prit des proportions inattendues.
M. Marcel Lavie, pris directement à partie, en tant que Président du Conseil d'administration du plus grand journal de Bône " la Dépêche de l'Est " et accusé de favoriser les entreprises dirigées contre les intérêts économiques de Bône et de l'Est du département et M. Octave Passérieu, Maire, Conseiller général et Délégué financier de Philippeville, intervinrent naturellement dans la discussion et se prévalurent de ce que les représentants qualifiés de Bône avaient eux-mêmes ratifié l'adoption de ce projet de chemin de fer en octobre 1920.
Les conclusions de la commission d'enquête, présidée par M. Marcel Lavie, furent favorables, comme il fallait s'y attendre, à la construction de chemin de fer préposé.
Et cependant, il avait été démontré que le parcours de Guelma à Gastu-Philippeville avait une longueur de 102 km 500, alors que pour venir jusqu'au port de Bône, le trajet ne comportait que 89 km par la voie ferrée, déjà, depuis fort longtemps, en service ; que la ligne projetée n'était donc qu'une superfétation qui ne pouvait avoir d'autre résultat que d'entraîner une forte dépense qui devait être de l'ordre de 75 millions ne serait jamais compensée par des recettes suffisantes à cause des frais d'exploitation excessifs.
Toutes ces raisons, excellentes en elles-mêmes, demeurèrent sans effet. Il importait peu que le chemin de fer de Guelma à Gastu fut par trop dispendieux et pas du tout rentable, ce que l'on voulait c'était qu'il servit d'abord à l'autre ligne, celle de Guelma à Tébessa prévue au second programme de construction des voies ferrées sous la rubrique " 2ème tronçon du Gelma-Gastu ".
La construction du Gelma-Gastu n'a jamais été entreprise depuis 1924.
Pour l'instant, les services privés de transports par automobiles suffisent largement à transiter les produits de la région de Roknia.
Est-ce à dire que la réalisation de ce projet est totalement abandonnée ?
Ce serait une grave erreur de le croire.
Vienne le jour où les gisements du Thasbent ou du Djebel Onk devront être mis en exploitation par suite de l'épuisement du gisement du Kouif, qui est déjà bien près de sa fin, Philippeville et Constantine reprendront alors le combat contre Bône.
Peut-être leur sera-t-il facile d'arguer de l'insuffisance de la ligne Tébessa-Souk-Ahras absorbée presque entièrement par le transport des minerais de fer de l'Ouenza et de Bou-Khadra, pour remettre en question les projets momentanément délaissés, mais non oubliés, et en poursuivre la réalisation ?
Ces gisements de Thasbent ou du Djebel Onk sont tenus en réserve depuis longtemps.
Il faudra pour les exploiter, construire un chemin de fer les reliant à Tébessa. N'en profitera-t-on pas pour reprendre le projet de Guelma-Tébessa, " 2ème tronçon du Guelma-Gastu " et ne faire qu'une seule ligne qui aboutirait au port de Philippeville ?
Tout est possible, surtout en raison de la ténacité dont ont fait preuve, par deux fois déjà, nos voisins si désireux d'amener jusqu'à leur port les gisements miniers du Sud constantinois.
Les minerais de fer de l'Ouenza et de Bou-Khadra s'embarqueront toujours par le port de Bône. C'est une obligation qui leur a été imposée par le Gouvernement général en 1907 et 1908. Mais rien n'oblige les sociétés phosphatières à demeurer tributaires du port de Bône.
Pour le Kouif, il y a tout lieu de croire que rien ne sera jamais changé aux errements suivis jusqu'ici- Mais la vie de cette exploitation minière devient de plus en plus précaire et l'on entrevoit déjà sa fin.
Après le Kouif, est-on certain que les sociétés qui exploiteront le Thasbent ou le Djebel Onk choisiront le port de Bône pour y embarquer leurs phosphates au moyen des dispositifs installés par la Société finissante.
Aucune convention avec l'Etat algérien ne les y oblige.
Ces sociétés phosphatières auront donc la liberté de choisir leur port d'embarquement.
La Chambre de commerce de Philippeville fera certainement tous les sacrifices possibles pour les attirer chez elle.
Ce serait une clientèle assurée pour de longues années. Ces gisements de phosphates sont quasiment inépuisables.
11 aurait été, en effet, calculé que le Thasbent seul pourrait être exploité pendant cinq ou six cents ans, à raison de 800.000 tonnes par an.
Ce serait une aubaine extraordinaire pour un port artificiel, comme celui de Philippeville, qui, pour avoir jusqu'à présent quelque activité a été obligé de paralyser celle du port de Bougie en retardant indéfiniment la construction de Sétif-Bougie et de détourner le trafic d'Aïn-Beïda arraché à Bône.
Les transports routiers par camions et cars automobiles vont bientôt rétablir l'ordre naturel des choses et les produits de chaque région n'attendront plus les voies ferrées pour s'écouler par leur débouché normal.
Ainsi le port de Philippeville va se trouver sous la menace d'une asphyxie totale.
L'exploitation du Thasbent ou du Djebel Onk pourrait donc être une véritable Providence pour Philippeville et cela explique cette collusion entre elle, Guelma et Tébessa, extrêmement menaçante pour le port de Bône.
Tout est à craindre dans de pareilles conditions.
Il appartient aux représentants des intérêts bônois de tous ordres, agricoles, commerciaux et politiques, d'employer tous leurs efforts, toute leur énergie et toute leur intelligence pour empêcher la construction de ce pauvre petit tronçon, inutile en lui-même, de Guelma à Gastu, qui ne serait que le signe avant coureur de la grande et sérieuse menace que constituerait pour le port de Bône la réalisation de son 2ème tronçon de Guelma à Tébessa.
Et puis, si la Chambre de commerce de Philippeville est à même d'offrir certains avantages aux sociétés minières intéressées pour les attirer vers son port, pourquoi notre Chambre de commerce n'agirait-elle pas de la même manière ?
L'enjeu est d'importance, car il s'agit d'assurer pour aussi longtemps que possible la prospérité du port de Bône.
Les phosphates du Djebel Onk, qu'on ne l'oublie pas, sont susceptibles de fournir un fret continu et régulier pendant des siècles.
La Chambre de commerce ne doit donc pas hésiter devant un sacrifice à faire si grand soit-il. Paris valait bien une messe pour Henri IV.
L'avenir de Bône vaut bien aussi un sacrifice.
11 faut garder jalousement le patrimoine de notre Ville et le défendre contre toutes les entreprises de nos voisins.
La moindre atteinte qui lui serait portée en permettrait d'autres qui suivraient sûrement et finiraient par le ruiner.
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Il avait été fortement question, autrefois, vers 1922, d'un projet de chemin de fer qui aurait traversé, en diagonale, ce grand quadrilatère formé par la ligne de Bône à Constantine d'une part, et la voie ferrée de Souk-Ahras à Tébessa d'autre part.
C'était le Grand central minier que les Bônois appelaient de tous leurs voeux. Le projet s'est perdu dans les cartons du Gouvernement général presqu'en même temps que prenait corps l'affaire de Guelma-Gastu. N'était-ce qu'une coïncidence ?
Pourquoi ne reprendrait-on pas ce vieux projet qui serait le meilleur palliatif à l'insuffisance du chemin de fer Tébessa à Souk-Ahras, si elle était invoquée, et démontrée, un jour ?
Ce grand Central minier amènerait inexorablement tous les produits miniers et agricoles de la région tébessienne vers le port de Bône.
En vérité, la réalisation de la double ligne de chemin de fer de Guelma-Gastu et Guelma-Tébessa n'est que momentanément stoppée.
L'affaire de l'Aïn-Beïda-Tébessa, en 1905, n'avait été qu'un ballon d'essai.
On n'avait pas osé espérer que les habitants de Guelma, de cette Ville qui avait, jadis, été si intimement liée à Bône, accepteraient de seconder les efforts des Philippevillois dans leur entreprise de spoliation dirigée contre le port de Bône. On avait cru bon, alors, de s'entendre avec Tébessa.
Le discours de Constantine, du Maire de Tébessa, ne fut qu'une manifestation velléitaire, sans aucune suite.
La seconde tentative que constituait le Guelma-Gastu, fut plus sérieuse, elle faillit aboutir à la construction de la ligne.
La sagesse populaire qui s'exprime le plus souvent par des aphorismes et des dictons, prétend que
"Qui va deux, va trois ".
Faut-il attendre la troisième tentative pour agir ?
(1) Marcel Lavie est mort le 29/10/55 âgé de 90 ans à Héliopolis.
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| Noël à Ajaccio
Envoyé par M. Marcel Trells
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C'est bientôt Noël à Ajaccio.
Le père dit au petit Dominique-Antoine, 5 ans :
- Doume, as-tu fait ta lettre au petit Jésus pour lui commander tes cadeaux de Noël ?
- Non, papa.
- Alors, va dans ta chambre et écris la tout de suite. Je la posterai demain.
Dominique-Antoine s'installe devant son pupitre, prend une feuille et commence sa lettre :
- Cher petit Jésus, j'ai été très sage et j'ai bien travaillé à l'école.
Il s'interrompt et se dit : un corse n'a de comptes à rendre à personne, surtout pas à quelqu'un qu'on ne connaît pas.
Il déchire la lettre et recommence sur une autre feuille :
- Petit Jésus, pour Noël, je veux ....
Il s'arrête à nouveau. Je ne le connais pas, il ne me connaît pas, qu'est-ce qui prouve que j'aurai ce que je veux ?
Alors, le petit Dominique-Antoine va chercher la statue de la Sainte Vierge sur sa table de nuit, la roule dans un journal, la ficelle et la glisse sous son matelas.
Il reprend une feuille et écrit :
- Petit Jésus, si tu veux revoir ta mère .......
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BÔNE MILITAIRE
du CAPITAINE MAITROT
Envoyé par M. Rachid Habbachi N° 21
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Bône Militaire
44 SIÈCLES DE LUTTES
du XXIV ème avant au XX ème Siècle après notre ère
Médaille de Bronze à l'Exposition Coloniale de Marseille 1906
Médaille d'Argent de la société de Géographie d'Alger 1908
Deuxième Partie
BÔNE FRANÇAISE
CHAPITRE XXII
Les volontaires de Bône et l'armée des Vosges
Bône de 1870 - 1912
Les propositions à tendances révolutionnaires qui furent faites à la compagnie des volontaires, le furent également à la ville de Bône. Elles reçurent le même accueil.
