N° 57
Décembre

http://piednoir.net

Les Bords de la SEYBOUSE à HIPPONE
1er Décembre 2006
jean-pierre.bartolini@wanadoo.fr
LA SEYBOUSE
La petite Gazette de BÔNE la COQUETTE
Le site des Bônois en particulier et des Pieds-Noirs en Général
l'histoire de ce journal racontée par Louis ARNAUD
se trouve dans la page: La Seybouse,
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EDITO

Solidarité, reconnaissance et égalité  

    Un beau foutoir, ce 5 décembre qui devrait être le jour de solidarité, d'égalité et de reconnaissance de la France envers la communauté de Rapatriés ou plutôt de Dépatriés, est devenu un vrai merdier et au bout du compte un gâchis de plus.

    Le constat est désolant, déroutant, amer pour nous tous, qui au lendemain des décisions, des pouvoirs en général et des pouvoirs particuliers de Mrs Sarkozy et Mékachéra, d'interdire certaines commémorations ou pose de plaques conformes à nos vœux mémoriels et à la morale patriotique.

    Le choix de ce 5 décembre, même s'il ne correspond à aucune date historique, devait être une date choisie pour faire taire les détracteurs de la vérité. La communauté était prête à consentir un effort nécessaire à la paix et à la sérénité de tout le monde.

    L'idéal faisait son chemin avec le vote d'une loi de février 2005, certes imparfaite mais laissant un peu d'espoir. Hélas il est navrant de voir un gouvernement se montrer incapable de faire respecter sa loi et maladroit dans la manière de propager cette initiative normale et tardive avec des cafouillages dans son application.

    Les trois derniers loupés ont été :
- La commémoration du 5 juillet 62 interdite à Paris,
- La pose à Paris d'une plaque à la gloire de l'Emir Abdelkader alors que l'Algérie n'a pas de réciprocité envers nos Grands Hommes.
- et aujourd'hui la pose encore à Paris d'une plaque qui se veut commémorative mais qui en définitive est devenue une plaque de la discorde qui serait mieux sur la place de la Concorde pour montrer toutes les contradictions françaises.

    Il est plus que regrettable de voir encore une fois des occasions de réconciliation nationale gâchées par les ambitions personnelles. On pourrait dire merci aux sous-hommes qui oeuvrent contre nous.

    J'espère encore que parmi cette engeance il reste quelques hommes qui mettent l'intérêt communautaire P.N. au-dessus de ces ambitions et qu'ils réalisent qu'ils n'ont aucune légitimité pour parler en notre nom et nous entraîner dans les impasses gaullistes, histrionistes et négationnistes.

    En France, on continue d'entretenir la culture du " chacun pour moi " vers des abominations qui dans un proche avenir se retourneront contre elle. Je souhaite que la communauté restera spectateur et applaudira.

    Un effort de solidarité et de reconnaissance important peut être engagé à condition qu'il soit compris et partagé par la majorité de ceux qui se disent français.

    On sait qu'il ne peut y avoir de solidarité et de reconnaissance sans l'égalité inscrit dans la constitution ce qui pourrait redonner du sens à la devise de la République : " Liberté, égalité, fraternité. " visible sur le fronton de toutes les communes.

    Mais, déjà, reste-t-il encore des français sur " le paquebot du pouvoir " ?
    Là est la QUESTION !!

Jean Pierre Bartolini          

        Diobône,
        A tchao.


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Président des Présidents
Charles MUNCK.
Idole de Saint - Spongieux
N° 9 de Janvier 1951
de M. D. GIOVACCHINI
Envoyé par sa fille

   
         Le voilà. Il arrive.
         Place de la " Souricière ", déguisée en Maison de l'Agriculture, le moineau du jardinet de la Place Jean Bulliod, posé en sentinelle, a mis " l'Antre " en éveil.
         Avec une allure bon enfant, le " Grand Seigneur " met pied à terre.
         Droit, svelte, comme lustré de " Cadoricin ", il étonne les passants par sa jeunesse infinie.
         Voyez-le gravir les marches sacro-saintes !
         Maurice BARRES fut célèbre par son gentil mouvement de menton. Charles MUNCK est superbe dans son volontaire et brusque petit haussement des épaules. Un grand qui veut encore grandir !
         Les deux mains dans les poches par pure contenance, de la même manière que Durand ou Dupont tiendraient un journal entre des doigts inoccupés.
         Dans le hall, son oeil fait le tour du propriétaire,
         " Sire, lui dit M…, qui n'a lu dans sa vie que l'histoire de LOUIS XV, tout ce peuple est à vous
         MUNCK, flatté, ne répond que par un nouveau frémissement des épaules. II esquisse un sourire qui veut être ingénu, serre la première main qui le heurte sur son passage et multiplie sa bonhomie à la ronde.

         Il ne murmure pas comme F… : " Qu'est-ce qu'on dit de moi ", puisqu'il le sait et il le sait même trop. La Maison " Clause ", qui sélectionne les graines, ajoutera à ses collections la graine de " larbins ". Charles MUNCK la sème autour de lui avec grâce et solennité.
         Suivez-le dans tout son emploi du temps. Magnifique et jetant un défi agressif aux soixante douze ans qui le suivent cruellement, il va s'enfermer derrière une porte capitonnée à souhait
         - Quoi de neuf A… ?
         - Tout va très bien, M. le Président.
         En effet, tout tourne rond. La Maison n'est plus qu'une machine à écrire.
         Et il signe !
         L'ami Charles reçoit ensuite quelques privilégiés. De temps à autre, un pauvre bougre aussi. Qu'on se le dise!
         Si on lui demande son obole, il donne toujours. La Maison ne compte plus. Et M. MUNCK est si gentil, répètent les enfants de choeur du " Séminaire Coopiste " !
         Le fait est qu'il est affable et souriant. Ce n'est nullement affecté : il l'est un tantinet par orgueil, mais surtout par élan du cœur.

         Mais, dans l'amour du bien, il n'a pas la manière et ignore l'opportunité des heures. Avec ses adversaires, il s'essaie à compromettre et à corrompre, ignorant qu'on réussit souvent mieux avec la plus légère des prévenances.
         A part la Grammaire et le faste du Verbe, il a quelque chose de Paul CUTTOLI il sait braver le temps et l'espace.
         En route pour ALGER, PARIS, ou ailleurs, il va, infatigable et charmant veiller avec un soin jaloux sur le sort parfois inquiétant de la TABACOOP et de ses subalternes filiales.
         Et partout, splendide dans sa haute taille, il réussit à s'introduire. Partout, il est accueilli et servi. Beaucoup plus qu'il ne le faudrait même.
         C'est un " Grand Monsieur " tout au moins en surface. On dit P… tout court, On dit A… tout court, on dit " le petit " en parlant de G... Mais on dit " Monsieur MUNCK ".
         Hommage rendu à la personne certes, mais aussi à Son Altesse le Coffre-fort !
         Seulement, si " Alger n'est pas Paris ", nous tenons à dire cordialement à l'ami Charles qu' " Alger n'est pas Bône ".
         L'amour d'Alger a nui à J. S... Alger usera également MUNCK.
         Rien ne vaut nos plages, M. le Président des Présidents ! Tenez compte de mon affectueux conseil.
         D'autant plus qu'en fin de carrière, vous n'avez plus rien à attendre.
         Malgré l'intelligence primesautière du Maire de Bône, MUNCK lui a ravi aujourd'hui toute prépondérance.
         Il pourrait même le supplanter. Mais il ne le fera pas, parce qu'ils sont " condamnés à vivre ensemble " par intérêt politique commun.
         Si MUNCK avait dix ans de moins, je ne donnerai pas deux sous pour les mandats que détient le lion édenté ! Seulement, quand on parle de tout cela au grand Charles, il vous répond : " On n'a personne d'autre sous la main".

         Je ne vois plus mon bel ami Charles. Fini le temps où il prenait chez moi une anisette bien glacée. Il m'aime bien, mais comme je suis indiscret, il a peur... Manque d'élégance morale.
         Mais je le connais bien. Et je sais lire dans ses yeux à la fois doux et fripons.
         Dites-lui : " Que penses-tu de P… ? ". Il ne répond pas parce qu'il est poli, mais suivez ses lèvres et vous aurez la réponse.
         Dites-lui aussi : " Que penses-tu de F… ? ". Là, il lâche le morceau : " C'est un petit maquereau que je méprise ".
         Je ne veux plus voir ces Grands Hommes ". Ils sont riches d'équivoques et leur conversation est répugnante.
         Avouez, amis lecteurs, que lorsque P… vous dit que MUNCK " n'est qu'un épi de blé soufflé par le sirocco ", il faut être armé de pesanteur ou de lâcheté pour les retrouver ensemble quelques heures après.
         Cher ami Charles, tu es grand tu es beau, tu as le portefeuille garni et un riche sourire. Mieux, tu n'attends plus rien.
         Laisse donc choir P... Je ne parle pas de F…, qui, sans vous, serait comme dit Ben Yamine, nul et non avenu.
         Paye-toi le luxe, avant que la 73ème année ne sonne, d'un beau civisme et d'une belle probité politique,
         Tu seras élu: D'autant plus que P… a livré notre Bône aux chouans de la Plaine, qui régissent toutes nos destinées.
         Puisque tu adores PETAIN, ne t'incline plus devant R. M….
         Puisque tu as flirté avec les Gaullistes, ne te diminue pas en mettant un vague fada à l'enseigne de ta boutique.
         Rappelle S… et Vite. Je sais bien que ce nom, assez prestigieux cependant, sème l'effroi dans la fameuse " Union des Crabes ".
         As-tu lu, mon vieux, l'histoire de CHARLEMAGNE ?
         II était puissant et vénéré. Après lui, l'Empire se disloqua.
         Songe et avec effroi, qu'après toi, La TABACOOP - " Gibraltar Bônois " - restera sans pilote et sans boussole.
         Les dauphins existent. Mais ils sont médiocres, sans charme physique, sans passé, et sans même l'autorité de la coutume et de l'habitude.
         Rappelle S…, ami, et vite !
         Sans cela, gare à la culbute !
         Le temps des vaches grasses a passé ; les difficultés surgissent et assombrissent l'horizon.
         Je ne veux pas te parler cette fois, de vos gestions financières; ni de votre Théâtre de Verdure, ni de votre foire déficitaire, ni de tant d'autres choses. Dieu merci ! Nous serons de revue.
         Et j'attends pour cela la mobilisation de tes porte-plumes !

         J'attends aussi de te voir, à ton corps défendant, présenter F… au public, alors que tout le monde sait qu'aucun de vous ne l'aime !
         Monumentale hypocrisie !
         Et votre force n'a d'égale que la sottise de ceux qui vous suivent et qui lisent cette pauvre " Dépêche de l'Est ".
         Je sais bien que tu ne lis même pas ton journal. Mais L. M…, et tous, les chats de gouttières, s'en font des gorges chaudes.
         Mais je sais également - et bien - que tu lis ma modeste prose. En compagnie d'Henri VERNEDE et toutes portes closes, tu lèves tes grands bras en l'air comme si tu brassais de la joie, sans cesser de lancer vers le plafond des : Ah ! Ah ! Exubérants, en ajoutant : " ce petit salaud de Dominique a tout de même raison ".
         Je te mets au défi, vieux Charles, de contredire mes affirmations.
         Jure-le sur St-Spongieux.
         Car celui-ci est bien ton vrai et unique Saint. Un vrai talisman. Tu l'as dans tous tes tiroirs, à ton chevet, Rue Pasteur, Boulevard Baudin, à l'Aletti, partout, partout...
         Quand la Caisse a des résonances d'une cuve vide, tu pries St-Spongieux.
         Quand rien ne va plus, à la Foire, au Théâtre de Verdure, et dans toutes les Coops, St-Spongieux arrive, miséricordieux et attentif.
         Quand le cauchemar te gagne, tu lèves tes fines mains, non pas vers St-Augustin, mais vers St-Spongieux !
         Allez, C…, d'A…, A…, M...., etc... vite, vite, galopez, faites donner St-Spongieux !
         Et tout s'apaise !
         Et la caisse ne connaît plus la lugubre résonance du vide.
         Il faudra demander au Chanoine MIZZI d'intervenir pour célébrer St-Spongieux. Ton journal ajouterait ce nouveau Saint au calendrier, à la place de l'inutile St-Agile par exemple.
         Et, sur ma demande, le sympathique Chanoine HOUCHE, nous régalera d'une belle messe toute chantée à la mémoire des victimes du Spongieux.

         Mon vieux Charles, on me dit souvent que tu n'es pas fort en syntaxe. La bonne blague !
         Tu es riche de bon sens ; c'est mieux.
         Le jour où tu t'es fait cravater par un Président de la République Socialiste, entouré par un état-major de la même Eglise, je t'ai classé, moi, pauvre profane, comme un homme dangereusement intelligent.
         Le patron de LA TABACOOP, glorifié par Jules MOCH !
         C'est beau ! C'est fou ! C'est gai ! C'est même hallucinant !
         Au revoir, cher ami. Bientôt, nous parlerons finances, technique, coops, etc... Sans jamais médire de la " Maison du tabac " qui est une belle oeuvre bônoise, nous parlerons d'un tas de nababs à " 140.000 Frs par mois et plus " ! etc.

         Pour l'instant, je te laisse aux soins des électeurs que tu ne vois jamais et auxquels le chaouch répond invariablement : " Vous voulez voir M. MUNCK ! Il a passé par ici, il repassera par là. "
         A la tienne, vieux Charles !
         Enivres-toi du vin de la Victoire.
         Pyrrhus est immortel !
         Et les poires sont toujours juteuses !

Dessin envoyé par M. J-P. Xicluna
Dessin envoyé par M. J-P. Xicluna


Ça qu'on vous a pas dit … !      N° 41
Christian AGIUS
le Maltais de la route de Bugeaud,
y ramasse dans les poubelles de luxe…
ma, tombe de ses morts, c'est la franche vérité !!!