Au mois de novembre 1870, éclata à Alger, une espèce de petite révolution de laquelle Bône ne voulut pas reconnaître l'illégalité.
La réponse que fit la ville à I'arrêté du citoyen Wuillermoz, d'Alger, qui, le 8 novembre 1870, s'était investi des fonctions de commissaire extraordinaire civil par intérim est citée dans la lettre que le Gouvernement de la défense Nationale adressa à ce factieux. (1)
" Nous recevons une dépêche de Bône dont le Conseil municipal refuse de se joindre à la mesure illégale que vous avez prise sans même attendre les décisions des conseils municipaux qui, d'ailleurs, n'ont pas droit de confirmer votre arrêté.
Sans attendre notre adhésion que notre dépêche vous refuse, nous apprenons que vous faites le dictateur et que vous constituez une commission pour préparer l'organisation du Conseil Communal
" Signé des membres du Gouvernement de la Défense Nationale et du vice-amiral, ministre de la marine. "
En dehors de la compagnie de volontaires, la ville de Bône avait organisé une section d'artillerie franche, sur l'initiative de MM. Laur, ingénieur de la Compagnie de la Vieille Montagne, Roger et Qaintenne, géomètres du service topographique.
M. Roger rédigea les statuts qui furent approuvés par le préfet de Constantine. On y lisait : " Une batterie d'artillerie est formée à Bône dans le but de défendre la République et de marcher au premier appel du pays ".
Les officiers et sous-officiers furent élus. Ce furent :
MM. Laur, lieutenant commandant.
Roger, maréchal des logis chef, ancien artilleur. Bardin, maréchal des logis.
Qaintenne, brigadier.
Lukasiewicz, brigadier.
Les brevets furent signés par le maire, le 31 octobre 1870.
Les artilleurs volontaires s'exercèrent de suite au tir au canon. En quelques mois, ils étaient en état de faire campagne. Des démarches furent faites pour que la section fût envoyée en France, mais elles échouèrent et les hommes assurèrent le service de la place et de la Casbah.
Les israélites, d'autre part, avaient formé une compagnie sous les ordres du lieutenant Gustave Giuily.
Le bataillon de milice fut divisé en compagnies sédentaires et compagnies mobilisables.
On forma 2 de ces dernières. La première, forte de 80 hommes, était sous les ordres du capitaine Courrège, la seconde, avec 91 hommes, était commandée par le capitaine Abel de Pujol ; les pompiers formaient une section de 15 hommes avec un sergent (2). Ce bataillon de marche, réuni à l'artillerie, était sous les ordres du commandant Calinet, inspecteur des eaux et forêts.
Cependant les envois de troupes en Europe continuaient.
Le 25 novembre, l'escadron des éclaireurs algériens de la province de Constantine arriva à Bône.
Créés par décret du 19 octobre, ces escadrons qu'on a appelés des spahis, après leur incorporation dans les armées du Centre, étaient commandés par des cadres fournis par les spahis et les affaires indigènes et par des officiers et sous-officiers auxiliaires pris dans les tribus du contingent. Ils étaient formés de cavaliers réguliers et de goumiers.
Celui de Constantine comprenait :
Capitaine commandant, M. Strohl, capitaine d'infanterie (A. I.)
Capitaine en second, M. Farny, capitaine de cavalerie (A. I.).
Lieutenant en premier, M. El Arbi Mameluch (3ème spahis).
Lieutenant en second, M. Duval (3ème spahis) ;
Sous-lieutenants, MM. Fruchard (3ème spahis), Mohammed-el-Morali (3ème spahis).
Lieutenant auxiliaire, Caïd Boudiaf Bou R'gaa ;
Sous-lieutenant auxiliaire, Cheick Hasnaoui ben Chérif ;
Médecin aide-major, M. André ;
Vétérinaire en second, M. Barthelet ;
92 sous-officiers, brigadiers et spahis du 3ème régiment ;
208 goumiers.
L'escadron s'embarqua le premier décembre.
Au milieu de janvier 1871, l'escadron mobile du 3ème spahis arriva à Bône, pour être envoyé en France ; en fin janvier, le 6ème escadron du 3ème chasseurs d'Afrique fut envoyé dans le même but ; ils furent tous deux maintenus dans la place, car les spahis d'Ain-Guettar venaient de donner le signal de la révolte.
Les détachements des 5ème et 6ème escadrons de smala devaient aller, à Bône, rejoindre l'escadron mobile ; ils refusèrent de marcher, ne voulant pas quitter leurs familles, ni surtout servir en Europe, alors que, leur engageaient ne les astreignait qu'au service d'Algérie.
Le 22 janvier, ils se rendirent à l'appel et, à l'exception de trente vieux soldats, ils refusèrent d'obéir au capitaine commandant le 5ème escadron, à Ain-Guettar. Au nombre de 96, ils quittèrent la smala pour se retirer chez les Hanenchas, à Enchir-Moussa, après avoir massacré un brigadier français et ceux de leurs camarades qui ne voulaient pas faire cause commune avec eux.
Le 23, des ouvriers européens, qui travaillaient à une route, sous la conduite d'un caporal du génie, ne durent leur salut qu'à la fuite ; ils se réfugièrent à Souk-Ahras (3) qui ferma immédiatement ses portes.
Une reconnaissance composée d'une compagnie de francs tireurs et de quelques cavaliers, fut envoyée immédiatement vers le pont de la Medjerda.
La garnison comprenait une compagnie de 130 hommes du 43ème mobiles, quelques spahis fidèles et une compagnie de francs tireurs avec MM. Testavin et Deyron comme officiers, le tout sous les ordres du capitaine Delahogue du 3ème tirailleurs, commandant supérieur.
Le 25, les révoltés marchèrent sur la ville ;
le 26, à dix heures du matin, le marché fut très agité ; le soir, on apprit la mort de M. Choiselot, géomètre, tué à un kilomètre de la ville, dans la direction du moulin Deyron. (4)
A quatre heures du soir, le côté Ouest fut attaqué ; les francs-tireurs ripostèrent bravement avec leurs carabines Minié aux chassepots des spahis. L'attaque dura une heure.
Le vendredi et le samedi, il y eut quelques coups de fusil tirés, les Arabes se contentèrent de commettre des atrocités sous les yeux des défenseurs. Deux reconnaissances faites avec des spahis et des goumiers, soutenues par une section de mobiles, permirent de reconnaître qu'il y avait autour de la ville, 600 révoltés.
Le dimanche se passa sans incident ; le lundi soir, la colonne de Bône arriva.
Le général Pouget, commandant la subdivision, apprit la nouvelle de l'insurrection, le 25 janvier. Il maintint, à Bône, l'escadron mobile (3ème capitaine Fleury) et le 6ème escadron du 3ème chasseurs.
Le 26, le général envoya en avant, sous les ordres de M. Calinet, les volontaires bônois de la milice et des pompiers et la section volontaire avec deus pièces attelées, commandée par M. Pisani, ingénieur civil, remplaçant M. Laur parti en France, 200 hommes du 43ème mobiles, un escadron de chasseurs et deux compagnies de marche du 3ème tirailleurs sous les ordres du capitaine Darras.
Le 27, le général suivit avec 400 zouaves, du génie, deux obusiers, le 1er escadron de chasseurs et un escadron de spahis. Le soir même, la concentration eut lieu à Barral ; la colonne comprenait 1.000 hommes.
Le 28, elle fit 45 kilomètres et campa à Aïn-Tahamimine.
Le 30, elle arriva à six heures du soir à Souk-Ahras, après avoir culbuté les Ouillen, les Sefra, les Oulad Khiar et les Oulad Dhia à Aïn-Seynour, à dix kilomètres de la ville.
Le combat dura une heure et demie ; les révoltés perdirent trois spahis.
Après avoir reçu, le 31, des renforts de Philippeville, sous les ordres du lieutenant-colonel Oudan, du 3ème chasseurs d'Afrique, et avoir passé par les armes les conseillers municipaux indigènes de la ville soupçonnés de connivence avec les révoltés, elle marcha sur Aïn-Guettar ; les Arabes firent leur soumission et les spahis révoltés passèrent en Tunisie.
Le 5 février eut lieu la dislocation, le 8 les miliciens rentrèrent à Bône, sans leurs canons laissés à Souk-Ahras, mais avec une dépêche de félicitations du commissaire extraordinaire. (5)
Mais tout n'était pas fini avec l'insurrection ; le principal agitateur Kablouti ben Tahar, réfugié en Tunisie, s'entretenait la main en faisant de petites incursions sur le territoire algérien.
Le 24 juin, il apparut avec 500 fantassins et 300 cavaliers, à quelques lieues de Bou-Hadjar. Le 6ème escadron du 3ème spahis se porta à sa rencontre et l'atteignit à Fedj el Acria.
Le capitaine Baudet-Renaud remporta un succès complet, mais perdit le docteur Beaugrand tué en chargeant avec l'escadron.
Le 30, Kablouti réapparut avec les Oulad Ali Achicha ; atteint à Fedj Kanouba par les 5ème et 6ème escadrons, il disparut définitivement.
Le 31 mars 1872, fut faite à Bône l'application de l'arrêté du 4 novembre 1871 qui organisait le territoire civil.
L'arrondissement fut divisé en quatre circonscriptions cantonales avec sièges à Bône, Mondovi, Aïn-Mokra et La Calle.
La circonscription de La Calle conserva transitoirement un chef militaire relevant du général pour l'administration de la commune indigène, parce que celle-ci était frontière.
Les autres circonscriptions relevèrent : celle de Mondovi d'un contrôleur civil de première classe, M. Gagé ; celles de Bône et d'Aïn-Mokra, du sous-préfet de Bône, M. Bernelle ; mais l'année suivante, le 20 décembre 1873, la circonscription de La Calle redevint entièrement militaire et le cercle fut reformé et releva de la subdivision de Bône.
Le 4 juin 1872 parut l'arrêté de séquestre frappant 23 indigènes des tribus de La Calle et de Souk-Ahras qui avaient pris part à la révolte.
Le 16 juillet, il en fut de même pour la tribu des Oulad Ali Achicha et la portion des Reham des Oulad Youb, du district de La Calle, qui avaient fourni à l'insurrection des bandes armées conduites par Ali ben Kourief et Ben Rahil.
Le 7 décembre, les biens (158 hectares) de Kablouti ben Tahar, ex-caïd des Hanenchas, furent saisis par les domaines.