Tu peux m'esspliquer pourquoi Kronenbourg, Nestlé, Ricard, Lagardère, Thalès, Vinci et un tas d'autres culs de fils Louis (déposé par ma grand-mère Fifine) y zont financé la fête de l'Humanité, pour que ce journal y leur en foute plein la fatche dans ses colonnes….
Rien à la fête des B.B.R. de Le Pen………….


Le caporal-chef qui s'est fait tuer en Afghanistan, c'était un coulot !
Son pacsé y fait un procès à l'armée pour toucher la dimi-retraite !!!!!!!!


L'Iran y finance le Hezbollah : 195 zorros par fatma pour porter le voile, et 390 zorros aux hommes pour porter la barbe….
Diocane : j' m'enscris !!!!


En 2005, la Cour des Comptes elle a relevé 2295 fraudes fiscales. Bravo !
Ma le boulot il est fait ac 560 contrôleurs. Si tu sais calculer, ça fait 4 fraudes par an et par contrôleur…………..
Zotche ! Oilà un métier où tu rixes pas de t'attraper une bazouine……..


Les Talibans y faisaient chier tout le monde ac leurs barbes et leurs voiles grillagés.
D'accord, ma y zavaient enterdit la culture du pavot, cuila qui donne l'opium, cuila qui donne l'héroïne…
Reusement, les Amerloques y zont mis bon ordre à cette cagade en envahissant l'Afghanistan !
Zeb ! Ce pays il est redevenu 1er producteur mondial, ac 92 % de la production mondiale !!!!!!!!
D'accord, tu vas me dire que ce pognon y profite aux paysans afghans.


C'est la franche vérité, ma y touchent, eux les gougoutses, que 5 % du flouss !!! Le reste aux trafiquants……..


Un couple de Kényans, Peter et Jennifer, y se sont fait gauler en train de…………………….faire zig-zig en dedans une mosquée, en plein ramadan !!!!!
En plus y zétaient de gaz, et pas ac l'anisette pourquoi là-bas c'est pluss le vin de palme qui s'envoient, ces tanoutes !
Jaloux, le juge il a été plutôt gentil, pourquoi Jennifer elle avait un beau tafanar : que 18 mois de prison ferme et pas la charia…….


Diocane, les radars y marchent dans les deux sens !
Un conducteur y a ramassé un manche pourquoi y roulait à………………………36 km/h au bord de la plage, dessur une rue limitée à 50 !!!!!!!!!!
Motif : vitesse trop réduite………………..
Y savent plus quoi faire pour ramasser le flouss, ces gatarelles………..


Tu connais pas Bernard Gonzalès ?
C'est un sous-préfet de Moselle.
Y s'a fait gauler par un contrôle routier et y sa ensauvé ac sa moto, pour échapper au test d'alcoolémie !!!!!!!!!!
Benguèche il aurait fait pareil, sûr qui se tapait un séjour gratoss allées Guynemer. Ma lui, y s'est ramassé qu'un…………… " rappel à la loi "………………


Johnny Halliday y s'est fait tatouer ac le prénom de sa fille adoptive : Jade.
Ma le tanoute de Chinois de Los Angeles y s'a trompé et il a fait l'idéogramme " Petite maison dans la prairie………………….

La suite au prochain numéro :
te fais pas de mauvais sang,
J'en ai encore des tas en dedans les tiroirs….

LE PLUSSE DES KAOULADES BÔNOISES (43)
La "Ribrique" de Rachid HABBACHI
A LA POINTE DE…. LA CAROUBE
( Un Romain de câpes et d'épices)

          Aga, aga ou plutôt écoute moi cette histoire que moi j'vas t'la raconter, c'est pas n'importe quelle histoire, c'est une histoire qu'elle pique comme y dit l'aut', çui-là là qu'y raconte les histoires de l'Histoire, c'est une histoire que tu peux même, si que tu veux, la raconter avec des gestes comme celle-là là de Roland qu'il est mort en deux chevaux dedans ces montanes spagnoles que le nom il est facile à dire mais difficile à écrire. C'est l'histoire d'un Romain qu'il est même pas italien, il est marseillais et patos en plusse le pauv' et si qu'on dit Romain, c'est pasque c'est comme ça qu'y s'appelle, c'est son nom.

          Tu ois pas, un jour y débarque de sa Patosie natale dessur les quais de Bône par le Gouverneur Chanzy que c'est un bateau avec, plein des z'idées de conquêtes mais entention, vas pas lui chercher des poux dedans la tête, il avait seulement des z'idées de conquérir les z'estomacs à cause que ce baouèle, qu'il était cuisinier là-bas, chez lui, dedans chais plus quel restaurant célèbe, à saouar si que c'est pas la pierre en bois qu'elle est, y paraît, dessur le vieux port, y s'a dit comme ça un jour, ces pauv' de là-bas, et y parlait de nous z'aut', y sont comme des babaloucs, y te connaissent rien à l'art astronomique que c'est simplement comme on dit par chez nous z'aut', la manière de faire des bons plats et surtout, surtout les apprécier et zotch, purée de sa race, il est mal tombé à cause que, s'affoguer les bonnes soges, nous z'aut' on connaît que ça et diocamadone, on vit que pour ça.

          Brèfle, pour te continuer, ce Romain qu'il a venu s'installer à la Caroube que tout l'monde y sait que c'est l'endroit le plusse beau qu'y a au monde, il a commencé à faire d'la réclame en disant partout que ses pommes dauphines (ouai comme la oiture), elles z'ont pas leur appareil (et y'alors on se demande comment y s'les fait ?). Une fois que tu les z'a goûtées, diocane et dessur la tête du bon dieu, t'y es dégoûté à de bon et d'la dauphine et de toutes les z'aut' Renault. Ces pommes, c'est d'abord des pommes de terre qu'elles sont cuites dedans de l'eau ou à la vapeur, à saouar et qu'en plusse, purée de baouèle, elles te sentent l'essence et l'huile de vidange, bessif une dauphine c'est pas une Ferrari et t'y as beau dire, t'y as beau faire, les patates bouillies de ma pauv' mère qu'on s'les mange avec l'aïoli, elles sont mille fois meilleuses, j'te jure. Un jour, tu ois pas, ce kaloutche il a voulu nous prende en traîte, y nous z'a servi une bouillabaisse, c'est pas qu'elle était pas bonne non, mais y lui manquait un p'tit quèque soge, tu sais, ça que chez nous z'aut', on s'l'appelle la grappe poileuse qu'elle est ni obligée et ni gatoire non plus dedans ce plat mais elle donne du goût et quel goût !

          Enfin, après quèques mois de misère, d'enfants malades, de carreaux cassés et de sauces de toutes les couleurs qu'elles nous ont rendus à tous, verts comme les câpes qu'y s'les met en dedans, le Romain il a compris à de bon que si qu'y voulait arrêter de travailler à ouf, y lui fallait se mette à la couleur locale et depuis, y te fait de tout : Du poisson à la scabètche, des cavales et des merguez grillées avec aussi des brochettes et des fois même, tu vas pas coire, du couscous, du vrai, avec la viande, les légumes et tout et tout, et de temps en temps, des pois chiches au kamoune et y'alors, depuis, on s'l'appelle plus le Romain des câpes et des épices mais not' Romain à nous z'aut' qu'on s'l'a adopté bien-bien depuis qu'à nos salades, y s'est adapté.

Rachid HABBACHI

L'AIN - BEIDA - OULED - RAHMOUN
BÔNE son Histoire, ses Histoires
Par Louis ARNAUD

          
          On a pu voir, tout au début de ce livre de souvenirs, que les diligences qui assuraient le service d'Aïn-Beïda, partaient de Bône, du Cours National, d'un café, qui connut à l'époque la grande vogue : le " Café Couronne ", ainsi nommé parce qu'il avait été ouvert et tenu par M. Couronne ou plus exactement par M. Corona qui avait francisé son nom.
          Ce café occupait à l'origine, un vaste local, à l'angle formé par le Cours et la rue Saint-Augustin. Il a, plus tard, cédé l'angle à un commerce de lingerie, mercerie et bonneterie qui avait pour enseigne " Au Petit Paris ", et pour propriétaire, le claudicant, jovial et sympathique M. Cerf pour se cantonner dans ses trois dernières devantures qui donnaient sur le Cours.
          La " Société Générale " vint, un four, prendre la place du " Petit Paris " pour ouvrir une succursale de sa banque à Bône. Finalement, la " Société Générale " et ce qui restait du vieux café abandonnèrent ensemble les lieux au profit du " Grand Bon Marché ", magasin de confections, qui s'installa dans le vaste local originairement occupé par le " Café Couronne ".
          Le café " Couronne " avait toujours été le lieu où se retrouvaient tous les groupes (ils étaient nombreux et divers) qui combattaient la Municipalité quelle qu'elle fut, de Prosper Dubourg ou de Jérôme Bertagna.

          De l'autre côté du Cours, était le café St-Martin (actuellement : café de Paris), quartier général des amis de la Municipalité.
          Aux grandes journées de fièvre électorale, les habitués de ces deux cafés étaient dressés les uns contre les autres.
          De chacune des terrasses qui s'opposaient en diagonale, partaient des huées ou des acclamations, des injures, des cris, des quolibets, des rires et de ces onomatopées grasseyantes et pétaradantes, qui sont, dit-on, une véritable spécialité bônoise.
          Il en partait même des fusées lancées horizontalement qui, soit en rasant le sol, soit en traversant les feuillages du " Pot de Chambre du Père Dubourg ", venaient heurter la devanture du café d'en face, après avoir jeté l'effroi parmi les consommateurs attablés à l'extérieur.
          " Le Pot de chambre du Père Dubourg " : on nommait ainsi, irrévérencieusement pour le maire de Bône qui l'avait placée là, juste devant le théâtre, une grande et belle vasque toute recouverte par les larges feuilles des nénuphars sur lesquelles retombaient la fine pluie de jets d'eau rafraîchissants.
          Il n'y avait naturellement pas, à cette époque le monument élevé à la mémoire de Jérôme Bertagna.
          Jérôme Bertagna, jeune et vigoureux, était certainement, ces journées-là, à la terrasse du café St-Martin, en chair et en os, dominant son entourage par sa parole énergique, son regard droit et sévère et sa belle et fière prestance.

          Donc, dès 1885, lorsqu'Aïn-Beïda n'était desservie par aucune voie ferrée, le chemin le plus direct et le plus normal pour aller de la côte jusqu'à ce centre, partait de Bône qui était le débouché naturel de cette région au Sud-est constantinois.
          On venait d'Alger, de Tunis, et de Philippeville, prendre à Bône, la diligence pour Aïn-Beïda.
          Aïn-Beïda, faisait vraiment partie de l'hinterland du port de Bône, et sa région était presque toujours représentée à l'Assemblée départementale par une personnalité bônoise.
          C'est assez dire combien les intérêts de Bône et d'Aïn-Beïda étaient liés entre eux.
          Les Bônois avaient tout lieu de penser que lorsque viendrait l'heure de la construction d'une voie ferrée pour desservir Aïn-Beïda, cette voie viendrait, tout naturellement, suivant les routes que les nomades, les marchandises et les diligences avaient toujours suivies depuis les temps les plus reculés, rejoindre Oued-Zénati et aboutir à Bône par le chemin de fer de Bône-Guelma qui, depuis 1877, avait été prolongé jusqu'au Kroubs.
          Hélas, dans ces spéculations d'avenir, si faciles parce qu'elles étaient conformes à la logique même, les Bônois ne tenaient aucun compte des sombres desseins que nourrissaient à leur endroit les Constantinois et les Philippevillois.

          La récente construction, si difficilement et si onéreusement réalisée, de la ligne directe de Constantine à Philippeville aurait dû les tenir en éveil.
          Ils savaient bien que cette ligne n'était pas naturellement rentable, pour employer une expression chère au monde des affaires, puisqu'il avait fallu employer l'argument, suprême et impérieux, de la défense nationale pour décider le Parlement à autoriser son établissement.
          Ils auraient dû penser, dès lors, que pour alimenter son trafic, on allait tenter d'arracher, tant à l'Ouest qu'à l'Est du Département, les marchandises et les produits agricoles nécessaires à assurer son trafic.
          Ils auraient même dû comprendre - connaissant le désir du chef-lieu, de ne point permettre à leur Ville de prendre une trop grande importance - que Constantine n'avait poussé à la construction de ce chemin de fer, et, secondé ainsi les efforts des habitants de Philippeville, que pour parvenir à ses fins en créant, tout près de Bône, un port concurrent vers lequel on pourrait ensuite amener, de gré ou de force, des produits agricoles ou miniers que l'on enlèverait au port de Bône, ce qui était la meilleure façon de freiner sa croissance.
          Ce manque de vigilance allait coûter cher aux Bônois.
          Il est vrai qu'ils avaient des raisons, et même d'excellentes raisons, d'avoir confiance dans l'avenir.

          En 1871, en effet, à la suite d'une pétition signée par tous les habitants de Bône, le Gouverneur général à qui elle était adressée, s'était nettement rangé de leur côté et avait adopté le tracé d'un chemin de fer allant de Bône à Tébessa, en passant par Guelma, Sédrata et Aïn-Beïda que cette pétition préconisait.
          Il n'y avait, à l'époque de cette pétition, aucune ligne d'intérêt secondaire dans le Département, et, c'était la première fois que la question des chemins de fer était posée à Bône.
          Le tracé de cette ligne de Bône à Tébessa que proposaient les pétitionnaires, était certainement le plus rationnel. Il pénétrait dans le Sud-Est constantinois sans avoir à escalader, pour aller à Tébessa, les monts de Souk Ahras et atteignait des centres, comme La Meskiana et Sédrata qui n'ont pas encore de chemin de fer et qui n'en auront probablement jamais, en raison des progrès que font journellement les transports automobiles routiers.
          Le Gouverneur général, comme de juste, avait cru devoir demander l'avis du Conseil général de Constantine.
          Le Préfet de Constantine, M. Desclauzas avait donc soumis la question au Conseil général qui, dans sa séance du 19 avril 1872, avait émis d'emblée un vote favorable à la prise en considération du voeu unanime des habitants de Bône.
          Ces derniers étaient donc en droit de s'estimer satisfaits, et ils attendaient, sans aucune appréhension, que le Parlement fut saisi de la question, comme c'est la règle en matière de création de nouvelles lignes de chemin de fer.