En 1875, les travaux du port nécessitèrent un remaniement du front 1 et 2. Le polygone exceptionnel, créé le 24 avril, fut occupé par les baraquements en bois des compagnies de navigation.
Le 23 septembre, l'entrepreneur des travaux refit l'enceinte démolie par ses ouvriers (5.000 francs).
Puis les fortifications de la rade furent reprises. La batterie haute du Lion, la batterie Nord de la Casbah et la batterie Ouest des Caroubiers furent construites de 1877 à 1878.
Le 5 avril 1880, la direction militaire du port qui existait depuis 1840 fut supprimée. Cette direction, depuis 1869, disposait des corvettes à voiles le Dragon et la Corneille qui avaient remplacé les chaloupes à vapeur numéros 1 et 2 appartenant à la guerre.
L'expédition de Tunisie créa un grand mouvement de troupes dans la ville de Bône dont la garnison se composait d'un bataillon du 3ème de zouaves, d'une batterie du 2ème d'artillerie, d'un escadron de hussards et de deux escadrons de chasseurs à cheval
En mars 1882, ce furent les bataillons du 4ème zouaves venant du sud oranais et de Laghouat où ils formaient colonne contre Bou Amama qui s'embarquèrent sur le Ville de Bône pour gagner La Goulette.
Le 30 du même mois, un bataillon du 93ème d'infanterie revint de Tabarka pour être dirigé sur Marseille.
Le 1er mai, un bataillon du 122ème débarqué la veille, fut dirigé par terre sur La Calle ; il faisait un sirocco épouvantable ; à Morris, plusieurs hommes tombèrent frappés d'insolation, l'un d'eux mourut même, malgré les soins empressés de la population qui fit preuve de la plus grande solidarité humaine.
Le même mois, les Khroumirs dissidents qui avaient été internés à la Casbah, furent rendus à la liberté. De l'expédition de Tunisie, il ne serait pas resté trace dans le pays, n'eut été la présence d'assez nombreux lions qui, chassés par les mouvements de troupes, des montagnes de Khroumirie, étaient venus se réfugier dans l'Edough. On en tua à Mondovi, à Penthièvre, chez les Dramna, au Djebel Oust et au Camp des Chasseurs.
Le 25 septembre 1883, le premier bataillon du 3ème tirailleurs porté à 600 hommes, arriva à Bône à destination du Tonkin sous les ordres du commandant Jauneau.
Il s'embarqua, le 28, sur le transport de 1'Etat Bien-Hoa. L'ancre fut levée à une heure de l'après-midi, en présence de toute la population accourue.
En 1885, le bataillon rentra en Algérie et débarqua à Sidi-Ferruch, le 3 mai ; il partit le 12, à bord du Moïse et arriva le 15 à Bône, où il eut de la population une réception enthousiaste ; le colonel Boitard, commandant le régiment, présida la fête donnée à cette occasion.
Le 17 janvier 1885, le cercle de La Calle et le Bureau arabe subdivisionnaire de Bône furent supprimés.
Le 4 Novembre 1885, la chaloupe à vapeur la Sentinelle fut envoyée en station pour surveiller la pêche ; elle resta à Bône jusqu'en 1893, époque à laquelle elle fut remplacée par le garde-pêche le Chélif.
En 1888, un poste de torpilleurs fut créé dans le port. Les stationnaires furent :
En 1892, le Capitaine Cuny et le 133 ;
En 1893, on y adjoignit le Déroulède et le 132 ;
En 1894, les deux premiers bâtiments furent remplacés par le Balny ;
En 1895, les torpilleurs numérotés furent le 181 et le 63;
En 1896, la relève fut générale ; on trouve à cette époque le 193, le 121, le 144 et le 179 ;
En 1897, il reste seulement le 144 et le 101 ;
Puis, la même année, en exécution des dépêches ministérielles du 19 novembre 1896, le poste de stationnement de Bône fut transporté à la défense mobile de Tunisie et remplacé par un poste de refuge.
Il ne resta au port que le torpilleur de haute mer le Téméraire, qui remplit les fonctions de stationnaire garde-pêche, de 1899 à 1905. Il fut remplacé par le contre-torpilleur le Coureur.
Puis, le 5 novembre 1906, le poste de refuge fut vendu aux enchères publiques et le service de la côte fut assuré par le garde-pêche le Chélif.
Les fortifications de Bône furent, en 1885, classées en deuxième série. Elles comprenaient alors l'enceinte, la Casbah, le fort Cigogne, les deux batteries du Lion, celle des Caroubiers et la batterie Nord de la Casbah.
Les batteries des Corailleurs, du Mouillage, de la pointe du fort Génois furent déclassées.
En 1884, le choléra avait fait son apparition à Bône. Le fort Gênois fut transformé en lazaret. Son mouillage servit de lieu de quarantaine contre un droit de pilotage de 10 francs (23 septembre 1885).
Il y mourut une quarantaine de personnes actuellement, on voit encore, sur le terre-plein du fort, une vingtaine de tombes, dont celles du capitaine breveté Rouet, du 3ème zouaves, détaché au service géographique, mort le 2 octobre 1884, et d'un brigadier de gendarmerie de Morris, mort en quarantaine.
Le fort, qui datait de 1400 et avait été construit par les Gênois, comme l'indique son nom, fut alors démoli et, en 1888, on commença les travaux de la batterie actuelle, qui devait être terminée en 1891. Les deux batteries du Lion furent déclassées par la loi du 27 mai 1889.
Au mois de décembre 1894, deux pelotons du 3ème spahis vinrent relever les chasseurs d'Afrique ; ils furent, à leur tour, remplacés par de l'artillerie, en décembre 1896.
Le 15 janvier 1895, la subdivision de Bône fut supprimée ; numériquement, le siège en fut transporté à Aïn-Sefra et le territoire passa à la subdivision de Constantine.
Le 10 octobre 1900, au moment de l'affaire des légations de Chine, le 4ème bataillon du 3ème tirailleurs reçut l'ordre de quitter Constantine pour être envoyé en Indochine.
Le 16, il partit pour Bône, en deux trains spéciaux, sous les ordres du commandant Kerzerho.
Il s'embarqua, le 3 novembre, à trois heures de l'après-midi, à bord du Chaudoc et fut remplacé à Bône par le 1er bataillon ; il rentra à Bône, le 22 octobre 1901, à dix heures du matin.
Le 26 avril 1902, un accident coûta la vie à un tirailleur.
La ville de Bône avait depuis quelques temps entrepris d'immenses travaux pour créer un port digne de son commerce. L'entreprise avait été confiée à MM. Jammy et Galtier, qui prenaient les pierres nécessaires dans les flancs du contrefort des Santons.
Cette extraction avait deux buts : fournir des matériaux pour les travaux du port et le remblaie du terrain de manoeuvre et en même temps ouvrir une voie aux brises de la mer et ventiler un peu la ville.
Le 26 avril, les entrepreneurs disposèrent une mine chargée à la dynamite. Cette mine devait faire explosion à six heures du soir. Les précautions et les mesures d'ordre les plus sévères avaient été prises ; mais le trou n'avait pas été creusé de façon uniforme et une ligne de moindre résistance s'étant trouvée au-dessus du fourneau, celui-ci fit fougasse et couvrit le sô1 de débris de roche sur une largeur de quarante mètres au delà de la ligne de sécurité qui avait été fixée. Le caporal Bensadi qui commandait le poste de la porte de l'Aqueduc, le tirailleur Aïssa ben Saïdi, du même poste, un commissaire de police, une dame et un ouvrier de l'entreprise furent atteints par des pierres. Le caporal Bensadi blessé dans la région fessière droite et le thorax fut transporté à l'hôpital où il mourut à 7 h. 45 du soir.
Cette même année par suite d'une épidémie de fièvre typhoïde, les batteries de Constantine furent envoyées à Bône, elles y restèrent jusqu'aux manoeuvres.
Au mois de décembre, l'atelier des travaux publics et le pénitencier militaire qui, après avoir été placés à Hippone, étaient montés à la Casbah, furent dirigés sur Aïn-Beïda.
Le 24 avril 1903, l'escadron du 3ème spahis d'Ain-Guettar arriva à Bône avec le capitaine Heuman et le sous-lieutenant Abdallah. Ces cavaliers devaient servir d'escorte à M. Loubet, président de la République, qui arriva dans la ville, le 26, à une heure de l'après-midi. Le Président repartit le même jour, à dix heures du soir, à bord du croiseur cuirassé la Jeanne d'Arc.
Ce bâtiment était arrivé dans l'avant-port de Bône, le 24, escorté de deux contre-torpilleurs la Pique et l'Epée mouillés dans le port et d'une division de cuirassés, l'Iéna, le Bouvet et le Jauréguiberry qui furent obligés de jeter l'ancre dans la rade en dehors des jetées. Le Président inaugura la nouvelle jetée, en franchissant la passe pour se rendre à bord.
Le 13 novembre 1903, les 3ème et 4ème escadrons du 3ème chasseurs furent déplacés de Sétif à Bône, où ils passèrent l'hiver.
En 1907, les batteries du Lion furent reprises : celle du haut fut réarmée, celle du bas servit d'abri à un projecteur électrique destiné à la reconnaissance des navires.
Les fronts Sud-Ouest et Nord-Est furent remaniés et poussés vers la plaine pour permettre l'extension de la ville (6).
La porte d'Hippone se trouva reportée de ce fait au pont de la Boudjimaa qui servit dès lors de seule solution de continuité entre Medinat Zaoui et Medinat Seyhous. Le fort Cigogne, devenu inutile, fut dérasé (1908) de même que le front sud (1912) (7). Le canal de la Zaffrana et celui de la Boudjimaa servirent de fossés au front Sud-Ouest qui se termina sur la mer par un blockhaus. Le front Nord-Est descendit, du bastion de Yusuf, par la croupe du ravin de l'Esclave, au lever de l'Aurore, en s'appuyant sur la batterie du Lion.
Les travaux furent terminés en 1910, sauf le dérasement du front Sud.
Au mois de septembre 1907, le siège du 3ème tirailleurs, comme la ville l'avait demandé depuis longtemps, fut transféré de Constantine, dans la cité qui avait vu ses ancêtres naître à la gloire.
Gloire qui met les Bônois bien au-dessus de la suspicion qui pourraient faire naître des particularités poussées au général.
" Il n'est pas rare d'en trouver (des Arabes) qui proclament cyniquement leurs crimes, s'en glorifient, regrettent de ne pas en avoir commis davantage et jusque sous le couteau vomissent contre les chiens de chrétiens " des torrents d'injures.
C'est exactement de la sorte que les choses se sont passées à Bône, le samedi 8 juillet 1882, quand les trois assassins du lieutenant de vaisseau de Kerguern ont payé leur dette à la société. Ils écumaient de rage et on les a entendus dire à l'iman, qui cherchait à les calmer : " Laisse-nous insulter ces lâches, c'est notre dernière joie " (8).
D'ailleurs, l'enthousiasme guerrier, dont fait preuve, depuis plusieurs années, la population bônoise, tant européenne qu'indigène, lorsque son port voit le départ ou l'arrivée des paquebots qui font la relève du Maroc, prouve surabondamment que ce sont là des descendants non dégénérés des héros de la Casbah.
Au mois de mars 1908, le 1er bataillon du 3ème tirailleurs s'embarqua pour Casablanca, en deux échelons. Le 11, 11 officiers et 415 hommes prirent passage sur la Neustria ; le 16, ce furent 8 officiers et 387 hommes sur l'Ionie.
Le 4 novembre, le 5ème bataillon, à l'effectif de 17 officiers et 800 hommes débarqua du Vinh-Long, venant de Casablanca.
Le 19 mai 1909, ce fut le 1er bataillon, à l'effectif de 19 officiers et 800 hommes que débarqua le même transport.
Ces deux bataillons revenaient à la ville qui avait vu naître leurs ancêtres, après s'être couverts de gloire sur la terre marocaine et avoir dignement soutenu la réputation de bravoure des soldats de Yusuf.
Le 21 mars et le 23 avril 1911, le 2ème bataillon (20 officiers et 700 hommes), sur la Phrygie, et le 3ème bataillon (19 officiers et 700 hommes), avec la section de mitrailleuses n° 1, sur l'Espagne et l'Aquitaine, se rendirent à leur tour, en Chaouia, cueillir une nouvelle moisson de lauriers.
Le 13 novembre 1911, le 4ème bataillon fut envoyé en Tunisie pour surveiller la frontière tripolitaine.
Le 15 janvier 1912, le 5ème bataillon revint en chemin de fer des confins algéro-marocains.
Le 27 janvier 1912, le 4ème bataillon rentra de Tunisie pour partir en Chaouia, le 22 janvier 1912, avec la section de mitrailleuses n° 2 (21 officiers, 724 hommes), sur I'Arménie.
Enfin, le 23 avril 1912, M. Lutaud, Gouverneur général d'Algérie, arrivait à Bône, accompagné de MM. Thomson et Cuttoli, députés, pour faire, le lendemain, l'inauguration du port terminé et procéder à la pose d'une plaque commémorative placée en souvenir des Volontaires de 1870, dans la rue qui porte leur nom et offerte par la Compagnie du Mokta-El-Hadid.
Le ministre de la marine envoya trois contre-torpilleurs de la défense mobile d'Oran, le Poignard, le Pierrier et la Sabretache.
Cette cérémonie militaire se déroula en grand apparat dans le cadre grandiose créé par nos colons successeurs et émules de nos soldats.
1- Jean Hess " La vérité sur l'Algérie ".
2 - De ce bataillon faisaient partie deux futurs maires de Bône :
M. Jérôme Bertagna, sergent-fourrier à la 1ère compagnie et M. Ferdinand Marchis, canonnier à la section d'artillerie
3 - Créé par décret du 15 septembre 1858
4 - Tons les Européens furent massacrés sauf le meunier qui, après s'être caché dans le bief, réussit à se réfugier chez un vieil indigène qui, fidèle observateur des règles de l'hospitalité arabe, refusa de le livrer aux révoltés. Plus tard, cet indigène fut arrêté avec plusieurs de ces corréligionnaires et traduit devant la cour d'assises do Bône. Il raconta alors le service rendu par lui au meunier, lequel se trouvait encore à Bône. Il y eut une confrontation émouvante au cours de laquelle le français se jeta dans les bras de l'Arabe en l'appelant son sauveur.
5 - Alger, 29 janvier 1871.
Le commissaire extraordinaire à MM. le Préfet de Constantine, le maire et le secrétaire de la sous-préfecture de Bône.
Je félicite milice de Bône de son ardeur.
Des renforts sont partis du Département et nous envoyons d'Alger 2.000 hommes en attendant mieux. Cela ne sera rien.
DUBOUZET,
5 - Décret du 21 avril 1906. - Expropriation du 27 janvier 1909.
7 - La Chambre de Commerce acheta ces terrains 870.00 fr. (D. du 22 avril 1906) plus 270.000 fr. (D. du 19 juillet 1909) conserva tout ce qui intéressait le port et ses abords et revendit le reste à la ville pour 419.000 fr. (D. du 8 mai 1907).
8 - Joseph Maire. Souvenir d'Alger (1884).
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A SUIVRE
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| " L'AMOUR N'A PAS D'ÂGE "
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" Bonjour Amour,
Est-ce que tu dureras toujours,
Mon cœur t'a fait promesse,
Et toi amour agis avec tendresse.
Dis-moi le temps sera-t-il notre ennemi,
Tes grands yeux amour me sourient,
Et toi mon âme perdue, tu t'inquiètes toute vêtue de bleu,
Mais rassure-toi à présent nous sommes deux….
Alors Amour entraîne-nous,
Ne nous laisse pas sans recours,
Ne sombre jamais dans l'oubli
Et donne-nous un souffle rose à VIE ".
A tous ceux qu'on aime,
Colette
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| LE MONT PAPPUA
Par Paul BAYLET N°1
Envoyé par Mme Gauchi
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Préface de Erwan MAREC
Extrait du bulletin N°38 (1938-1961)
De l'Académie d'Hippone
Bône Imprimerie Centrale
PRÉFACE
Au cours de ses deux mille ans d'existence, HIPPONE LA ROYALE a connu nombre d'heures dignes de rester gravées au fronton de l'Histoire. Elle a été le théâtre d'événements dont le plus pathétique est assurément la mort, en 430, de SAINT-AUGUSTIN, son vieil Evêque, succombant, sous le ciel implacable de l'été africain, aux rigueurs du siège de la ville investie par les envahisseurs barbares. Mais, sur un plan moins transcendant, elle en a vécu d'autres qui n'en méritent pas moins une place dans ses annales, ne serait-ce que le suicide quasi-cornélien de Imperator Q. Metellus SCIPIO, chef de l'armée pompéienne vaincue par J. CESAR à THAPSUS, en l'an 46 avant notre ère, qui, contrarié par la tempête au moment où, avec ses lieutenants, il comptait pouvoir rallier en Espagne les forces encore intactes de son parti, se vit, en pleine rade d'HIPPONE, cerné par ses adversaires réclamant à Grands cris l'Imperator, et, plutôt que de tomber entre leurs mains, se perça de son glaive à la vue de tous et se précipita dans les flots, du haut de son vaisseau, en leur jetant ce dernier et sublime défi : " Bene se nabet Imperator ", ( L'Imperator se porte bien !).
Ce suicide suivi de celui de son allié, le roi JUBA 1er, allait marquer la fin du royaume de NUMIDIE et son annexion par ROME.
Combien on aimerait pouvoir en rapprocher, en un saisissant diptyque ayant même décor, la fin du royaume vandale alors que les forces byzantines, près de six siècles plus tard, en précipitaient le dernier acte en poursuivant jusqu'à HIPPONE le roi GELIMER en fuite. Lui aussi, après sa défaite, avait espéré pouvoir passer en Espagne avec ses vaisseaux. Mais, serré de près, traqué de toutes parts, il fut réduit à se terrer dans un refuge naturel qu'il pensait inexpugnable, avant de résigner, aux derniers jours d'un hiver de misères et de privations, à une reddition sans grandeur.
Quelle différence entre ces deux destins marqués pareillement par la fortune adverse ! Mais dont l'un s'était terminé en apothéose quand l'autre n'aboutissait qu'au plus pitoyable dénouement. Quel abîme entre l'ardent et implacable Imperator romain et le souverain vandale dégénéré, velléitaire à la fois cruel et larmoyant, qui avait délaissé l'épée pour une cithare dont il s'accompagnerait pour chanter ses malheurs en un poème de sa composition !
Il est, certes, infiniment séduisant pour l'esprit de pouvoir situer ces deux événements, si violemment opposés, dans le même cadre, les alentours immédiats d'HIPPONE, et l'étude approfondie que nous présente aujourd'hui notre sympathique et érudit collègue de l'Académie d'HIPPONE, Paul BAYLET, a précisément pour objet d'établir que c'est bien le massif forestier qui domine le golfe d'HIPPONE qui fut, avant son écroulement définitif, le repaire suprême de GELIMER, ainsi que le veut d'ailleurs la tradition et on dépit des objections présentées tour à tour par un certain nombre de savants avertis.
Nul n'était mieux qualifie que lui pour procéder à un examen approfondi dune question que trop d'auteurs, avant lui, s'étaient bornés à traiter uniquement d'après ce que nous en dit PROCOPE, en des termes assez imprécis et pas toujours traduits avec toute la rigueur désirable. Paul BAYLET, en sa qualité d'Ingénieur, appelé professionnellement â une connaissance minutieuse des lieux où il a cherché le refuge possible du roi vandale, en sa qualité de Président du Syndicat d'Initiative de BUGEAUD, la station climatique qui couronne la montagne de l'EDOUGH, était plus apte que quiconque à pouvoir confronter les textes avec les particularités d'un massif tourmenté dont les événements actuels nous prouvent, une fois de plus, qu'il est aussi difficile a Investir qu'à purger des rebelles qu'on y traque encore aujourd'hui depuis tant de mois.
Les localisations que nous propose notre collègue, l'Argumentation serrée dont il les appuie sont infiniment judicieuses et même si l'on entend les termes, de PROCOPE à la façon du regretté Chr. COURTOIS ou comme il le fait lui-même, en nous présentant une nouvelle hypothèse aussi ingénieuse qu'audacieuse, emporte en définitive, et nous ne saurons trop l'en remercier, la conviction que c'est bien sur les hauteurs d'HIPPONE et non ailleurs, que GELIMER, dernier roi vandale, vit se consommer son destin.
Erwan MAREC
LE MONT PAPPUA
par Paul BAYLET
AVANT-PROPOS
Voici plus d'un siècle qu'une controverse est engagée sur l'emplacement du Mont PAPPUA qui fut, selon PROCOPE, l'ultime refuge de GELIMER, le dernier roi vandale, avant sa reddition, sa captivité et sa déportation.