          En 1874, la construction de la ligne de Bône à Guelma avait permis aux Bônois de penser qu'il s'agissait de la réalisation de la première étape de leur projet de 1871.
          Le prolongement jusqu'au Kroubs, en 1877, de cette ligne n'avait pu que les maintenir dans cette idée puisque de Oued-Zénati ou Aïn-Abid, pouvait partir un embranchement vers La Meskiana-Aïn-Beïda et Tébessa.
          Il n'y avait donc rien eu d'anormal dans le déroulement des faits depuis la séance du Conseil général du 19 avril 1872 qui pu susciter la moindre méfiance de leur part.
          Tandis que les Bônois s'endormaient dans les délices de Capoue, en faisant de beaux rêves d'avenir, les Constantinois et les Philippevillois s'apprêtaient au combat :

          Les gens de la région d'Aïn-Beïda réclamaient toujours le chemin de fer qu'on leur avait promis depuis longtemps et qui leur était indispensable pour évacuer leurs produits.
          Le 15 mars 1879, la question des futures lignes ferroviaires à créer en Algérie, vint enfin devant le Parlement.
          Parmi elle figurait la ligne qui devait relier Aïn-Beïda à Aïn-Abid, dernier tronçon du tracé qui avait fait l'objet de la pétition unanime de la population de Bône et qui avait déjà reçu l'adhésion du Gouverneur général de l'Algérie, en 1871, et du Conseil général de Constantine, le 19 avril 1872.
          Les partisans du port de Philippeville avaient naturellement présenté un contre-projet qui reliait Aïn-Beïda à la gare des Ouled-Rahmoun, et, ce qui était mieux, ils avaient travaillé sourdement dans les couloirs en faveur de leur projet.
          Ils furent si diligents et si adroits que la Commission des Travaux publics que présidait M. Albert Grévy, frère du Président de la République, et futur Gouverneur général de l'Algérie, se prononça en faveur du tracé Ain-Beïda-Ouled-Rahmoun.
          La Commission des Travaux publics de la Chambre des Députés, pour parvenir à cette décision, n'avait envisagé que le seul intérêt du port de Philippeville, alors qu'elle aurait dû se soucier uniquement de celui de la région d'Aïn-Beïda et avoir le souci de ne pas contrarier les lois naturelles.

          Aïn-Beïda, de par ces lois, était indiscutablement tributaire du port de Bône. Elle est placée à l'extrémité d'une ligne droite exactement perpendiculaire à la côte partant du port de Bône et les vallées de l'Oued-Cherf et de la Seybouse indiquaient, tout naturellement, la route à suivre pour arriver à ce port.
          En outre, le trajet d'Aïn-Beïda à Aïn-Abid, sur la ligne de Bône au Kroubs, était appelé à desservir les importants centres agricoles de La Meskiana et de Sédrata.
          Aucun de ces arguments n'avait cependant retenu l'attention de la Commission des Travaux publics qui avait chargé l'un de ses membres, M. le Député Journault, de rédiger et déposer sur le bureau de la Chambre, un rapport concluant à l'adoption de la variante Ain-Beïda-Ouled-Rahmoun.

          Voici les termes exacts du passage de ce rapport concernant l'adoption proposée :
          " Aïn-Beïda renferme dans ses environs des mines et des forêts importantes. Philippeville et Bône sont donc intéressées à s'en disputer le trafic ".
          " Votre commission a pensé que Constantine et Philippeville devaient avoir la préférence, comme compensation de la perte que fera nécessairement subir à ces deux Villes, la construction de la ligne Sétif-Bougie.
          " Elle écarte donc la variante qui aboutirait à Aïn Abid ",

          Pouvait-on dire plus clairement que l'on spoliait Bône pour compenser un dommage éventuel que subirait la ligne de Constantine à Philippeville, lorsqu'on construirait le chemin de fer de Sétif à Bougie ?
          Pouvait-on mieux faire apparaître la parfaite inutilité de la construction de la ligne Constantine-Philippeville, puisque le Sétif-Bougie, qui figurait au premier rang du programme des voies ferrées à établir dans le Département, aurait suffi à évacuer vers la mer toute la production agricole et minière de l'Ouest constantinois, en même temps que le port de Bône, avec le chemin de fer de la Cie Bône-Guelma, assurerait l'écoulement des produits de l'Est ?

          Ce rapport de M. Journault est aussi très intéressant pour établir la véritable raison de l'établissement de la ligne Constantine-Philippeville, et de l'agrandissement du port de cette Ville.
          En effet, M. Journault, parle " de la perte que fera nécessairement subir à ces deux Villes (Constantine et Philippeville) la construction de la ligne Sétif-Bougie ".
          Pourquoi parler de Constantine, puisque la variante proposée par la Commission n'aboutissait qu'à la gare des Ouled-Rahmoun, c'est-à-dire à une trentaine de kilomètres de Constantine ?
          S'il ne s'était agi que d'une question d'embranchement plus ou moins rapproché du chef-lieu pour favoriser l'expansion des voyageurs vers lui, le choix de la gare d'Aïn-Abid n'aurait pas été moins avantageux pour Constantine.
          Aïn-Abid n'est, en effet, qu'à quarante kilomètres à peine de cette Ville, c'est-à-dire, à dix kilomètres de plus de Oued-Rahmoun. Ce n'est certainement pas la question d'allonger d'une dizaine de kilomètres le parcours à accomplir par les voyageurs, ou les produits venant au chef-lieu qui a pu être déterminante dans la prise en considération de la variante Aïn-Beïda-Ouled-Rahmoun.
          Non, à vrai dire, il ne s'agit que d'un lapsus calami de l'honorable rapporteur de la Commission qui, étant donné l'insistance particulièrement intéressée des Constantinois en faveur de la variante Ouled-Rahmoun, avait dit croire sincèrement que la Ville de Constantine allait économiquement pâtir d'une orientation de trafic autre que celle qui le ferait transiter par Ouled-Rahmoun.

          Si M. Journault avait connu la topographie des lieux, il se serait certainement rendu compte que le chef-lieu n'aurait matériellement pas du tout été atteint par l'adoption du projet se raccordant à la gare d'Aïn-Abid sur la voie principale.
          Le chef-lieu n'avait donc, pour lui-même, aucune raison d'ordre matériel et économique, pour soutenir le tracé Aïn-Beïda-Ouled-Rahmoun.
          S'il le soutenait, ce n'était que pour enlever à la région bônoise l'appoint particulièrement notable du Sud-Est constantinois et, cela toujours, dans le but d'empêcher la croissance trop rapide de Bône que tout paraissait prédestiner au plus florissant avenir.
          Je viens de dire " l'appoint du Sud-Est constantinois ", alors qu'il peut paraître à certains qu'il aurait fallu dire de la région d'Aïn-Beïda.
          Non, c'est bien de tout le Sud-Est constantinois qu'il s'agissait. On ne trouve la preuve dans les deux premières lignes du passage du rapport cité plus haut : " Aïn-Beïda renferme dans ses environs des mines et des forêts importantes ".
          Des mines ? Quelles sont ces mines ? Y en avait-il une, seulement, dans la région d'Aïn-Beïda ?
          Non, mais on savait déjà que la région voisine, celle de Tébessa, Morsott, renfermait, elle, de nombreux gisements miniers que les Romains avaient autrefois exploités et peut-être connaissait-on déjà l'énorme richesse phosphatine du Kouif, du Djebel-Dir, du Djebel-Onk et du Thasbent.

          Comme il n'y a aucune mine, aucun gisement, d'aucune sorte, dans l'alentour d'Aïn-Beïda, on est contraint de penser que le port de Philippeville avait déjà, avec la complicité du chef-lieu, jeté son dévolu sur les richesses minières de Tébessa à Morsott.
          On verra plus loin que c'était bien là l'intention de nos voisins, lorsqu'il s'agira des projets de chemin de fer à créer entre Aïn-Beïda et Tébessa et entre Guelma et Gastu dont il sera parlé dans les chapitres suivants.
          L'émotion de la population bônoise fut intense, comme bien on pense.
          Le Conseil municipal de Bône éleva une protestation unanime et solennelle contre les propositions de la Commission des Travaux publics de la Chambre.
          Un mémoire rédigé par trois membres qualifiés et parfaitement idoines à tous les points de vue du Conseil, MM. Chaix, Duportal et Sistach, fut joint à la protestation.
          M. Chaix, dont la famille, l'une des plus honorables et estimées de la Ville, est encore à Bône, était ancien élève de l'Ecole Centrale ; M. Duportal qui sortait de Polytechnique, était ingénieur en chef, directeur de la Compagnie de chemin de fer " Bône-Guelma et prolongements ", et M. Sistach était docteur en médecine et président de l'Académie d'Hippone.
          L'Assemblée départementale qui s'était prononcée, le 19 avril 1872, en faveur d'un tracé Bône-Guelma-Ouled-Zénati-Aïn-Beïda-Tébessa, fut à nouveau saisie de la question à la demande des Bônois.

          Le Conseil général de 1879, oublieux du vote unanime par lequel le Conseil général de 1872 avait, d'accord avec le Gouverneur général, adhéré à ce projet, se prononça à une voix de majorité pour le rejet de la protestation bônoise, pourtant si légitime en elle-même.
          Et ce qui fut plus cruel encore pour les habitants de Bône, c'est que ce rejet ne fut dû qu'à l'absence de la séance du Conseil général, de deux conseillers généraux de Bône et sa région, M. Pasquier et M. Lagrange, qui, s'ils avaient pu assister à la séance, eussent naturellement apporté leurs voix à la protestation de la Ville de Bône qui aurait ainsi été adoptée.
          Il paraît utile d'ajouter que le projet de construction du Sétif-Bougie s'est enfoncé de plus en plus dans l'oubli et qu'il n'en est officiellement plus question aujourd'hui.

          Déjà, en 1920, le Conseil général de Constantine lors d'une nouvelle discussion relative au classement des lignes à construire, par ordre d'urgence, qui occupa trois longues séances, les 20, 21 et 23 novembre, avait retiré à cette ligne, malgré la protestation énergique de M. Dussaix, Conseiller général de Kerrata, le premier rang qu'elle avait occupé jusque là.
          Les Constantinois avaient certainement prévu cela depuis longtemps, depuis, sans doute, qu'ils avaient entrepris de réaliser la liaison Constantine-Philippeville par une voie ferrée si difficile à construire, et surtout si coûteuse.

          Ainsi, s'est déroulé le deuxième épisode de la lutte livrée par les Constantinois et les Philippevillois pour entraver le développement normal et naturel de la prospérité de la Ville de Bône.

***

Dessin envoyé par M. J-P. Xicluna
Dessin envoyé par M. J-P. Xicluna


*** Algérie chérie *** !
Envoyé par M. Pierre Rio

Algérie, mon égérie
Je t'écris, je te décris
Sur les sanglots de ma vie
Je garde en moi
Qu'un cœur au désarroi,
Je vivais dans ma bergerie
A bichonner mes brebis
Du bonheur de la vie !..
Mon pays, mon pays
Ma douce litanie
Se perd en nostalgie
Sur les méandres de mon cœur
Dans les mailles du bonheur
Aux milles couleurs
Sous tes cieux infinis
Qui ne m'ont jamais quittés …
Algérie ; mon pays
Histoire d'une vie
Ma chère patrie
Que je chérie
De la plume, de ma main
Sur ce petit manuscrit
Chaque mot s'écrit
En larmes de Bidaoui,
Mon cœur stoïque
Bat du rythme qui la nourrit …

A mes amis d'Algérie Rio pierre !


BÔNE MILITAIRE
du CAPITAINE MAITROT
                              Envoyé par M. Rachid Habbachi                      N° 20

Bône Militaire                                                   44 SIÈCLES DE LUTTES
du XXIVème avant  au XXème Siècle après notre ère
Médaille de Bronze à l'Exposition Coloniale de Marseille 1906
Médaille d'Argent de la société de Géographie d'Alger 1908

Deuxième Partie
         BÔNE FRANÇAISE

CHAPITRE XXI
Les volontaires de Bône et l'armée des Vosges
        
Bône de 1870 - 1871


        L'année 1870 s'annonçait, en Algérie, comme devant être paisible et prospère. Les affaires de Bône étaient particulièrement florissantes.
        La Chambre de Commerce, formée le 19 décembre 1848, à neuf membres, venait le 2 mars 1870 d'être portée à douze, sept français, un musulman, deux israélites et deux étrangers.

        Puis tout à coup, le 13 juillet 1870, le 1er bataillon et la 1ère compagnie du 2ème bataillon du 3ème tirailleurs en garnison à Bône, reçurent l'ordre de se mobiliser pour la France. Deux jours plus tard la guerre était déclarée. Le général baron Durrieu, sous-gouverneur de l'Algérie et gouverneur par intérim, après le départ du maréchal de Mac Mahon, le faisait connaître le 25 juillet dans une proclamation vibrante de patriotisme.
        " Que les milices se réunissent et s'exercent, écrivait-il ; qu'elles s'arment d'une résolution et d'une énergie nouvelles...
        " Je pourrais être inquiet... si je n'étais soutenu par ma foi dans l'avenir de la Colonie et ma confiance dans l'énergie et le patriotisme des Algériens. "

        Le 28, les tirailleurs, prêts depuis le 16, s'embarquèrent.
        Les Bônois qui avaient derrière eux, un long passé de gloire ne pouvaient rester indifférents à la proclamation du gouverneur ; ils s'enrôlèrent en masse dans la milice ; les indigènes eux-mêmes formèrent une compagnie spéciale (1).

        Le 10 août, l'état de siège fut déclaré dans toute l'Algérie de façon à pouvoir faire faire face à toutes les éventualités malheureusement à prévoir.

        Le 11, les préfets reçurent un arrêté prescrivant de réorganiser les milices et de créer des corps de volontaires, les généraux de division avaient délégation pour faire les nominations d'officiers réservées jusqu'alors à l'empereur.

        Le 18, la pêche au boeuf et la pêche au corail furent interdites dans le golfe de Bône et entre le Cap de Garde et Herbillon, aux alentours du câble sous-marin qui reliait Marseille à Bône.
        Puis arrivèrent les nouvelles les plus terribles. Ce fut Woerth, Frœschwiller, Saint-privat, Sedan, Illy.
        Zouaves, tirailleurs, chasseurs d'Afrique avaient soutenu vaillamment le vieux renom de l'armée d'Afrique. Aux uns, l'ennemi, lui-même avait conféré la glorieuse épithète de " braves gens " ; des autres, il avait conçu une telle terreur qu'on le verra, au moment de la paix, tenter, mais en vain,
        D'obtenir qu'on n'amenât plus, sur les champs de bataille d'Europe, ces bandes demi sauvages.

        Le 4 septembre, on perdit Sedan.
        Le 5, ce fut la proclamation de la République.
        Le général Durrieu fit paraître deux nouvelles proclamations dans lesquelles il affirmait sa confiance dans les Algériens. (2)
        L'honneur était sauf, mais la situation était plus que critique.
        Le gouverneur le comprit et fit alors un énergique appel au patriotisme des colons qui, dès le début de la conquête avaient combattu et travaillé côte à côte avec nos soldats et pour leur montrer la confiance qu'il avait en eux, il leva l'état de siège " sur l'attitude calme des populations et les preuves que les milices ont données de leur dévouement au maintien de l'ordre et de la sécurité. " (3)
        Le même jour, il divisa les miliciens, en sédentaires et en mobilisables et rétablit l'élection à tous les grades.
        Ce fut sur ces bases que, dans les premiers jours de novembre, une compagnie de volontaires fut formée à Bône.

        MM. Genova (Xavier) fut élu capitaine commandant (4) ;
        Fournier (Albert), lieutenant.
        N° Matricule
        2 Guy (Charles), sergent-major.
        4 Sion (Jules), sergent.
        6 Bonnefoy (Léon), sergent porte-fanion.
        9 Morlot (Louis), caporal).
        10 Calmon (Ernest), caporal.
        11 Gery (François-Marie), caporal.
        2 Hauron (François-Marie), caporal.
        La compagnie eut deux clairons.
        21 Massin (Casimir).
        23 Mazias (Alphonse).

        Les volontaires au nombre de 42 et divisés en six escouades furent :
        20 Amiel (Lupert).
        22 Bernard (Joachim).
        24 Colombier (Jean).
        25 Chabrol (Prosper).
        26 Blanc (Baptiste).
        27 Liandrai. (Pierre).
        28 Garnier (Henri).
        29 Tavera (Joseph).
        30 Denante (François).
        31 Vicari (Jules).
        32 Rossy (Antoine)
        33 Falavel (Emile)
        34 Lartigau (Alphonse)
        35 Laurent (Xavier).
        36 Hutin (Henri).
        37 Bonnefoy (Eugène)
        38 Lopez (Joseph).
        39 Labesse (Auguste).
        40 Legey (François).
        41 Nelet (Gustave).
        42 Basso (Pierre).
        43 Odenino (Michel).
        44 Pouchet (François).
        45 Augier de Maintenon (François).
        46 Platon (Auguste). 17 Darras (Auguste).
        48 Roche (Léopold).
        49 Laurens (Jérôme).
        50 Estèbe (Damien).
        51 Mikalowski (André)
        52 Fritz (André).
        53 Armand (Léon).
        54 Martin (Joseph).
        55 Remusat (Marius).
        56 Jalabert (Joseph).
        57 Faurte (Emile).
        58 Bertraux (Louis).
        59 Moustier (Charles).
        61 Mégia (André).
        63 Teddé (Antoine),
        61 Ahmed ben Brahim

        Ces hommes reçurent de la ville un franc de solde par jour sans vivres ; les sous-officiers, un franc vingt-cinq centimes ; les officiers, la solde et les indemnités de la première classe et de leur grade dans la ligne (5).

        Ils étaient vêtus d'effets de drap, bleu de roi, composés d'un caban avec capuchon, d'une vareuse, d'un pantalon et d'un képi, portant sur le bandeau un croissant et une étoile, sauf l'indigène qui conserva sa chéchia.
        Une ceinture rouge tranchait sur ces couleurs sombres ; celle des officiers était de mille teintes comme l'est celle des officiers indigènes de nos jours.
        Les officiers et les sous-officiers eurent des insignes de grade en argent ; ceux des caporaux étaient de laine rouge.
        L'armement consista en une carabine Minié avec baïonnette et 100 cartouches ; 60 dans la giberne et 40 dans le sac.
        Chaque homme reçut en outre de la ville un havresac et une couverture : la ville de l'Etat, une tente et des ustensiles de campement.

        Le signe de ralliement consista en un fanion noir brodé par les demoiselles Séréno, de Guelma, et portant en lettres d'or, l'inscription " volontaires de Bône ".
        La plupart de ces jeunes gens étaient des recrues sans aucune instruction militaire ; Mais les officiers étaient de vieux soldats rompus au métier des armes.
        M. Génova était un ancien fourrier des zouaves, devenu sergent-major à la Légion étrangère, puis sous-lieutenant et lieutenant au Mexique, dans le 6ème bataillon de Casadores (6).

        M. Fournier, rédacteur en chef du journal Bônois, La Seybouse, avait été sergent-major au 71ème de ligne.
        Aussi l'instruction des hommes fut-elle rapidement et savamment menée. Deux tirs furent exécutés avant le départ.

        Le 22 novembre, la compagnie fut embarquée sur un vapeur des Messageries Maritimes et débarqua à Marseille, le 25. Elle avait en caisse 2.700 francs. donnés par la ville et 50 francs offerts par M. Erombert.
        Elle fut immédiatement immatriculée et les officiers reçurent leurs brevets par les soins de M. Gente, préfet. des Bouches du Rhône.
        Les hommes touchaient de la guerre un franc par jour sans les vivres. Les officiers eurent la solde de leur grade et reçurent l'indemnité d'entrée en campagne sur laquelle, avec la sollicitude qu'ils montrèrent pour leurs compagnons d'armes au cours de toute la campagne, ils prélevèrent 500 frs pour l'ordinaire.
        Le capitaine acheta, au compte de la ville de Bône, à chacun de ses hommes, un revolver et 24 cartouches et pour lui-même une excellente jumelle.
        Un conseil d'administration fut formé qui comprit MM. Génova, Fournier, Guy, de Maintenon et Platon.

        Le 28, après avoir pris, la veille, un apéritif en l'honneur de la campagne et avoir recruté un volontaire, Durley (Jacques), numéro matricule 62, elle fut dirigée par chemin de fer sur l'armée des Vosges.

        Elle arriva, le 29 Novembre, à Autun et fut cantonnée, sans paille, dans une église. Peu habitués aux froides nuits de la région de l'Est, les volontaires eurent beaucoup à souffrir. Le lendemain, il fut décidé que l'on remplacerait le képi par une toque de fourrure dans le genre de celle que portent les rouliers ; le croissant et l'étoile furent cousus sur le bandeau.

        Le 1er décembre, après la soupe du matin, les hommes s'initiaient aux mystères de l'école, de tirailleurs lorsque, vers une heure, des obus vinrent à tomber sur la ville.
        Sans avoir reçu aucun ordre, le capitaine marcha au canon. Il rencontra le général Riccioti Garibaldi, commandant la 2ème brigade, qui le plaça à côté de l'arc romain du faubourg Saint-Symphorien, en réserve générale et en soutien de deux batteries d'artillerie des mobiles de la Charente Inférieure.
        Il resta dans cette position toute la nuit du 1 au 2. C'est là qu'il fut abordé par un Bônois, M. Aribaud, incorporé dans un corps garibaldien, qui devait, plus tard, être cité à l'ordre pour avoir à Dijon, fait prisonnier le fils du général de Werder.

        Le 3, la compagnie fut incorporée dans la 1ère brigade de l'armée des Vosges (général Menotti Garibaldi) et fit partie d'un bataillon de francs tireurs commandé par le chef de bataillon Lhoste et composé de :
        Une compagnie de Lyon. Deux compagnies d'Alger.
        Une compagnie de Constantine. Une compagnie de Guelma. Une compagnie d'Aumale. Deux compagnies d'Avignon.
        Deux compagnies du Tarn et Garonne.
        La compagnie avait perdu deux hommes, Falavel et Labesse, disparus le 1er décembre.
        Le jour même, le bataillon partit pour Arnay-le-Duc. Après un séjour assez long dans cette ville, couvert par la compagnie de Bône en avant-garde, il se dirigea par une marche de nuit sur Pont d'Ouche. Il devait prendre la voie ferrée pour gagner Nuits et prendre part à la bataille qui s'y livrait. Mais la voie était coupée, il du marcher par étapes et arriva seulement le 24 décembre. Il fut réuni à un groupe de 30 bataillons de francs-tireurs de toutes provenances.

        Après un repos de trois ou quatre jours, la compagnie partit en avant-garde vers huit heures du soir. Elle traversa une forêt sous une neige abondante et arriva à Sombernon, à neuf heures du matin.
        Des reconnaissances furent lancées de ce point dans toutes les directions, à une distance de 15 à 20 kilomètres.
        Au cours d'une de ces reconnaissances, le fanion noir faillit être cause d'une terrible méprise.
        La compagnie avait été réveillée à trois heures du matin, les armes avaient été enveloppées de chiffons et de paille et sans aucun bruit, elle était sortie du cantonnement.
        Ce mouvement avait été tellement silencieux que les volontaires Roches et Julian n'avaient rien entendu et étaient restés couchés.
        Les hommes furent à un point distant du village de 4 à 5 kilomètres dissimulés dans les fossés de la route, au milieu d'une forêt couverte de neige.
        A midi, elle n'était pas rentrée. Le commandant, croyant à un malheur, fit partir quelques hommes en avant du village et fit disposer, sur la route, des grenades commandées par un fil électrique. Tout à coup, on aperçut une ligne sombre, un drapeau très foncé flottait au-dessus des têtes coiffées de bérets.
        Les fusils furent abattus, le courant allait être envoyé dans les grenades lorsque les volontaires Julian et Roches qui se trouvaient là, s'écrièrent " Ne tirez pas, mon commandant, ce sont les enfants de Bône ".
        A la suite de cette mésaventure, malgré sa hampe traversée d'une balle et sa flamme déchirée de deux autres, le fanion fut roulé et remplacé par un drapeau tricolore qui fut acheté à la première occasion.
        L'ennemi ne se montrant pas, le bataillon fut dirigé sur Dijon puis sur Saint-Seine.
        Les Allemands se trouvaient à six kilomètres de là, à Chanceaux.

        Le 1er janvier, M. Carcasonne, lieutenant démissionnaire et capitaine de la compagnie de Guelma, en l'absence du commandant retenu à Dijon, dirigea une opération sur le village.
        Les Allemands, au nombre de 4 à 500 fantassins, soutenus par deux petites pièces de canon, ouvrirent le feu à bonne portée. Le bataillon se déploya immédiatement, la compagnie se trouvait à l'extrême droite, sur deux lignes de tirailleurs respectivement sous les ordres du capitaine et du lieutenant.
        Le combat dura une heure, l'ennemi battit en retraite. La compagnie ne subit aucune perte.
        A la suite de cette affaire, le colonel chef d'état-major des troupes garibaldiennes écrivit dans son rapport officiel que la compagnie vaillamment entraînée par ses chefs avait manoeuvré " avec la même précision et le même calme que si elle avait été sur la place d'exercices ".
        Elle avait incorporé, ce même jour, Kilfourmi (Léon), numéro matricule 65.
        Le commandant fut nommé lieutenant-colonel à la suite de cette affaire.

        Le séjour à Chanceaux fut employé à faire des reconnaissances dans les bois voisins.
        Une nuit, deux compagnies, l'une du Tarn et Garonne et l'autre d'Alger, tombèrent sur une reconnaissance allemande dissimulée dans un ravin.
        Un combat assez vif s'engagea.
        Quatre compagnies envoyées en renfort, trouvèrent, au lever du jour, les cadavres du capitaine et du lieutenant du Tarn et Garonne et vingt corps de francs tireurs ; les autres avaient disparu.

        Peu de temps après, le bataillon regagna Dijon, le 8 janvier. De là, il retourna à St-Seine après avoir échangé ses carabines contre des armes plus modernes. La compagnie reçut des Chassepots.
        A six kilomètres de là, à Champigny, se trouvait un troupeau de moutons appartenant à l'administration allemande.

        Le 10, à cinq heures du soir, ce troupeau fut surpris. Il fut fait dix prisonniers et l'on s'empara de 600 bêtes qui, vendues à Dijon, par les soins de l'intendance, rapportèrent 13 frs. 05 à chaque homme du bataillon.