Il serait bien audacieux de prétendre y mettre un point final et de formuler un jugement définitif après les suppositions, les opinions et les hypothèses contradictoires émises par tant de commentateurs, parmi lesquels d'indiscutables érudits. Aussi bien, telle n'est pas mon intention et mon propos est-il beaucoup plus modeste.
Je voudrais seulement essayer d'établir un inventaire - le plus complet possible - de tout ce qui a été écrit sur le sujet. Il ne peut être question de reproduire intégralement ici, tous les textes. Ce serait trop long et souvent oiseux. Je m'efforcerai simplement de ne pas trahir les auteurs.
Après cela, en examinant et discutant chaque opinion, il sera possible d'éliminer tout ce qui est manifestement erroné, fantaisiste ou périmé et de ne retenir que ce qui peut être accepté, au moins en partie, ne serait-ce que par manque de preuve contraire.
Enfin, mettant en ordre les idées ainsi dégagées, je tâcherai d'en tirer un raisonnement logique qui puisse nous amener par la pensée - avec GELIMER en fuite - jusqu'en une région que je connais un peu pour l'avoir pratiquée pendant vingt ans et où rien n'empêche de situer ce mystérieux Mont PAPPUA.
Pas plus que mes prédécesseurs, je ne suis en mesure d'apporter des arguments déterminants, des preuves palpables et concrêtes, car il est évident qu'il ne peut en exister. Compter sur la découverte d'une de ces inscriptions qui sont la providence et la manne spirituelle de l'archéologue en prospection - mais qui peuvent être aussi bien son Triomphe que sa roche Tarpéienne - reviendrait à supposer que le Syndicat d'Initiatives d'HIPPO-REGIUS, ou celui de TACATUA, aurait pu placer là, il y a quinze siècles, un panneau signalant au promeneur un site touristique - sans aucun intérêt historique à l'époque - du nom de PAPPUA ou les ruines d'une ancienne ville du nom de MEDENOS qui flanquait cette montagne.
Tout au plus, peut-on espérer recueillir sur les lieux, au cours d'investigations ultérieures, quelques indices susceptibles de confirmer une thèse, ou de l'infirmer, sans jamais être probants. Cette prospection à posteriori ne pourra malheureusement être entreprise que si l'on peut à nouveau, un jour, visiter en détail ce maquis broussailleux, impénétrable par places pour tout autre que le sanglier ou le fellah, qui habille le DJEBEL-EL-MEDINE et qui est actuellement - comme il le fut historiquement - le plus dangereux repaire de rebelles de toute l'ancienne NUMIDIE vandale.
La recherche est d'autant plus malaisée que les renseignements dont on dispose sont insuffisants en nombre comme en précision et qu'il est impossible de faire des " recoupements ", un seul, parmi les écrivains, voyageurs et historiens anciens ayant mentionné le nom du Mont PAPPUIA et de la Ville de MEDENOS (ou MEDEOS). C'est PROCOPE de CESAREE, secrétaire et historiographe du Général byzantin BELISAIRE, qu'il accompagna dans sa guerre contre les Rois vandales et sa conquête de leur royaume africain, Tout le récit qui suit est tiré de son " BELLUM VANDALICUM ".
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RANDONNEE dans le CONSTANTINOIS
Pierre TURREL
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La découverte de la province de Constantine, nous mène du bord de mer, Bougie, jusqu'au fin fond du Sahara Hassi-Messaoud et nous remonterons vers Bône-La Calle en direction de la Tunisie. Nous n'avons nullement la prétention de tout voir et tout dire, mais un simple aperçu de ce que fut cette belle province, chère au grand Saint Augustin Evêque d'Hippone, docteur de l'église et symbole d'une Afrique du Nord christianisée.
BOUGIE : bâtie au débouché de la Soummam, dont la vallée profonde sépare les 2 Kabylies, en forme d'amphithéâtre sur les pentes inférieures du djebel GOURAYA, dans un cadre de verdure luxuriante, auquel font contraste les sauvages escarpements qui la dominent au Nord et se profilent en lignes tourmentées du sommet de la montagne à la mer. C'est un des points de la côte barbaresque où il pleut le plus. Le climat, pénible en juillet et août est fort agréable en hiver et au printemps. Terminal de l'oléoduc transportant le pétrole d'Hassi-Messaoud
BORDJ BOU ARRERIDJ: Centre administratif de la commune mixte des MAADID. C'est un centre agricole (blé et orge) important, quelques grandes exploitations ont été rachetées à des colons européens par les indigènes. Les Moulins LLEU emploient une abondante main d'oeuvre. B.B.A. pour les initiés, a été le théâtre de l'insurrection de 1871 par le bachagha Mokrani, la place fut assiégée mais ne tarda pas à être secourue. Un monument en marbre blanc commémore ce fait on y trouve de riches gisements de phosphates de chaux. Le HODNA commence à ses portes et se termine à Batna dans les Aurès. Ancienne ville épiscopale (reste d'une basilique chrétienne du V' siècle, fut ensuite un poste Turc au XVIème Siècle pour contenir les Béni-Abbès (kabyles) non soumis à la régence Turc.
SETIF : A la fin du Vème siècle de notre ère, l'empereur NERVA établit une colonie de vétérans à Sitifis, devint par la suite une ville importante, lors de la création de la province de Maurétanie Sitifienne, à la fin du 3ème siècle et en fut la capitale y compris sous la domination byzantine. Les environs n'offrent que peu d'intérêts, hors Djemila (ruines romaines) en passant par Sillègue. Route d'Alger un grand mausolée romain assez bien conservé connu sous le nom impropre de tombeau de Scipion. La région, où la vigne est à peine cultivée, est particulièrement fertile en céréales. L'élevage du cheval et du mulet y est également pratiqué avec succès. Nous pouvons rejoindre TIMGAD, via Ampère, Corneille et Ain-Touta.
BATNA : (ma ville natale) le nom est d'origine récente 1849 signifie bivouac. Elle fut construite sur l'emplacement occupé en 1844 par un camp destiné à protéger la route du Tell au Sahara et à dominer l'Aurès, sous le nom de Nouvelle-Lambèse. La ville fut détruite en 1871 pendant l'insurrection, mais reconstruite rapidement en raison de sa position stratégique. Porte du grand désert vers Biskra, (oasis) Timgad, (ruines) et Touggourt (palmeraies) via Lambèse (ruines où vint s'installer la 3ème Légion Auguste et y resta deux siècles (IIème/IVème). Mac-Mahon (village créé par le Gouverneur Général de l'Algérie puis président de la république Française).
CONSTANTINE : Nous laissons le sud pour rejoindre Cirta (nous ne décrirons pas la ville plusieurs livres ont été édités par Jean GATT, et par la revue Ensemble dirigée par Fred ARTZ)
Remarquablement assise sur un plateau rocheux limité par des escarpements vertigineux. Ce plateau a la forme d'un trapèze dont les angles sont orientés aux 4 coins cardinaux. Arrivant de Batna nous pénétrons dans la ville par le Kroubs, Sidi Mabrouk nous traversons la cité en direction de Djidjelli via Mita et Grarem (capitale de la brochette) ou Philippeville via Condé Smendou (eaux chaudes) et El Arrouch par le col des oliviers. Nous pouvons aussi bifurquer à Saint Charles pour rejoindre Bône via Jemmapes, Ain Mokra, Oued Zied en longeant le lac Fetzara à partir d'Auribeau, et continuer vers Tunis en passant par La Calle Tabarka, Bizerte.
Constantine est le carrefour incontournable pour relier la Tunisie au Maroc, la Mer au Sahara.
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| A l'Aube de l'Algérie Française
Le Calvaire des Colons de 48
Par MAXIME RASTEIL (1930) N° 3
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EUGÈNE FRANÇOIS Mon ancêtre
Quoi de plus louable que de partir à la recherche de ses ancêtres !
Découvrir où et comment ils ont vécu !
La Bruyère disait : " C'est un métier que de faire un livre. "
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J'ai voulu tenter l'expérience de mettre sur le papier après la lecture d'un livre sur "les Colons de 1848" et le fouillis de souvenirs glanés dans la famille, de raconter la vie de ce grand homme, tant par sa taille que par sa valeur morale, de ce Parisien que fut Eugène FRANÇOIS né à Meudon en 1839, mort à Bône en 1916.
Tout a commencé lors de l'établissement d'un arbre généalogique concernant le côté maternel de notre famille : arrivé à notre ancêtre : qu'avait-il fait pour qu'une "Rue" de ma jolie ville de "Bône la Coquette", porte son nom dans le quartier de la Colonne Randon ?
Tout ce que j'ai appris, j'ai voulu le faire découvrir tout simplement comme d'autres ont écrit sur nos personnalités et grandes figures Bônoises !
Pour qu'aujourd'hui, on n'oublie pas ce qui a été fait hier !...
Marie Claire Missud-Maïsto
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PREMIÈRE PARTIE
DES QUAIS DE BERCY AU GRAND LAZARET DE MARSEILLE
Comment s'effectua notre voyage? Ce fut une longue série d'inconcevables vicissitudes.
Dites-vous bien qu'à cette époque, le chemin de fer n'allait pas même jusqu'à Lyon, et que l'on en était encore aux diligences. Pour transporter à la fois tant de monde et de bagages, le Gouvernement avait donc eu l'idée d'emprunter les canaux et les voies fluviales.
Les Colons avaient été prévenus que les embarquements auraient lieu sur des bateaux plats spécialement aménagés dans ce but. Ceux-ci mesuraient trente mètres de longueur pour une largeur de six mètres, et ils étaient traînés par des chevaux de halage.
Naturellement, à chaque écluse qui se présentait et cela se produisait environ tous les quatre ou cinq kilomètres - il fallait subir un arrêt d'autant plus prolongé qu'il y avait là une demi-douzaine de péniches attendant leur tour l'une derrière l'autre. A ce train-là, on ne faisait guère de chemin par jour.
L'intérieur de chaque embarcation offrait un coup d'oeil aussi pittoresque que lamentable. On y pouvait voir, entassés par famille, de cent à cent cinquante émigrants parisiens avec leurs matelas ou de simples paillasses sur le plancher sale et humide, les uns d'un côté, les autres de l'autre, se faisant vis-à-vis et parqués comme du bétail, à telle enseigne que, le soir venu, maris, femmes, célibataires, jeunes filles et garçons avaient toutes les peines du monde à retrouver leur coin et leur literie.