        Le lendemain 11, à neuf Heures du matin, une nouvelle attaque fut dirigée par les francs-tireurs, sur Champigny. La compagnie se trouvait à l'extrême gauche. La présence d'esprit du capitaine évita une surprise qui aurait pu avoir des conséquences fatales.
        Le bataillon battait en retraite à trois heures de l'après-midi, faute de cartouches. Le colonel vit, un moment, une ligne déployée s'avancer sur la droite de la compagnie. Il voulait faire cesser le feu, croyant avoir à faire à une de ses unités mal orientée dans son mouvement de retraite par échelons. Ce fut sur l'insistance du capitaine Génova qu'il suspendit son ordre. C'était une compagnie allemande et les Bônois se trouvaient alors seuls en extrême arrière garde. Ils ne quittèrent leur position qu'au dernier moment.

        Le volontaire Teddé s'entendit alors appeler, c'était le jeune Hivert (Etienne) de la compagnie de Guelma et Bônois d'origine, qui avait été frappé d'une balle au pied droit. La cantinière du bataillon était allée chercher une charrette pour enlever le blessé, mais comme elle n'arrivait pas, le volontaire Teddé, aidé de ses camarades Arnaud, Colombier et de Maintenon, improvisa un brancard avec des fusils. Il était temps, les Allemands approchaient et le départ des quatre infirmiers d'occasion fut salué d'une grêle de balles qui heureusement n'atteignirent personne.
        La charrette fut rencontrée quelques mètres plus loin. Hivert fut évacué sur St-Seine puis sur Dijon où il devait mourir de sa blessure.
        La compagnie ne subit aucune perte dans cette affaire, le bataillon eut 30 tués ou blessés.

        La retraite se continua sur Dijon où le capitaine reçut, le 12, un mandat de 500 francs envoyé par la ville de Bône.
        Après un repos de deux jours, le bataillon revint à St-Seine et la compagnie fut détachée à Alise Sainte-Reine.
        Au cours de la marche, le caporal Morlot, de la 2ème escouade, s'enivra. C'était un peu excusable, étant données les privations auxquelles les volontaires étaient soumis depuis le commencement de la campagne. Mais le vieux soldat qu'était le capitaine ne pouvait admettre ce manquement à la discipline. Le caporal fut cassé et ses galons lui furent arrachés devant la compagnie sous les armes.

        Le 19, les francs-tireurs rétrogradèrent vers Dijon et reprirent leur place dans leur brigade qu'ils avaient quittée depuis Autun.

        Le 20, la compagnie reçut un mandat de 123 frs 35 envoyé par les corps de cavalerie de Bône.

        Le 21, la ville fut attaquée, le bataillon fut placé à Talan, faubourg de Dijon organisé défensivement par les Garibaldiens. On fit toute la soirée des feux un peu au hasard en avant du faubourg. A deux heures du matin, n'ayant reçu aucun ordre et ses hommes n'ayant pas mangé, le capitaine rentra dans Talan.

        A dix heures du matin, le 22, il était en avant du faubourg, appuyé à une vieille masure formant l'extrême droite d'une ligne composée de bataillons français. La veille, les Garibaldiens avaient repoussé l'ennemi, un mouvement en avant fut ordonné.
        A deux heures de l'après-midi, la compagnie commença un vaste mouvement tournant qui décida de la retraite des Allemands. Elle arriva à la fin de ce mouvement en face d'une ferme dans laquelle 700 blessés français et allemands étaient soignés par huit médecins de cette dernière nationalité.
        Au moment où le capitaine visitait cette ambulance, une vieille dame de 70 ans, le bras barré de la Croix Rouge, Madame de Saint-Seine, se présenta et se plaignit amèrement au médecin-chef, de ce que les soldats allemands l'avaient, la nuit précédente, malgré la neutralité qui la couvrait empêchée de prodiguer ses soins aux blessés relevés sur le champ de bataille.
        Ceci se passe de commentaires.
        Le capitaine envoya un de ses hommes, monté sur le cheval d'un des médecins, prévenir Garibaldi de la découverte de l'ambulance. Le général vint prendre possession du matériel, et en particulier des huit chevaux.
        Sans davantage de commentaires.

        Les pertes de la compagnie furent assez sérieuses dans cette affaire. Le caporal Gély, de la 5ème escouade, avait été tué ; le volontaire Nelet, de la 4ème, blessé, mourut à l'hôpital de Dijon le lendemain ; le sergent Bonnefoy avait reçu une balle dans la jambe.
        Le bataillon avait perdu un lieutenant de la compagnie de Lyon et le capitaine d'une compagnie d'Avignon.
        Le caporal Morlot, dégradé précédemment, s'était tellement brillamment conduit, que son capitaine alla lui-même acheter des galons, qu'il lui remit en présence de ses camarades.
        Cependant, les Garibaldiens avaient repoussé l'ennemi à Pouilly ; le 61ème régiment poméranien avait même perdu son drapeau.
        Le lieutenant-colonel Lhoste, blessé, reçut la croix de chevalier de la Légion d'honneur le soir du combat. Le lendemain matin, il fut fait officier ; le soir, il était mort.
        Le capitaine Genova fut désigné pour lui succéder, mais il refusa cet honneur, en disant qu'en prenant le commandement de sa compagnie, il avait contracté des obligations sacrées envers les parents de ses hommes, qu'il avait commencé la campagne avec eux et qu'il voulait la finir avec et près d'eux.

        Le nouveau chef de bataillon fut un Italien de Gênes, M. Baghetti.
        Cet officier exigea des honneurs extraordinaires.
        Tous les matins avait lieu un rassemblement eu armes. Le jour de sa prise de commandement M. Baghetti fit défiler les compagnies au port d'arme. Le lendemain, il voulut qu'il en fût de même. La compagnie de Bône défila, mais l'arme sur l'épaule.
        Furieux, le commandant fit appeler le capitaine Genova, qui lui répondit assez vertement, et avec juste raison, qu'il était venu en France pour faire la guerre et non pour jouer au soldat et faire de la parade, que, d'ailleurs, ces honneurs n'étaient pas réglementaires et qu'il n'en avait que faire.
        La réplique ne fut pas longue à venir. La compagnie fut envoyée en reconnaissance dans les bois de la Crochère et on la laissa 24 heures sans lui envoyer de vivres. Les hommes avaient, heureusement, emporte du pain dans le capuchon de leur caban.
        Il est inutile d'insister sur le procédé.

        Le, bataillon partit pour Auxonne. Les deux morts de la compagnie avaient été, dès le 26, remplacés numériquement, par Galardi Jean, N.M. 66, et Ghirardi (Pietro), N. M. 67.
        Malgré ses préventions contre les Bônois, le commandant était contraint de rendre hommage à leur bravoure. Un jour, il fit appeler le capitaine et lui dit : " J'ai besoin de vos lapins pour occuper un village où les Allemands viennent se ravitailler ". Le capitaine Genova répondit : " Mes hommes n'en peuvent plus, mais je suis à votre disposition. Donnez-moi des hommes frais. "
        Puis, sans tenir compte de sa propre fatigue, il partit pour Champevent, à sept ou huit kilomètres de Dôle, avec deux compagnies, que celle de Bône vint renforcer le lendemain.
        Une barricade fut construite à l'entrée de la rue principale ; la moitié de l'effectif prit le service de surveillance, le reste se coucha tout habillé.
        Mais l'ennemi avait du être averti, car les hulans qui venaient tous les jours, escortant des charrettes destinées à emporter des provisions de pain, ne parurent pas ; quelques patrouilles se montrèrent sur les crêtes. Après trois jours d'attente, le détachement rentra à Auxonne, le 30 janvier. Le volontaire Vicari fut licencié.

        Le premier février, à trois heures du soir, l'armée des Vosges apprit qu'un armistice avait été signé mais qu'elle-même était exceptée de cet armistice. Ce fut une surprise générale et, faut-il l'ajouter, un désarroi assez compréhensible.
        Dans le bataillon de francs-tireurs, on discuta longuement. Les officiers se réunirent en Conseil de guerre. Les hommes se tenaient sur les glacis, après avoir laissé leurs sacs dans les casemates et attendaient assez inquiets ce qui allait résulter de cette discussion.
        Le commandant voulait rester dans la ville, à l'abri des remparts et attendre qu'il ait été statué sur leur sort. Le capitaine Génova fit remarquer que devenus gens d'exception, ils étaient dangereux pour les autres et que, partant de ce principe, les habitants de la ville se montreraient certainement hostiles à leur égard, comme on pouvait déjà s'en apercevoir. Il ajouta que le commandant ferait ce qu'il voudrait mais que lui-même renonçant à ses habitudes d'obéissance et de discipline, quitterait les autres compagnies : il ne voulait pas être fait prisonnier et être dirigé sur l'Allemagne.
        C'était d'ailleurs un plan bien arrêté dans son esprit, car il avait déjà envoyé son sergent-major dans la ville pour acheter du pain, du vin et du fromage (29 fr. 05).

        Son avis finit par prévaloir et à quatre heures du soir, il prit l'avant-garde et se dirigea, avec un guide, sur Chalon, emmenant, avec ses hommes, les subsistants français de la garnison, soit une quinzaine de zouaves environ.
        A la tombée de la nuit, on aperçut un grand feu ; les éclaireurs apprirent que c'était une meule de fourrage qui brûlait. A minuit, on fut en face de Saint-Jean de Lôsne. Le pont était coupé. La compagnie passa la Saône avec des barques, puis ce fut le bataillon suivi de la 2ème brigade garibaldienne (général Ricciotti Garibaldi).

        Le lendemain matin, on était à Châlons-sur-Saône. Le capitaine y acheta 20 musettes (à 1 fr. 30) pour remplacer les sacs laissés à Auxonne.
        La compagnie gagna ensuite le Creusot. Le sergent Bonnefoy, blessé le 22 janvier, mourut, à l'hôpital de cette ville, le 6 mars.

        Le 21 février, la ville de Bône envoya un mandat de 1000 francs.
        Dirigés sur Autun, les volontaires y furent désarmés puis dirigés, par chemin de fer, sur Marseille où ils arrivèrent le 18.
        Avant leur départ, ils avaient été l'objet de propositions de la part de meneurs qui voulaient les emmener à Paris et les enrôler dans les troupes de la commune. Je laisse à penser les réponses qui furent faites.
        A Marseille, la compagnie se trouva diminuée des volontaires :
        Chabrol qui se retira à Nîmes.
        Blanc qui se retira dans les Basses-Alpes.
        Denante qui se retira à Gordes (Vaucluse).
        Hasso qui resta à Marseille.
        Si l'on tient compte du départ de Kilfourmi parti, le 28 février, de Luzy, elle s'embarqua à l'effectif de deux officiers, trois sous-officiers, (dont le caporal Morlot nommé sergent) et 41 hommes, après avoir eu trois volontaires morts au champ d'honneur.
        Elle toucha Philippeville le 20 et arriva à Bône le 21.
        Le fanion fut déposé à la mairie.

        Les survivants de cette héroïque phalange sont :
        Le capitaine Génova ;
        Le sergent-major Guy ;
        Les volontaires Laurens, Lopez, Mégia, Teddé.

(1)En exécution de l'arrêté du 2 avril 1851.

(2) Aux habitants de l'Algérie,

Algériens,
Vous connaissez dans toute son étendue le malheur qui vient de frapper la France.
J'ai confiance dans votre énergie et votre patriotisme pour vous armer contre toute défaillance et envisager de sang froid la situation.
Je vous recommande l'ordre et le calme.
La France n'est pas à bout de ressources.
Attendons ses volontés et unis dans une même pensée, tenons nous prêts à les accomplir.
Alger, le 4 Septembre 1870.

Aux Habitants de l'Algérie,
Algériens,
La République vient d'être proclamée.
Les autorités civiles et militaires conserveront leurs fonctions jusqu'à ce qu'elles aient été régulièrement relevées par le gouvernement national.
Nous invitons la population à attendre avec calme les décisions de la mère-patrie.
Alger, le 5 Septembre 1870.
Le général de division, Gouverneur général par intérim, BARON DURRIEU.

(3) Arrêté du 10 Septembre 18'70.

(4) M. Génova appartenait à une famille qui, avec celle des Favella, est la plus ancienne à Bône.
Son grand-père, originaire d'Ajaccio, était sobrecargue (comptable) de l'association des corailleurs Corses à Bône en 1821.
Le jour de l'Ascension, le 2 juin, les corailleurs Italiens et Corses avaient tiré leurs barques, au nombre d'une soixantaine et montées chacune par 15 à 20 hommes sur le sable qui se trouvait entre l'embouchure de la Boudjima et celle de la Seybouse et se livraient aux douceurs de la sieste, lorsque des montagnards de l'Edough, les attaquèrent à l'improviste et firent un grand massacre. 200 Corses furent tués. Puis les ennemis se rendirent aux entrepôts, celui des Corses était situé au milieu de la rue Fréart, dans la maison Quintard, M. Génova s'y trouvait avec deux de ses employés. Ils furent massacrés sans pitié.
Ce fut en Corse un deuil général.
Puis un jour du mois de septembre, M. Génova rentra à Ajaccio. II avait été recueilli, blessé d'un coup de yatagan à la tête, soigné et guéri, par le consul d'Angleterre qui habitait en face de l'entrepôt.
Son fils continua à venir à Bône.
En 1834, il vendait, dans la rue Fréart, du vin, des fruits et des planches, puis retournait, en septembre, dans son pays, en emportant de la laine et du blé.
Il vint s'établir à Bône, avec sa famille, en 1858. Le sobrecargue raconta les faits ci-dessus à son petit fils qui voulut bien me les narrer à son tour.
Les Favella étaient menuisiers, de père en fils, bien avant l'arrivée des Français.

(5) Arrêté gubernatorial du 10 octobre 1870.

(6) Tirailleurs mexicains.

A SUIVRE       

LE PREMIER SERMON
Envoyé par M. Camacho

     Un jeune curé, très angoissé, est incapable de prononcer un seul mot le jour de son premier sermon.

     Le lendemain il va voir l'archevêque et lui demande quelques conseils pour être à la hauteur au sermon du dimanche suivant.

     L'archevêque lui conseille de se verser quelques gouttes de vodka dans un grand verre pour se sentir plus détendu.

     Le dimanche suivant, le jeune prêtre suit le conseil et réussi à parler sans être paralysé, ni de trac.

     De retour à la sacristie, il trouve un lettre laissée par l'archevêque, ainsi rédigée :

     Mon Fils, la prochaine fois, mettez quelques gouttes de vodka dans un grand verre d'eau et non quelques gouttes d'eau dans la bouteille de vodka.

     D'autre part, je tiens à vous faire part des quelques observations suivantes, afin que vous amélioriez encore un peu vos prochains prônes.

     1) Il n'est nul besoin de mettre une rondelle de citron sur le bord du calice.

     2) Évitez de vous appuyer sur la statue de la Sainte Vierge et surtout, évitez de l'embrasser en la serrant étroitement dans vos bras.

     3) Il y a 10 commandements et non pas 12

     4) Les apôtres étaient 12 et non pas 7 et aucun n'était nain.

     5) Nous ne parlons de Jésus Christ et ses apôtres comme de "JC & Co"

     6) Nous ne nous référons pas à Juda comme à "ce fils de pute"

     7) Vous ne devez pas parlez du Pape en disant "Le Parrain"

     8) Ben Laden n'a rien à voir avec la mort de Jésus

     9) Les murailles qui se sont effondrées au septième jour ne se trouvaient pas à Mexico mais à Jéricho !

     10) L'eau bénite est faite pour bénir et non pour se rafraîchir la nuque

     11) Ne célébrez jamais la messe assis sur les marches de l'autel

     12) Ponce Pilate a dit "vos histoires je m'en lave les mains" et non "vos conneries, je m'en bas les valoches"

     13) Les hosties ne sont pas des gâteaux à apéritif à consommer avec le vin de messe.

     14) Les pêcheurs iront en enfer et non "se faire enfourner chez les Papous"

     15) L'initiative d'appeler les fidèles à danser était bonne, mais pas celle de faire la chenille dans l'église.

     16) L'homme assis près de l'autel et que vous avez qualifié de "vieux pédé" et le "travelo en jupe" c'était moi.

     Sincèrement l'Archevêque.
PS. Jésus n'a pas été fusillé, mais crucifié. ! ! !



La Plaine Bônoise
Pierre TURREL

       Partons de Bône en Direction de la Tunisie. Nous sortons de la ville par le pont enjambant la Seybouse. (R.N.16) laissant derrière nous le Ruisseau d'Or, les cités Auzas, Chancel, nous longeons sur la gauche la citée de Joannonville et sa belle plage de sable fin, sur la droite les bâtiments de la Tabacoop, la cité de l'Agriculture, 1ère coopérative agricole créée en Algérie. par Charles Munck, Tabacoop ; Eugène Lignier Labourcoop ; Henri Vernede, Edouard Giuliano, Mohamed Benyacoub, crédit mutuel agricole ; Edgar Taboni. Agrumes ; Didier Germain, élevage ; Mohamed Bendjeddou, Cotocoop ; Jean Tholance, Tomacoop. Armand Pellarin. vigne, Munck , Oléocoop, auxquels venaient s'adjoindre les caves coopératives et les docks silos (céréales) les ruines romaines d'Hippone que domine la Basilique Saint AUGUSTIN, 2 itinéraires s'offrent à nous, par La Calle, ou Souk-Ahras. Choix cartésien, vu la diversité des sites de ces deux axes routiers. Nous ferons la boucle afin de satisfaire, si possible, tous nos amis. J'en doute !

        Vers la Calle, les salines terrain d'aviation. Morris, le Lac des oiseaux, Blandan, le Tarf, Yusuf, lac Oubeira durant tout ce parcours nous découvrons, les orangeraies, le vignoble, la faune et la flore des lacs qui nous laissent admiratifs par la richesse des espèces aux multiples plumages bariolés, ainsi nous atteignons en plein enchantement LA CALLE, que dire de cette cité si bien d'écrite dans le journal de liaison, le Petit CALLOIS : si ce n'est que ce petit port de pêche était situé dans un cadre de verdure remarquable et inégalable (un dicton Bônois " il est raide comme la justice de LA CALLE " laissait entendre toute la rigueur que cette cité imposait dans son approche, tant par mer que par terre.) la proximité de la Tunisie, fait pratiquement de cette ville la frontière Turrell.

        En partant de Bastion de France, nous redescendons vers Bône par l'itinéraire bis, La Croix, Souk El Arba, Ghardimaou (passage obligatoire de la ligne de chemin de fer pour Tunis), Souk-Ahras patrie de ST AUGUSTIN, La Verdure, Medjez Sfa, Duvivier, Barral, avec son pont suspendu sur la Seybouse qui sert à la fois de route et de canal d'irrigation pour les plantations (oliviers,vignes, tabac, coton), Mondovi, le centre agricole le plus important, vastes domaines de Guébar Bou Aoun, Chapeau de Gendarme avec leurs chais monumentaux, Duzerville village natal des Brunet (mon beau père) dont l'un fut le Conseiller Général de Djidjelli. Retour vers Bône en faisant un détour par RANDON, tiens un nom qui fait tilt où l'ai-je, entendu, mais bien sûr à l'ABCT! Le Président y est natif, selon lui ce serait le village le plus beau du monde? C'est à voir. Ce qui est certain et là j'en suis convaincu c'est la plus grande commune de France et d'Algérie Française. Que dire de cette petite bourgade sans heurter le Président. Il y avait une église, une école, une gare, un jardin public, sans le kiosque à musique, mais avec une salle des fêtes agréable, c'est là qu'après notre randonnée (fermes françaises, entre 70/90 Km, compagnie Genevoise, Beughin) à bicyclette, avec mes comparses Bônois, nous allions le dimanche "danser" ceux qui aimaient la danse. Je faisais le plus souvent tapisserie. J'ai pu connaître cet important centre viticole, arrosé par la Seybouse. Tiens il me vient à l'esprit qu'à Bône la dite rivière produit à son embouchure le quartier de la Choumarelle ! Y aurait-il une similitude, allez c'est pour rire... !





        RANDON : C'est avec un peu d'ironie que je charrie régulièrement mon président en lui disant que son village n'était pas sur la carte d'Algérie, et pourtant comme il est dit plus haut, c'est la plus vaste commune.


        Une chose est certaine, il n'y a peut-être pas de monuments à voir mais ce qui est sûr, un Président y est né c'est une chance pour nous tous, car l'ami Jean Pierre ROZIER et son épouse Colette BORG à eux deux représentent la plaine de Bône, il est de RANDON et elle 17 rue Messmer à Bône le quartier le plus central de la belle cité Bônoise.




        Ainsi l'A.B.C.T. est gérée, avec amour et fidélité, pour le plus grand bonheur des adhérents tant pis pour les grognards et les âmes un peu susceptibles...


A l'Aube de l'Algérie Française
Le Calvaire des Colons de 48
                                       Par MAXIME RASTEIL (1930)                                        N° 2

EUGÈNE FRANÇOIS
Mon ancêtre

Quoi de plus louable que de partir à la recherche de ses ancêtres !
Découvrir où et comment ils ont vécu !
La Bruyère disait : " C'est un métier que de faire un livre. "
Photo Marie-Claire Missud
J'ai voulu tenter l'expérience de mettre sur le papier après la lecture d'un livre sur "les Colons de 1848" et le fouillis de souvenirs glanés dans la famille, de raconter la vie de ce grand homme, tant par sa taille que par sa valeur morale, de ce Parisien que fut Eugène FRANÇOIS né à Meudon en 1839, mort à Bône en 1916.
Tout a commencé lors de l'établissement d'un arbre généalogique concernant le côté maternel de notre famille : arrivé à notre ancêtre : qu'avait-il fait pour qu'une "Rue" de ma jolie ville de "Bône la Coquette", porte son nom dans le quartier de la Colonne Randon ?
Tout ce que j'ai appris, j'ai voulu le faire découvrir tout simplement comme d'autres ont écrit sur nos personnalités et grandes figures Bônoises !
Pour qu'aujourd'hui, on n'oublie pas ce qui a été fait hier !...
Marie Claire Missud-Maïsto

PREMIÈRE PARTIE

LA VOIX D'OUTRE-TOMBE

UNE FAMILLE D'ÉMIGRANTS PARISIENS


          Ce que je raconte dans ces pages écrites à la va-comme-je-te-pousse au déclin de ma vie, entre deux labours donnés à ma petite concession de Blandan, c'est l'aventure d'un fils de colon de 1848, devenu colon lui-même, et dont la famille arriva à Mondovi au mois de décembre de ladite année, le jour de la saint Ambroise.
          On a bien raison de dire que ce sont les circonstances qui décident de tout. Comme on le verra, le hasard des événements ne m'a guère épargné.

          A l'époque où commence cette narration, le Gouvernement provisoire, issu des émeutes libérales qui avaient renversé le trône de Louis-Philippe, s'avisa subitement de poursuivre la mise en valeur des territoires immenses de l'Algérie qu'il avait été souvent question d'abandonner au cours des difficultés de la conquête.
          Dans ce but, il s'adressa aux artisans, aux ouvriers et aux paysans, qui devaient être dotés d'une concession de quelques hectares à proximité des villages à créer par l'Administration.

          Nous habitions alors Paris, en plein faubourg Saint-Antoine, où mon père était charpentier-appareilleur de son état. Dès qu'il eut connaissance de cet appel par les journaux et les affiches, le cher homme en fut enthousiasmé.
          Dame ! Posséder un petit domaine dans ce pays d'Afrique où nos généraux et nos soldats faisaient tant parler d'eux, on considérait cela dans les milieux de notre condition comme une fortune qui vous serait tombée du ciel.

          Or donc, à partir de ce jour, mon père prit en dégoût la capitale et ne songea plus qu'à réaliser au plus tôt le rêve qui s'offrait à lui sous des couleurs aussi riantes.
          A quoi bon, nous disait-il, trimer, suer et user sa carcasse à Paris pour élever ses mioches, lorsque là-bas, en Algérie, comme on nous l'assure, c'est la vie large, facile et prospère qui nous attend !
          Renseignements pris dans les bureaux de la Préfecture, il ne fit ni une ni deux. Il rédigea sa demande en bonne et due forme, et ne tarda pas à recevoir de l'autorité compétente un avis favorable aux termes duquel il était agréé pour être dirigé sur le futur centre de Colonisation de Mondovi, situé à environ vingt-six kilomètres du port de Bône, dans le département de Constantine.

          Ce que ma mère et mes soeurs versèrent de larmes en apprenant cette nouvelle, il vous serait impossible de le croire, car j'ai oublié de vous dire que loin de partager l'emballement du chef de la famille, elles avaient au contraire accablé celui-ci de remontrances et de prières pour le détourner de ce projet.
          Depuis plusieurs semaines déjà, c'étaient des scènes terribles qui jetaient la désunion dans notre modeste intérieur éclairé jusque-là à la douce lumière de l'affection et du travail.
          - Ne sommes-nous pas bien ici? Objectaient les protestataires à l'entêtement paternel.
          - Pauvres folles que vous êtes ! Répliquait le charpentier-appareilleur. Apprenez que je ne suis pas de ceux qui reprennent leur parole... J'ai bien réfléchi... Ce que j'ai décidé est décidé !
          Malgré tout, ma mère et mes soeurs ne perdaient pas encore l'espoir de le retenir, et elles revenaient à la charge en lui montrant ce qu'il y avait de hasardeux dans l'entreprise d'un si long voyage et d'une autre vie si lointaine.

          - C'est tout cet inconnu qui nous fait peur ! Répétaient-elles en gémissant.
          J'étais trop jeune, avec mes neuf ans à peine sonnés, pour comprendre ce qu'il y avait à la fois de douloureux et de juste dans cette résistance éplorée. Ce n'est que beaucoup plus tard que je me suis rendu compte qu'en certaines choses les femmes ont plus que nous le pressentiment du malheur.

          Pour en revenir à notre maisonnée, il est incontestable que nous y jouissions d'un bien-être qu'eussent envié beaucoup de gens du peuple.
          Mon père, François (Gabriel), gagnait comme charpentier ses dix francs par jour. Ma mère, blanchisseuse de fin, arrivait à se faire des journées de cinq francs. Quant à mes soeurs, Rosine avait de bons gages chez une fruitière de la rue Saint-Jacques, et Augustine, brodeuse sur métier, réalisait d'excellents salaires sur les travaux délicats qu'on venait lui commander à domicile et qui faisaient l'admiration de nos connaissances du voisinage.

          Et cela me rappelle un souvenir assez cuisant de ma turbulence enfantine. En 1847, Louis-Philippe étant encore roi de France, ma plus jeune soeur brodait précisément une culotte de velours pour Sa Majesté. Il fallait voir quel zèle et quelles précautions elle apportait à mener à bien ce précieux travail, lorsqu'il arriva qu'en jouant autour d'elle, je commis le crime de renverser un bol de liquide qui éclaboussa la royale culotte.
          Irréparable désastre !... Je ne puis penser encore sans frémir à cette catastrophe familiale qui mit toute la maison à l'envers et me valut, par surcroît, une correction d'importance. Ah ! Combien de fois j'ai maudit la culotte qui avait fait pleuvoir sur moi tant de fâcheuses calottes !..

          Cependant le temps marchait. Nous approchions des derniers mois de l'année 1848, et les Colonies agricoles décrétées par le gouvernement provisoire pour être envoyées en Algérie se trouvant au complet, ne pouvaient tarder à recevoir l'ordre de leur mise en route.