Faute de cabines et même de séparations, il résultait de ce pêle-mêle masculin et féminin une promiscuité dont mon ignorance d'enfant ne s'inquiétait guère alors, mais dont je rougis aujourd'hui quand il m'arrive d'y songer.
Je m'explique maintenant pourquoi plus d'un passager du Convoi n° 11 n'avait pas ses yeux dans sa poche, à commencer par le fringant capitaine qui avait reçu le commandement de l'expédition et qui s'intéressait moins au sort des colons qu'aux charmes de leurs filles et de leurs épouses.
Malgré tout, dans le compartiment des hommes, on s'accommodait assez volontiers de l'imprévu de cette nouvelle existence baladeuse et sans-souci. On avait même trouvé un moyen agréable de tuer le temps qui semblait long aux voyageurs lorsque les bateaux s'attardaient durant des heures à franchir les barrages : c'était de pousser une pointe dans les villages les plus voisins, où l'on cassait joyeusement la croûte en faisant fête au cidre ou au petit vin du pays.
Ces ripailles étaient, bien entendu, accompagnées des plus gais refrains de circonstance, car dans toutes les auberges on prenait plaisir à boire à la santé des futurs colonisateurs de l'Algérie.
Entre Paris et Lyon,
La digue dondaine, la digue dondon,
Entre Paris et Lyon, Y a de belles filles !
Chantaient les uns, tandis que les autres y allaient de leur couplet en l'honneur de la Liberté et de la République.
Eh oui ! Ils étaient tout à la joie les émigrants parisiens, sans se douter que tandis qu'ils trompaient ainsi l'ennui des jours, leurs femmes et leurs filles, reléguées dans les flancs des bateaux plats, étaient obligées par pudeur, pour changer de linge et de vêtement, de se dissimuler derrière des draps de lit qu'elles se rendaient le service de tenir, les unes après les autres, à seule fin d'échapper à la curiosité désobligeante de certains regards. Et cela pendant que ces messieurs vidaient force bouteilles - et aussi leurs porte-monnaie - dans les cabarets de la route.
Bref, partis des quais de Bercy au début de novembre, après avoir péniblement navigué de la Seine à la Saône et de la Saône au Rhône, nous ne devions arriver en vue de Marseille qu'à la fin du mois. Et encore convient-il d'ajouter que parvenus à Pont-Saint-Esprit, dans le Gard, nous avions pris le bateau à vapeur, ce qui était diantrement plus agréable comme allure.
Quel soupir de soulagement lorsque l'effectif du 11ème convoi aperçut enfin à l'horizon le bleu décor de la mer provençale, et que nous fîmes notre entrée dans la belle cité du littoral méditerranéen !
Comme tout cela était nouveau pour moi ! Mon père se montrait tout joyeux, et ma mère et mes soeurs furent un moment distraites de leurs soucis par ce spectacle. C'était déjà un autre ciel, un autre climat et d'autres gens.
Mais cette diversion ne fut pour elles que de courte durée, car les incommodités de la première étape les avaient brisées de fatigue, et elles se demandaient ce que serait la seconde sur la grande mer.
A SUIVRE
Merci à Thérèse Sultana, et Marie-Claire Missud/Maïsto, de nous avoir transmis ce livre de Maxime Rasteil qui a mis en forme les mémoires de son arrière grand-père Eugène François.
Elle a aussi écrit un livre sur lui.
J.P. B.
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| LES BLONDES AU PARADIS
Envoyé par M. René Michaut
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Deux blondes attendent aux portes du paradis après leur mort.
La première demande à l'autre :
- Comment es-tu morte ?
- Je suis morte gelée.
- Ah, c'est horrible ! Comment c'est de mourir gelée ?
- Tu trembles, tu as mal aux doigts et aux orteils. Mais après un certain temps, tu deviens très calme comme si tu t'endormais...
- Et toi, comment es-tu morte ?
- Ah moi, j'ai eu une crise cardiaque. Je soupçonnais mon mari de me tromper, alors un jour j'ai décidé d'en avoir le coeur net. Je suis rentrée à la maison en plein après midi et j'ai trouvé mon mari en train de regarder la télé. J'ai couru dans la chambre à coucher et je n'ai trouvé personne, puis au sous-sol à toute vitesse, personne ne s'y cachait non plus. Je suis montée au deuxième étage à toute allure, mais encore personne. Je suis finalement montée en trombe au grenier, et avant même d'y parvenir, j'ai fait une crise cardiaque et je suis morte.
La deuxième blonde dit alors :
- Quel malheur ! Si seulement tu avais vérifier dans le congélateur, nous serions toutes les deux vivantes !!!
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LES FRERES PIEDS-NOIRS
Par Christian Roehrig
N° 9
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PREFACE
A travers un survol virtuel de mes souvenirs, moi, petit et humble piednoir de Bab-El-Oued (Place Lelièvre) je retrace certains faits historiques qui m'ont profondément marqué.
Mi goguenard, mi-cynique, quelquefois acerbe, je décris en pataouète, mes états d'âme et mes ressentiments à l'égard de certains hommes politiques qui ont failli à leur parole d'honneur.
Depuis ces désillusions, j'observe les charognards se disputer le pouvoir.
Devenu grand-père, je doute, si rien ne bouge, de la nationalité future de mes arrière- petits enfants que je ne connaîtrai pas et à qui je veux, par le présent, laisser le témoignage d'une vérité.
C. ROEHRIG
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MERCI LA FRANCE
Y avait aussi la Rampe qui, s'appelait Bugeaud. tu vois, j'crois qu j'ai raison quand j'dis qu'c'est un symbole. En face y avait le bar La Coupole et dans la rue qui descendait vers la rampe Bugeaud y avait les Beaux-Arts. On dirait qu je revis tous ces instants.
Ah j'vois qu'ti 'as pris aussi l'hôtel Aletti ! Derrière y avait la Bonbonnière, un p'tit dancing. La Mairie, tu l'as photographiée de côté, on voit aussi la Préfecture. Tu t'souviens d 'Ca bombe qu'y a été placée dans les lampadaires ? Excusez nous m'sieur Cohen, on n'a pas pû vous sauver, pourtant mes amis Enert et Forcioli y z'ont fait tout, mais y pouvaient pas, les artères fémorales elles s'débinaient quand -y voulaient les prendre. Toutes façons avec les deux jambes arrachées y pouvaient rien faire pour vous, y'avait trop de sang qui sortait, moi j'me suis occupé du pôve type qu'avait eu la main arrachée, c'est quand j'l 'ai mis dans la jeep, que j'ai vu mes amis avec vous et le service de secours qu y venait, vous non plus vous n'aviez rien fait, seul 'ment vous étiez là, pour attendre vote femme qui sortait du boulot, elle travaillait juste en face. Allez je ferme un peu Ces yeux pour me réconforter, paceque ces moments là y faut les vivre, et nous on n'a pas eu le service des psychos j'sais pas quoi, qui nous enlèvent toutes ces vilaines images qu'on a dans la tête, non, nous on partira avec naute valise pleine de ces vilaines images dans la tête. Mais nous c'est normal vu qu'on est les enfants des pionniers, alors on a l'habitude de souffrir tout seul et d'se démerder.( Merci la France)
J'sais pas si ce livre va sortir pacequ'alors, j'sais pas qui pourra m'repondre. Hein !
Joseph qu'est-ce ti'en penses toi ?
Joseph : Là tu m'boul 'verses, mais j'sais pas quoi répondre, tu me cloues le bec. Quand j'pense à tout c'qui s'est passé... J'crois qu'ça vient d 'la langue française, paceque moi j'crois que quand y t'ont parlé de l'évolution du peuple, les arabes d 'là-bas y z'ont compris la révolution alors y z'y ont été. Enfin c'est c'que crois.
Tiens r'gardes cite photo, dis-moi d'où tu crois que j'l 'ai prise ? On voit tout Bab-El-Oued,. Allez dis-z'y ?
Christian : Si j'me rappelle bien, et si j'regarde dans la bonne direction, cette photo elle a été prise d'en haut les escaliers qui z'étaient prés du Musée Franchet d'Esperey. Tiens encore un qui est né chez nous, à Mostaganem, il a été Maréchal de France et .Académicien, il était diplômé de l'école de Saint-Cyr, c'était pas un yaouled comme nous. Dans e musée qui porte son nom y avait le fameux éventail avec lequel la France elle a reçu l'affront qui a déclenché la guerre, c'est ce qu'y disent.
A côté y avait la prison Barberousse, ceux là c'étaient des pirates, le frère cadet il a été très malin et très cruel. Tu savais toi, qu'y jetaient les prisonniers du haut du Kasour, où il y avait des piquets plantés dans le mur. Quand y jetaient les gens d'en haut, ces gens y venaient s'empaler dessus, et y restaient là jusqu'à qu'y sèchent ou qu'les charognards ailés viennent les manger. Y a une Légende qui dit que de la prison Barberousse, qui était le Château des frères, y avait un souterrain qui menait jusqu'au Kasour pour, en cas de guerre y pouvait s'échapper, mais j'sais pas si c'est vrai. Y avait aussi la Caserne d'Orléans avec les Tirailleurs Sénégalais et les Zouaves.
Tiens à propos des Zouaves, j'me suis intéressé à la question paceque mon arrière-grand-père Xavier a fait parti de cette unité. Tu savais que le nom de Zouave provient d'une tribu qui s'appelait Zouawa ? En 1830, le Colonel d 'Aubignosc il a été présenté par son adjoint le fameux yusuf dont j't'ai parlé tout à l'heure au sujet des Spahis, à un nommé Hadj Abrachmane lequel lui a proposé de mettre une quantité d'hommes à sa disposition c'était un corps d'auxiliaire militaire, après y a eu des chiqulalas et y z'en ont plus parler puis, le 1er Octobre 1830 le Général Clauzel il a crée un bataillon de zouaves avec 6 compagnies. C'étaient des militaires qui avaient un courage extraordinaire, en 1854 y z'ont été en Crimée, en 1859 en Italie, le 2ème Zouave il a fait parler de lui puisqu'il a reçu la légion d'honneur (j'crois que mon arrière grand-père il a fait parti de cette unité paceque j'ai une montre qui vient de lui et qui a au dos la croix de guerre de c't'époque ) ensuite, le 3ème Zouave il a fait la campagne du Mexique (mon arrière-grand-père, toujours lui, il a pris la place d'un autre et il a été incorporé au 20ème régiment de ligne qui est devenu le 3ème Zouave) donc le 3ème il a été aussi décoré de la légion d'honneur pour faits d'armes ( il a pris deux drapeaux à l''ennemi. Ouais avant on défendait le drapeau main'nant on le brûle ou on crache dessus et on siffle même la Marseillaise sans que personne y bronche. Va comprendre toi comment qu'le monde y tourne !. Tu vois la différence. Bon ! Mon grand-père lui, il a été au 3ème zouave et mon père au 9ème. Dans ma famille y z'ont tous fait l'zouave. Enfin tout ça pour te dire que les Zouaves c'étaient queques choses et y faut pas confondre, quand on dit fais pas l'zouave c'est pas de faire le guignol mais au contraire c'est de faire preuve de courage excessif. Tu vois comme on s'trompe. Quand j'pense qu'y z'ont liquidé ces régiments. Bon allez va continuons naute promenade.