          Dans le courant de septembre, j'entendis souvent mon père nous dire que le chef du pouvoir exécutif avait fixé à 12.000 le nombre des Colons à diriger sur l'Afrique ce mois-là, et il ajoutait que 1.500 autres partiraient en novembre suivant. Il fallait donc nous attendre à quitter Paris d'une semaine à l'autre.
          Ce qu'on évitait de crier sur les toits, c'est qu'à ce moment la capitale regorgeait d'ouvriers sans travail, et qu'il était prudent de ne pas laisser s'éterniser tous ces chômeurs sur le pavé de la grande ville encore secouée par l'agitation d'une récente période révolutionnaire.

          C'est pourquoi d'ailleurs, l'Assemblée Constituante, se rangeant aux avis des généraux Cavaignac et La Moricière, avait voté un crédit de cinquante millions pour faire face aux frais de cette entreprise.
          Aux termes du décret ministériel, chaque futur colon algérien devait recevoir une habitation que l'Etat ferait construire, un lot de 2 à 10 hectares, des semences, des instruments de culture, des bestiaux et des rations de vivres jusqu'à la mise en valeur des terres.

          Evidemment, pour des ouvriers dans la gêne ou dans une quasi-misère, c'était un appât tentateur, et cela expliquait au surplus l'affluence énorme des demandes qui durent être instruites par une Commission spéciale siégeant sans désemparer, afin d'activer l'organisation des premiers convois.
          Mais tel n'était pas, je le répète, le cas de notre famille au sein de laquelle tout le monde, à part l'enfant que j'étais, gagnait facilement et honorablement sa vie.

          L'imminence du départ fut, comme on le suppose, un nouveau sujet d'inquiétudes et d'alarmes pour ma mère et pour mes soeurs dont le chagrin redoubla. Leurs lamentations reprirent de plus belle.
          - Songe donc, père, disaient-elles à chaque instant, que nous vivons tous heureux dans notre cher Paris, et que là-bas, peut-être, nous aurons beaucoup à souffrir !
          Renoncer à sa concession de sept hectares, lui, François (Gabriel)? C'était folie que d'espérer qu'il ferait un pareil retour sur lui-même. Sans doute, il montrait bien quelques hésitations devant ce qu'il appelait la " musique de ses femmes ", surtout lorsque ces dernières lui donnaient à entendre que l'agriculture n'étant pas son métier, il risquait fort de n'y point réussir.

          Mais son obstination reprenait vite le dessus, et il répliquait à cela :
          - Soyez tranquilles de ce côté !... Je crèverai plutôt à la besogne, s'il le faut, mais j'apprendrai vite à travailler la terre comme les camarades ! Et puis, voyez-vous, un bon charpentier se débrouille toujours dans un pays où tout est à mettre debout !
          Un événement survint d'ailleurs très à propos pour le fortifier dans sa résolution. Par une froide matinée de novembre, les futurs colons avaient été invités à se rendre sur les quais de la Seine par le général Cavaignac, désireux de les haranguer avant de leur faire prendre le chemin de l'Algérie.

          Mon père m'emmena avec lui pour assister à cette sorte de revue dont je me souviens comme si c'était hier. Ah ! Mes amis, quelle foule était là et quel beau discours nous entendîmes ! Quelles entraînantes paroles nous furent adressées par le général alors si populaire, et dont les promesses de prospérité allaient au coeur de tous les citoyens présents à cette cérémonie ! J'en ai retenu ces quelques lambeaux de phrases :
          " Honneur à vous.. L'avenir vous appartient... Les voeux du Gouvernement vous accompagneront vers la terre algérienne que nos soldats ont arrosée de leur sang... Vous y trouverez un climat sain, des plaines immenses et fertiles, un sol vierge où il ne tiendra qu'à vous de récolter la fortune et le bonheur !... "

          Il y eut des bravos, des cris, des ovations. On se serait cru à une nouvelle fête de la Fraternité, car toutes les mains se serraient au souffle de l'éloquence officielle.
          Dès que nous rentrâmes dons notre logis, mon père ne manqua pas de faire le compte-rendu enthousiaste de cette solennité ; mais il ne rencontra que des visages encore plus tristes et que des yeux encore plus rouges.
          Tonnerre ! S'écriant-il au comble de l'impatiente, il faut en finir avec cette musique et ces figures d'enterrement !
          Et il y eut alors une discussion plus pénible que toutes les autres, au cours de laquelle ma mère, prise de désespoir, déclara au milieu de ses pleurs qu'elle ne partirait pas.
          - Soit ! fit François (Gabriel) exaspéré par ce refus. Reste à Paris avec tes filles, si cela te fait plaisir, mais j'emmène mon garçon !
          C'était la dispersion de notre foyer, l'émiettement de la famille, c'est-à-dire le déchirement de la séparation.
          Ma mère m'aimait trop pour s'y résoudre. Faisant violence à ses craintes et à ses larmes, elle consentit enfin, pour ne pas me perdre, à s'exiler de son grand Paris où s'était écoulé le meilleur de sa vie confiante et laborieuse et qu'elle devait ne plus revoir.

          Ceci résolu, je vous laisse à penser ce que fut alors chez nous la bousculade des derniers préparatifs. Le départ du onzième convoi, réservé aux Colonies agricoles de Mondovi, de Barral, de Nechmeya et de Penthièvre, devait être fixé à l'expiration de la huitaine, de telle sorte que nous eûmes tout juste le temps de bazarder le mobilier inutile et de boucler force ballots d'effets, de linge et d'outils pour être prêts à la date voulue.

          Mon père nous pressait et veillait à tous ces détails nous fîmes enfin nos adieux aux quelques parents et aux plus proches amis que nous laissions dans la capitale.
          Le sort en était jeté... Nous allions vers tout ce qu'il y a d'espoir, d'illusion et de redoutable dans le lointain domaine de l'inconnu.


A SUIVRE       
Merci à Thérèse Sultana, et Marie-Claire Missud/Maïsto, de nous avoir transmis ce livre de Maxime Rasteil qui a mis en forme les mémoires de son arrière grand-père Eugène François.
Elle a aussi écrit un livre sur lui.
J.P. B.

 LES FRERES PIEDS-NOIRS
Par Christian Roehrig
N° 8             

PREFACE

     A travers un survol virtuel de mes souvenirs, moi, petit et humble piednoir de Bab-El-Oued (Place Lelièvre) je retrace certains faits historiques qui m'ont profondément marqué.
     Mi goguenard, mi-cynique, quelquefois acerbe, je décris en pataouète, mes états d'âme et mes ressentiments à l'égard de certains hommes politiques qui ont failli à leur parole d'honneur.
     Depuis ces désillusions, j'observe les charognards se disputer le pouvoir.
     Devenu grand-père, je doute, si rien ne bouge, de la nationalité future de mes arrière- petits enfants que je ne connaîtrai pas et à qui je veux, par le présent, laisser le témoignage d'une vérité.
C. ROEHRIG     

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LES SPAHIS

        Christian :Salut Joseph ! j'croyais plus qu'ti'allais venir. Bonjour Danielle ! Qu'c'est bon de s'revoir après tant d'années, j'vois qu'ti'as pas changé, enfin ti'as quand même quarante ans de plus alors ti'as quand même changé un peu ou alors tu vas dire que j'suis bigleux pour pas voir la différence, mais enfin ti'as pas une ride hein ! Y t'a dit Joseph comment j'l 'ai rencontré ? Quelle surprise ! J'en ai pas dormi de toute la nuit, j'ai même pas fait la sieste, faut te dire comme j'étais ému.

        Ah! n'as pas oublié. J'vois qu'ti'as porté les photos. Toi aussi tu les mets dans la boîte des chaussures ! allez, entrez, faites comme chez vous, d'ailleurs vous êtes ici chez vous, n'est-ce pas "Vida !

        Ouais faut quj'vous dise, Vida c'est ma femme, ça c'est son vrai prénom du premier baptême, pacequ'elle est née sous la République en Espagne près de Malaga, après y a eu la guerre entre frères, la révolution qu'ils disent et puis y a eu Franco qui est venu et comme son prénom y n'était pas sur le calendrier, il a dit qu'y fallait le changer alors y z'ont mis Adelaïda au lieu de Vida, y z'ont carrément effacé le Livret de ses parents, moi j'avais jamais vu ça, paceque son prénom il est beau, Vida ça veut dire la vie alors hein ? En plus de ça, elle a un nom de famille qu'y est à rallonge, que pour le dire y faut prendre trois respirations avant d 'le dire. tu t'rends compte quand tu dois dire Vida Narbona Taez-Camino, bon j'vais pas m'étendre là dessus, encore que…

        Allez entrez, tiens prenez une chaise et assieds-toi par terre, comme on disait chez nous là-bas. Vous voulez un café ? Oui ! Et un kaoua un, et toi Danielle ? Toi aussi et deux kaouas deux ! Voilà ça va venir.

        Allez viens, fais voir tes photos. Ah j'vois que ti'as déjà préparé, ti'as bien choisi, la Basilic de Note Dame D'Afrique. Qu'elle est belle ! Même si elle est noire ! tu sais qu'elle a toujours protégé les Juifs, les Arabes et les Chrétiens ? C'est pour ça qu'elle est si belle pace qu'elle protège tout l 'monde et elle, elle sait de quoi elle parle car elle a été faite en bronze. Et d'où qui vient ce bronze ? Hein ! D'où qui vient hein ? Tu le sais toi ? Non ? Eh bien y vient d 'la fonte des canons de la conquête de 1830, et oui ! ça t'la bouche hein ? C'est pour ça que main'nant elle protège tout l 'monde pacequ'avant ses canons y tuaient les gens. Voilà main'nant tu le sais.

        Tu t'rends compte du panorama qu'on avait de là haut, elle dominait toute la région et où qu'elle était placée ? Sur le mamelon qui dominait Bab El-Oued Ah ! Voilà la Place Lelièvre avec son boulodrome. Tiens on voit le n° 1 Rue Pierre Loti? La maison où vivait le muet et ses soeurs, le muet y l'avait pas eu d'chance Pace qu'en plus d'ête sourd-muet, il était laouère (il était borgne) et il avait une jambe de bois alors j'te dis pas l 'tableau. tu t 'souviens, quand il était en colère , et il l'était souvent, il enl' vait sa jambe et y tapait avec. Y avait aussi la famille Horosco, ouais c'était le frère du coureur cycliste qu'y a fait l 'tour de France avec Zaaf, Kébaïli tu t'rends compte que Kebaïli y fabriquait des bombes dans son atelier de Blida ! Mais j'suis sûr qu'il a fait ça paceque nos politiques y savaient pas quoi dire, un jour c'était l'indépendance, un jour c'était l'Algérie française, enfin lui, comme beaucoup de ses frères musulmans, y fallait qu'y fassent queque chose pour, comme on dit, se dédouaner vis à vis des fellouzes.

        Bon j'continue, Zelasco, Ferrer, Quercy et ceux que j'ai plus dans la tête. Tu vois Horosco Huguette et Solange, c'étaient des petites cousines à moi, paceque leur grand'mère et ma grand'mère elles étaient cousines. Tu vois qu'on avait des champions. Et Zaaf, même les frangaouis y z'étaient derrière lui, tu t'souviens quand il a eu plus d'une demi-heure d'avance sur tout le p'loton, il avait tell 'ment d'avance et il avait tell 'ment chaud qu'y s'est arrêté pour boire, mais il avait tell 'ment bu d'la bière et du vin qu'on lui avait donné déjà sur la route, qu'il était presque de bouffa, alors quand il est remonté à vélo il est reparti dans le sens contraire, il a fallu que les gens l'arrêtent pour le remettre sur la bonne direction, sans quoi y s'rait revenu au point de départ.

        Il avait aussi Jean Jean Culatti et Jean Claude Yvars qui étaient dans cet immeuble, quand j'pense le pôve Jean Claude qui s'est fait sauter la main et qu'y a perdu un œil pendant la guerre pacequ'il avait trouvé un engin esplosif qui lui a pété dans la main.

        Quand ces souvenirs y m'sautent dans la tête, bon Dieu j'peux pas m'empêcher de dire qu'il était beau mon Pays et d'avoir plein de regrets d 'l 'avoir quitté.

        Mais j'comprends pas, et p'tête que tu vas m'dire, si j'avais bien compris. Oilà, quand il est parti pour Oran après le 13 .Mai, lCe Grand y s'est arrêté à Mostaganem, et j'crois, mais j'te dis j 'crois, pace que j'sais plus où j'en suis, donc j'crois, qu'il a dit aux mostaganémois : "Merci du fond du cour, le coeur d'un homme qui sait qu'y porte des responsabilités très lourdes, les responsabiltés de l'Histoire, merci de témoigner" ('sais pas de quoi) et il a terminé : " par Vive Mostaganem, Vive l'Algérie Française Vive la France". Tu t'rends compte de c'qu'il a dit ? Alors si j'me trompe pas, c'était clair et net ou clarinette, comme on disait chez nous ?

        Et pourquoi il a fait ça après, hein ! Tu peux m'le dire ?

        Joseph : : J'suis comme toi, j'comprends pas pourquoi y nous ont lâchés comme ça ?. Et pourquoi le Grand y nous a pas dit la vérité de ses pensées, purée va que falso il était.