Alors pour en venir à ta photo moi j'crois qu'elle a été prise d'là haut.. Qu'est-ce que c'était beau !
Y a pas mais c'était un beau Pays quand j'pense Quelle misère d'l'avoir quitté !....
Joseph : : Ouais ! Ti'as raison, c'est d'là haut qu'elle a été prise. Y a des choses que j'peux pas répondre paceque moi aussi j'me pose plein de questions.
Par exemple !.
Si j'me souviens bien, c'est bien les mouvements nationalistes qui ont déclenché la guerre à la France en assassinant les colons (j'dis colons pour faire comme les antes paceque j'crois pas que l'instituteur qui a été asassiné et sa femme grièvement bléssée étaient des colons) et les 120 ou 130 personnes de Philippeville, et d'la mine d 'El HALIA ? Où y z'ont tué plus de cinquante personnes et blessé autant, et le massacre de Melouza où y a eu plus de 200 morts, hommes, femmes, enfants, et autant de blessés et eux c'étaient leurs coreligionnaires, c'étaient des arabes comme eux, sans parler de tous les antes qu'y tuaient tous les jours. Bon j'vais pas faire la liste, pacequ'alors comme y a eu énormément d'morts, j'peux pas tous les réunir y m'faudrait plusieurs pages. J'disais donc, c'est bien eux qu'ont commencé les hostilités, comme y disent main'nant, alors nous qu'est-ce qu'on devait faire ?
D'après c'que je comprends, et c'que j'entends main'nant en France dit par les Français, on aurait dû leur dire : Continuez, nous on connaît pas ces gens ! Vous dites qu'y sont français ! Ah bien ! Moi j'crois pas, mais tant pis pour eux y z'avaient pas à ête là, excusez-nous les fellouzes de vous avoir gêner dans vote travail de destruction et j'vous d'mande pardon d'ête là !
D'ailleurs qu'est-ce que j'fais là ! Hein !...
Alors, y a des gens d'chez nous qu'y z'ont pas laissé les fellouzes travailler et qui, quand y z'en attrappaient un, y z'essayaient de lui faire dire où ses copains y z'allaient mette leurs bombes et où c'est qu'y cachaient le matériel de guerre pour tuer d'autres français, qu'y soient arabes ou pas. J' veux bien qu'y se soient servis quequefois d 'la gégêne, mais combien de vie y z'ont sauvé hein ! Combien ? Eux les fellouzes y z'avaient pas à se poser toutes ces questions, quand y disaient " Aujourd 'hui on fume pas " et qu'un pôvre arabe, qu'il avait pas entendu la consigne, y sortait de son travail et qu'y fumait une sèche, l'aute, le fellouze y venait et y lui coupait le nez, après c'était les doigts qu'y coupaient, et ensuite les lèvres, mais tout ça était fait dans les règles, ah ouais ! Faut pas croire ! Non, y venaient, y z'enlevaient le pôve type et sans anesthésie et avec un sécateur y coupaient, puis comme les arabes y voulaient encore pas obéir, Pace que le Général Massu y leur avait dit que la France, elle n'abandonnerait jamais ses enfants, alors y leur donnaient une balle dans la tête pour qu'la consigne elle rentre bien dans l'crâne.
Alors j'comprends pas ! L'aute jour j'ai entendu à la télévision qu'y fallait faire toute la lumière sur les tortures qu'avaient subi les fellouzes et pour peu qu'y fallait demander pardon, et y a l'aute, ÿacef Saadi, eh oui mon frère ! Comme je t'le dis, yacef Saadi que même j'avais pas reconnu, pourtant j'le connaissais avec sa chevelure toute noire qu'il avait, sa p'tite moustache et ses dents dont deux, je crois étaient en or, c'est vrai que main'niant il a plus de dent. Et vas'y que j'te dis des, monsieur yacef, gros, non plus gros qu'mon bras, j'croyais même qu'celui qui demandait les choses y allait s'mette à genou, pour qu'y réponde. Alors y ont parlé d'l'O.A.S. et ses responsabilités.
J 'sais pas c'qui m'a pris, j'ai pris un coton pour m'déboucher les oreilles pace que j'comprenais plus, comme j'ai fait d 'la radio en morse, j'me suis dit qu'j'étais pas branché sur la même longueur d'onde ou alors que j 'comprenais plus l'français.
Voilà comment je crois qu'les patos y vois l 'scénario. Moi j'te tue tes enfants et si toi tu m'donnes une calbote ( une gifle ) eh bien ti'aurais pas dû voilà Alors moi c'que j'ai fait y faut pas en parler, main'nant toi, c'que ti'as fait, j'vais t'mette devant la Justice Internationale pour crime de guerre paceque tu m'as donné une cal-bote. Tu vois où on en arrive en France ! Mais ma parole y sont fous les Frangaouis y trouvent du plaisir à se taper la tête conte le mur.
Si j'avais su que main'nant y fallait que j'demande pardon à çui qu'y a tué les amis d'mes parents, Monsieur et Madame Ratel et leur fils Louis qu'on appelait Mickey, et bien je s'rais pas venu en France, je s'rais resté auprès de nos frères Harkis, qui sont morts eux, dans l'honneur de leur parole.
Tiens en parlant des Harkis. Tous ceux que main'nant y font référence au Grand, moi à leur place j'me mettrai au fond d'un trou, mais j'suis pas eux et y sont pas moi Eh bien quand y'a eu, les soi-disant accord d'Evian (ouais pour de l'eau c'était de l'eau) Ceux qui les ont signés ou établis (j'dis pas d'noms pacequ'y s'raient capables d'me dire que c'est pas vrai et d'me traduire en justice, mais quelle Justice ?). Bon ceux-là y n'ont pas pensé, ni à nous, ni aux harkis, y z'ont cru que nous, on allait rester et qu'les harkis y z'auraient été décorés par les fellouzes de l'ordre des résistants à la résistance.
Tiens j'vais t'raconter c'qu'un officier S.A.S m'a dit, et moi j'le crois, pacque c'est pas un honneur c'qu'il a fait, alors pour dire une chose comme ça, y faut en avoir gros sur la patate. Y m'a dit que, lorsqu'il a demandé à sa compagnie de harkis de lui rendre les armes pacequ'y z'en auraient plus besoin, il avait la larme à l'oeil, mais çui qui le connaissait très bien, quand il a vu que son officier y l'avait la larme à l'oeil, il a compris que son Chef, qu'il vénérait, il allait les abandonner, alors quand tout l'monde a rendu les armes y ne restait plus qu'lui, il a donné son arme et il lui a dit "Tiens mon Capitaine, voilà mon revolver, Tues-moi de ta main, paceque main'nant les fellouzes y sont à l'entrée du village et y z'attendent que tu partes pour nous massacrer, alors je préfère que ce soit toi, Mon Chef qui me tue. Puis y s'est retourné vers ses frères harkis, et y leur a expliqué que la France abandonnait ses enfants qui n'avaient rien compris et que si ils avaient compris, y z'avaient mal compris, alors y demandait à son Chef de le tuer pour pas mourir aux mains des fellouzes et tous, y se sont presque battus, pour ête le premier à ête tué par l'Officier qui lui, en pleurant, il est monté dans le camion qui est parti à toute vitesse, mais il allait pas assez vite pour ne pas entendre les rafales de mitraillettes que les fellouzes y tiraient sur ses HOMMES A LUI, SES HARKIS et depuis y peut pas dormir toutes les nuits pacequ'il a encore dans ses oreilles le bruit des pleurs et des appels au secours de ses hommes qui ont été trahis par le Grand en qui y z'avaient mis toute la confiance. La confiance d'un simple Fellah à qui on avait menti. Voilà c'qu'y m'a dit cet ancien officier, pacequ'après, il a plus voulu ête dans l'armée, il avait honte de lui.
Alors j'crois, mais main'nant j'suis plus sûr de rien, si la France doit demander pardon, c'est à tout ces braves, qu'la France elle a laissé assassiner.
La Suite au prochain Numéro
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| COLONISATION de L'ALGERIE
1843 Par ENFANTIN N° 18
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IIème PARTIE
COLONISATION EUROPÉENNE
PERSONNEL ET MATÉRIEL DES COLONIES CIVILES ET MILITAIRES.
1. - Pour bien limiter le champ de ce chapitre, je renvoie à la conclusion, qui traite spécialement du gouvernement de l'Algérie, tout ce qui se rapporte à l'organisation des Européens dans les villes; ici je m'occuperai uniquement des colonies agricoles, civiles ou militaires.
La position des lieux favorables à l'établissement de ces colonies étant déterminée , le travail théorique à faire immédiatement serait : le plan des villages et des fermes, des limites de leur territoire, des moyens de défense, d'irrigation et d'assainissement, avec études des cultures possibles et des procédés agricoles convenables.
Ce double travail théorique d'ingénieur et d'économiste appartient bien évidemment à deux corps qui ont déjà rendu de grands services en Algérie, comme ils en rendent en France, mais qui n'ont pas encore été mis à même de manifester leur capacité colonisatrice. Le génie civil des ponts et chaussées et le génie militaire (auquel il faut adjoindre l'artillerie qui construit aussi) ont bien construit des ponts, des routes, des casernes, des hôpitaux, des blockhaus ; mais il y a loin de là à construire et établir un village de cultivateurs en Algérie, même un village pour des Européens et non pour des indigènes.
S'il suffisait de copier Vaugirard ou Maisons-Laffitte, il n'y aurait pas môme besoin d'ingénieurs, et les moindres maçons feraient l'affaire ; mais il y a là un problème neuf, qui n'a pas même encore été posé, que je sache, et à mon grand regret, à l'école des ponts et chaussées, ni à l'école de Metz, et dont nous n'avons ni épure, ni relief.
Le génie civil et le génie militaire français ont fait naturellement en Afrique ce que nous y avons fait en toutes choses ; jusqu'à présent ils y ont importé la France, purement et simplement. Leurs casernes et hôpitaux, et leurs routes, ne dépareraient aucune province de France, et n'y paraîtraient pas des constructions extraordinaires, étranges; au contraire, plusieurs embelliraient nos villes et nos départements, et sembleraient des oeuvres nationales, indigènes, appropriées à nos usages et à notre climat.
Il y a plus, la nécessité nous a fait souvent chercher, en Algérie, des moyens d'habitation très prompts ; les mêmes nécessités étant fort rares en France, notre imagination n'est pas habituée à une grande fécondité sous ce rapport ; et le génie civil et le génie militaire ont pris la règle et l'équerre, ont tracé de longues lignes droites, ont planté verticalement des planches dans ces lignes parallèles, ont recouvert ces deux plans parallèles de deux autres plans de planches formant un angle obtus ; c'est ce qu'on nomme des baraques.
Jamais pareille idée ne serait venue à Abd-el-Kader ou bien à Méhémet-Ali ; j'ai vu celui-ci réunir des milliers d'ouvriers au barrage du Nil et leur faire construire, comme par enchantement (par un Français cependant), des casernes où il n'y avait pas une planche, pas une poutre, pas une pierre, pas un clou, très peu de chaux, pas de vitres ; habitations saines, fraîches en été, suffisamment chaudes en hiver. C'étaient des murs épais de briques séchées au soleil, mélange de terre, de paille hachée et de quelques particules de chaux; briques absolument semblables à celles que faisaient les Juifs de Moise sous les Pharaons ; l'invention n'est pas neuve. Ces murs, largement espacés, renfermaient entre eux un ou deux rangs de piliers des mêmes briques, et tout cela supportait un toit plat, composé ainsi : des rondins de deux à trois mètres ( que nos ingénieurs connaissent bien puisque les Algériens n'en employaient pas d'autres dans leurs maisons, à Alger même), recouverts d'un lit de cannes de joncs et de roseaux, enduit d'un assez épais glacis d'un mortier semblable à celui des briques, avec proportion de chaux un peu plus forte dans la couche supérieure de ce glacis.
Remarquons qu'une grande partie des maisons de l'Algérie étaient bâties, à très peu près, de cette manière : en une espèce de pisé recouvert d'une terrasse de pisé ; et cependant, nous avons porté à. Sétif des plateaux qui coûtaient deux ou trois francs à Philippeville, et qui, si je suis bien informé, revenaient à vingt et un francs, rendus à Sétif !
Nos blockhaus sont encore des inventions inimaginables pour l'Algérie. La plupart d'entre eux étant sur des lieux élevés, sont par conséquent très généralement sur le roc ; une tour en pierre aurait pu y être faite avant que le blockhaus ait eu le temps d'arriver de Toulon à la côte d'Afrique.
Et tous les bâtiments que nous élevons sont percés aux quatre faces de larges fenêtres; et nous les campons en plein soleil, sur des places ou dans des rues aussi larges que nous pouvons les faire, comme si nous pensions que les Orientaux ne font des cours intérieures et de très petites fenêtres grillées à l'extérieur que pour cacher leurs femmes, et non pour se garantir du plus redoutable rival, du soleil (1) !
Philippeville, la seule cité de notre création complète, est située sur deux collines, et la vallée que ces deux collines forment par leur rencontre (2) est naturellement la grande route de Constantine et la rue principale de Philippeville; mais quel est le plan des deux parties de la ville située sur ces deux collines très escarpées ? - L'échiquier, la ligne droite et l'angle droit ; ce qu'il y a, certes, de plus simple au monde ; mais ce qui fait, de la moitié des rues, des escaliers ou des ravins à peine praticables, même pour des piétons, et ce qui expose-les habitations et les habitants de cette ville maritime et desséchée à toutes les enfilades du vent et du soleil ; en revanche, le mur d'enceinte est parfaitement et mathématiquement défilé du feu des Arabes ; or, les Arabes tuent bien quelques hommes chaque année à Philippeville; mais le soleil, le vent et les vapeurs de la mer, le vent et les vapeurs de lai terre, les tuent par centaines.
Le pays est neuf, nous avons dû y faire des écoles ; cela n'a rien d'étonnant. Beaucoup de faits de cette nature ont été souvent signalés; je n'aurais même pas parlé de ces derniers, si je ne devais pas ajouter ceci : personne n'aurait mieux fait que ceux qui ont fait; et il est certain aussi que ce sont eux qui peuvent seuls faire bien aujourd'hui ce qui a été mal fait précédemment par eux.
Je le dis encore, le problème n'a pas été nettement posé au génie civil et au génie militaire ; qu'il le soit, et ces corps le résoudront.
Voici le programme
Quelle est la forme à donner aux villages coloniaux agricoles, militaires ou civils de l'Algérie; les premiers devant se livrer exclusivement à. la grande culture COLLECTIVE, à l'éducation des bestiaux et des chevaux, et à des exercices militaires; les seconds a la grande culture COLLECTIVE, mais aussi à la petite culture INDIVIDUELLE et aux professions industrielles qui se rattachent à l'agriculture? Les colonies militaires devant, par-dessus tout, former un corps, dont toutes les individualités soient - constamment soumises à une seule volonté ; et les colonies civiles formant des sociétés de familles, dans lesquelles chaque associé a sa part d'indépendance plutôt dans la forme que par le fond.
II - Lorsque ce plan sera fait et adopté, il faudra l'exécuter ; or, il évident que cette exécution serait le premier acte d'installation des colonies militaires, tandis qu'à l'égard des colonies civiles, ces travaux ne seraient que préalables et préparatoires ; car l'installation des colonies civiles, c'est à dire d'une réunion de familles, ne peut avoir lieu qu'après l'exécution des travaux généraux de protection, d'assainissement, d'irrigation, de délimitation, de communication, et même après l'achèvement des principaux établissements publics.
L'exécution de ces travaux préalables est bien un premier pas vers la fondation des colonies civiles; elle doit, pour ainsi dire, présenter le modèle sur lequel se formeraient plus tard les communes rurales; mais c'est une oeuvre d'intérêt public qui ne saurait être mise à la charge et confiée aux soins d'intérêts privés, à moins que ces intérêts ne fussent associés et constitués d'une manière analogue à la forme que l'État lui-même emploierait pour faire ces travaux.
Le génie militaire commencerait donc l'installation des colonies militaires, et le génie civil préparerait seulement celle des colonies civiles.
Si nous examinons comment cette oeuvre préparatoire serait entreprise par l'État, sous le double rapport du personnel et du matériel, nous préparerons ainsi nous-mêmes ce que nous aurons à dire sur l'organisation des colonies civiles. Si nous voulions aborder directement et immédiatement la question, nous aurions probablement plus de peine à nous faire comprendre ; il en serait de même si, commençant par les colonies militaires, qui, par leur nature, ont déjà leur principe d'organisation connu et admiré de tout le monde, nous passions, immédiatement après, à l'organisation des colonies civiles, qui sont, au contraire, des créations neuves.
III - En France, les travaux civils et les travaux militaires ont de grandes ressemblances mais ils ont aussi des différences capitales. D'abord, l'esprit qui les anime sort de la même source, l'École polytechnique, mère commune des ponts et chaussées et du génie militaire; ensuite, ils se ressemblent par en haut, par l'état-major mais. Ils sont fort différents par en bas par la troupe. Des deux côtés, l'état-major est organisé, constitué, il forme corps; mais l'un forme corps avec sa troupe, qui est elle-même vigoureusement organisée ; l'autre n'a pas de troupe, et ne commande qu'à des bandes de volontaires, sans aucun lien entre eux, et n'ayant avec leurs chefs que le lien ou plutôt la chaîne du salaire journalier, chaîne pour le chef aussi bien que pour l'ouvrier.
Je n'ai pas à examiner s'il est bon pour la France d'avoir ainsi un corps dont la tête est fort belle et fort intelligente, mais qui n'a ni pieds, ni bras ; et d'avoir des membres nombreux d'un corps très robuste , qui sont privés de tête, et qui ne sont réunis que par un fil grossier de cuivre ; mais je suis convaincu que cela est et serait très mauvais en Algérie, surtout si cette tête sans membres et ces membres sans tète, devaient concourir à la création très difficile et tout à fait neuve de villages coloniaux.
La colonisation de l'Algérie est, à mes yeux, l'occasion unique et vraiment providentielle d'essayer, non l'application de l'armée aux travaux publics, mais L'ORGANISATION D'UNE ARMÉE DES TRAVAUX PUBLICS.
Nous verrons ensuite s'il y a lieu de tirer parti de cet essai pour la France; mais je le crois indispensable pour l'Algérie.
Voilà pourquoi je dis que l'organisation des travaux publics préalables, entrepris par l'État, doit être et serait l'acheminement à l'intelligence de l'organisation des colonies civiles ; parce qu'en effet, il y aurait alors, entre le corps des travaux publics d'Algérie et les colonies civiles, presque le même rapport que celui qui existera nécessairement, sans rencontrer d'obstacle d'opinion ou de fait, entre l'armée et les colonies" militaires.
En d'autres termes, les corps savants de l'armée me paraissent tout prêts à fonder assez facilement des colonies militaires, au moins sous le rapport constitutif; ils ont beaucoup à apprendre sous le rapport exécutif, en ce qui concerne le travail agricole et la vie de l'agriculteur; mais les éléments principaux y sont, chez les soldats surtout, dans quelque corps de l'armée qu'on les prenne.
Le génie civil me parait, au contraire, étranger jusqu'ici, même à l'idée d'organiser des colonies civiles; d'ailleurs, il est très loin de connaître l'ouvrier, comme l'officier de troupes connaît le soldat: Ayant sous ses ordres des masses qui exécutent des travaux, il a bien une assez forte puissance exécutive, surtout pour les travaux de terrassement, qui seraient dominants dans cette oeuvre préparatoire; mais ces masses n'étant pas organisées, ne faisant pas corps avec lui, il n'a pas la force constitutive qu | | |