        Pourtant j'me souviens moi aussi qu'y avait un journal, qui s'app'lait le Courrier d'la Colère ou p'tète la Colère du Courrier où y avait Monsieur Michel Debré qui disait, avant mai 58, qu'il n'était pas question pour la France, d'abandonner l'Algérie, qu'elle était Française et même qu'y voulait pas entendre quelqu'un dire autre chose que ça, qu'il l'aurait embroché comme les Merguez. Si j'peux me permettre de raccourcir les idées de monsieur Debré, et si j'ai bien compris, il voulait dire que lui qui pensait "Algérie Algérienne" ou Autodétermination etc.. c'était un traître â la France et il fallait le considérer comme tel. D'accord avec vous m'sieur Debré mais ALORS !.. Je n'ai pas souvenance d'une intervention de votre part, lors des procès des gens de l'O.A.S. qui étaient dans la droite ligne de votre idéologie première et qui eux, n'ont pas varié de sentiments. Et si je vais plus loin dans mon analyse des faits, pouvez-vous me dire si, du temps du Général Massu, durant la campagne de la guerre d'Alger qu'il a d'ailleurs gagnée, l'O.A.S. existait ? Je pense que vous aurez l'honnêteté de répondre non. Déduction : l'instauration de l'O.A.S. et de ses conséquences désastreuses pour tout le monde a été le fruit des tergiversations politiques et la prise de position définitive en vue de l'abandon de l'Algérie Française qui a obligé, certains d'entre nous, à prendre les armes contre ceux que vous appeliez, il n'y a pas si longtemps, les traîtres et que vous avez rejoints ou plutôt que vous n'avez pas lâché politiquement. J'aurai pourtant aimé vous entendre dire, à t'époque : Les objectifs que poursuit actuellement le Gouvernement dont je fais partie, sont contraires à mon sens de l'Honneur et de ma parole donnée, je me vois donc contraint de démissionner. Que le geste eut été beau ! Vous qui étiez de petite taille, vous auriez été plus grand que le Grand. Mais non, dans un but de carriérisme politique vous avez renoncé à votre parole. Mais au fait ! Quelle parole !.... En aviez vous ? J'en doute.

        Et l 'Grand il avait dit aussi, que les Européens y parlaient beaucoup de l'intégration mais qu'y faisaient rien et que lui, il allait faire et qu'y prendrait lui, toutes les conséquences.

        Alors j' suis comme toi Christian, j'comprends pas pourquoi toutes ces personnes, et y en a d'autes, qui z'ont tourné leur veste. Oilà mon frère, c'est tout c'que j'peux dire pour l'instant, paceque j' réfléchis à toutes ces choses qui se sont passées et qui sont restées sans réponses, p't'ête qu'un jour on saura, mais nous on s'ra plus là pour l'entendre ou pour le lire, c'est pourquoi y faut l'écrire paceque nos p'tits enfants, eux y sauront p't'ête. J'crois, mais j'crois seul 'ment, que si mes p'tits enfants, un jour, on leur dit quequ'chose sur l'Algérie y diront : Attendez, mon papy, il était d'là-bas, alors vous les historiens ne racontez pas des histoires, écrivez la vérité, la vraie, celle qui reconnaît les torts des deux parties et les bienfaits que nos parents y z'ont construits.

        Christian : Ouais ! Il faudrait l'écrire, mais j'crois pas qu'y comprendront le cagayous ou le pataouète, comme tu veux, qu'on parle nous z'autes, ou alors, y faudra qu'y retournent faire l'apprentissage d'la langue en retournant aux Trois Horloges.

        Ti'as vu, les Provençaux y veulent parler le Provençal, les Bretons y veulent parler le Breton, les Corses y veulent parler le Corse, les Catalans y veulent parler le Catalan, les Basques y veulent parler le Basque, y'a qu'nous qu'on veut parler Français tu t'rends compte de l'ironie de l'histoire ? Y z'ont pas voulu de nous et bientôt y aura qu'nous pour défendre la langue française ! Remarque que nous on a pas d'accent alors tout le monde y comprendra ce qu'on dit. Va comprendre toi !
        Enfin allez viens, on continue à r'garder les photos que ti'as porté, elles sont plus intéressantes que toute c'te politique qu'on comprend pas.
        Attends, n'vas pas si vite, laisse moi déguster ma jeunesse. Attends, attends ! Ma parole ti'as la photo de la Classe ! J'me souviens, Ligori, Buades, çui qui travaillait menuisier à côté de chez Raymonde, Almodovar dont j't'ai parlé qui jouait au S.C.V.E.B. Defrance, Spiterri, Escobedo tu t'rends compte s'il était grand? Il habitait rue Sidi Benour au rez de chaussée d 'la maison où il habitait Dédé Riera qu'y est Ingénieur d 'l'EDF j'crois. Oustric Francis lui y faisait le vélo sur la piste, Loufrani, Sabia, Rodriguez, tiens en oilà un qu'j'ai rencontré y a pas longtemps, il a pas changé, toujours aussi dynamique, r 'marque quand j'dis qu'il a pas changé y faut l'dire vite pace que main'nant il a la moustache, j'crois qu'il la garde (la moustache ) pour a'oir toujours queque chose à manger, tu t'souviens qu'on disait qu'la moustache c'était le garde manger eh ben oilà naute Jean Claude il l'a. José Ségui (le zorro ), les jumeaux, les frères Millet, René Ripoll, lui, y m'a fait les meubles quand je me suis marié. (Ah ces meubles ! Où y sont main'nant ? Merci René) René il avait l'magasin ou l'atelier comme tu veux, rue j.j. Rousseau, j'ai l'impression en revoyant c'te photo d 'revenir en enfance. P't'ête qu'en voyant la photo y en a qui s' reconnaîtront, moi j' les reconnais tous, mais j'arrive pas à mettre tous les noms en place, faut dire que j'en ai tell 'ment dans ma caboche, et comme y disait m'sieur Benhaïm en m'donnant un p'tit coup sur la tête : Ah si je pouvais faire entrer tout ce que je vous enseigne dans vos petites têtes !. _Merci m'sieur Benhaïm, p't'ête que vous avez pas réussi ça, mais vous avez réussi à nous apprendre la politesse et le respect d'autrui et, ne serait ce que pour cela, vos élèves vous disent merci m'sieur Benhaïm, en enlevant leur béret.

        Joseph : : C'est du passé tout ça.
        Tiens r'garde un peu les Spahis qui montent la garde devant la 10ème région militaire, r'garde comme y sont beaux avec leurs burnous rouges à revers blanc et l'sabre au clair, ouais lorsqu'ils défilaient sabre au clair c'était vraiment beau. Ceux qui ont servi dans cette arme doivent avoir les larmes aux yeux en revoyant leur passé de soldat. R'garde qu'elle fière allure y z'avaient. Tu connais l'histoire des Spahis ? Non ?. Et ben voilà un corps d'élite qui a été créé en 1830 lors de la conquête de l'Algérie. A l'époque c'était des cavaliers indigènes et le nommé Yusuf qui est un homme légendaire il a constitué une unité puis en 1912 le Général Lyautey a constitué les premiers escadrons qui se sont illustrés sur tous les champs de bataille. J'me souviens de les avoir vus, lors d 'une réunion à l'hippodrome du Caroubier. Ils ont fait une fantasia et un simulacre d'une attaque avec le sabre en pointe, j't'assure c'était un spectacle que je n'oublierai jamais tell'ment il était beau.

        Christian : Tu parles si y z'étaient beaux ! Y z'étaient au square Bugeaud, là où y avait le Milk-Bar où Djamila Bouired elle avait placé la bombe qui a explosé sous la table, même qu'y a eu beaucoup d'morts et d 'bléssés. Y avait eu aussi les bombes au Coq hardi, à l'Otomatic et j'en passe. J'crois que le F.L.N, en plaçant une bombe au square Bugeaud, y visait plus à détruire un symbole, paceque Bugeaud il avait signé en 1837 la reddition de la Smala d'Abd El Kader, çui qu'y est parti au Maroc puis il est revenu pour en découdre encore une fois enfin il s'est arrêté de faire la guerre, il a fait 5 ans de prison et il est parti à Damas en Syrie où, alors là tu vois qu'la France elle a été reconnue comme une bonne mère, y a eu une rébellion et les Syriens y voulaient tuer tous les Chrétiens et lui Abd El Kader il les a défendus. Enfin Bugeaud il est devenu Maréchal en 1843 et aussi Duc d'Isly en 1844, c'est pourquoi il était placé rue d'Isly, c'était l'même.

La Suite au prochain Numéro

Méditerranée …
Envoyé par M. Pierre Rio

Le bleu d'azur
Sur la lagune
Loue sa parure
En reflet de lune,
Au feu du crépuscule
Succède l'angélus
L'arabesque du sud !
Le zéphyr s'en est allé,
Le scarabée sacré
Chemine l'ondulée,
Le saphir bleu
De l'aurore en feu
Transcende la voie lactée ;
Méditerranée, soit loué !
Tout est clairsemé
Sur l'onde bleutée
Là-bas, se dessine
L'oued, sur l'oasis
Gardienne du passé
De nos souvenirs,
Une perle nacrée
Qu'on ne peut définir
Que par sa beauté !…

Rio pierre le 08 01 1999


COLONISATION de L'ALGERIE
  1843                           Par ENFANTIN                      N° 17 
IIème PARTIE
COLONISATION EUROPÉENNE

CHAPITRE PREMIER.

LIEUX ET ORDRES FAVORABLES
A LA FONDATION DES COLONIES CIVILES ET MILITAIRES

  
        XV. - Certes, si une guerre maritime avait lieu, il serait très avantageux à la France de posséder, hors de son territoire, et à une assez grande distance de ses côtes, et même le plus près possible de la côte d'Afrique, un port militaire de premier ordre. J'en juge par les regrets que j'éprouvais en visitant et admirant Malte, qui fut un instant, et d'une façon bien merveilleuse, l'un des plus brillants fleurons de notre couronne. Les beaux travaux que nous avons faits à Corfou peuvent également nous faire gémir d'avoir perdu les îles Ioniennes ; quelques Français même ont pu songer aux Baléares ; d'autres peut-être ont rêvé Tunis, et Napoléon le Grand avait pris Alexandrie.

         Mais comment la côte de l'Algérie a-t-elle pu inspirer une pensée de cette nature, et l'inspirer aujourd'hui? Comment, dans un pays où nous- avons pu à peine poser le pied, et où nous sommes encore presque partout bloqués du côté de la terre, avons-nous pu arriver à concevoir un système algérien, basé sur la supposition que nous serions en outre bloqués du côté de la mer?
        L'Algérie est à peine tenable contre les Arabes, et nous songeons déjà à donner aux Anglais le désir de nous y prendre un port militaire de premier ordre, comme ils ont fait de Corfou, de Malte, de Gibraltar ! C'est absurde ! Attendons au moins que l'Algérie soit de force à se défendre contre les Arabes, et, si nous avons la moindre prudence politique, n'essayons de faire d'Alger un port comme Toulon, que lorsque nous aurons en Algérie, comme nous avions pour Toulon en 1794, le moyen de reprendre Alger, même aux Anglais, par terre.
        Nous nous défendrons en Algérie contre les Anglais, si nous y pacifions, organisons et gouvernons les Arabes; ce n'est pas le fossé d'enceinte qui fera tout cela.
        Je le dis aussi, nous ne sommes pas encore maîtres de l'Algérie, uniquement parce que les Arabes savent (et nous le savons bien nous-mêmes) qu'aucune Puissance européenne, surtout l'Angleterre, n'a encore reconnu notre domination, que le Sultan fait ses réserves, et que le premier coup de canon qui serait tiré contre la France nous forcerait à déloger sans tambours ni trompettes.

         Pourquoi craindrais-je de dire ce dont personne ne doute? A quoi servent ces réserves diplomatiques, par lesquelles on s'efforce de cacher une vérité à ceux qui la savent aussi bien que vous et qui y croient même davantage? Que signifie cette manière de se dissimuler à soi-même ce que l'on sait être. Lorsque l'autruche ferme les yeux, elle croit, dit-on, qu'on ne la voit point; passe pour l'autruche, mais l'homme!
        Oui, nous ne sommes pas encore maîtres de l'Algérie, Abd-el Kader nous résiste, les Arabes nous cernent à Oran, à Alger, à Bougie, ils ne veulent pas, eux aussi, nous reconnaître, parce que nous ne sommes reconnus par personne. Nous avons tenté de conquérir l'Algérie sur de petites tribus arabes, eh bien ! Pour la posséder tout à fait, il nous faut aussi la conquérir sur les grandes Puissances de l'Europe et sur la Turquie.
        Et ceci vaudra mille fois ce port militaire de premier ordre que l'on veut établir sur une côte qui se refuse généralement à un pareil établissement, et dans un point de la côte qui n'est pas, à beaucoup près, le moins défavorable.
        D'ailleurs, j'admets que ces considérations politiques soient fausses ; j'admets, avec notre orgueil national, que nous devons posséder l'Algérie, malgré les Arabes, malgré l'Europe, malgré le chef de l'islamisme; que nous pouvons y aborder, en toute sécurité, malgré la mer et les vents, malgré les éléments et les hommes ; voyons donc à quelle condition ce port magnifique et cette ville immense pourraient se suffire contre un blocus de terre et de mer.

         Ce grand port, et l'accroissement projeté de la ville, supposeraient une population de cinquante mille âmes au moins elle est de quarante mille aujourd'hui.
        Or combien faut-il d'agriculteurs pour fournir, à eux mêmes et à cinquante mille hommes qui ne cultivent pas la terre, les produits de la terre nécessaires pour la consommation générale?
        Et si j'ajoute : les terres que les colons cultiveraient dans l'intérieur de ce fossé d'enceinte, sont généralement favorables à la culture du mûrier, de l'olivier., de la vigne, des fruits, mais elles le sont peu pour la culture des céréales et pour le pâturage; le nombre des cultivateurs nécessaires à la nourriture de la population et des bestiaux devra donc être infiniment plus considérable, puisqu'il faudra, en outre, qu'ils fournissent à la consommation, en grains et en fourrages, des fermes où l'on fera particulièrement de la soie, de l'huile, du vin et du jardinage.
        Ce n'est donc pas seulement cinquante mille citadins, composés de militaires, de bourgeois, d'adm