N° 52
Juillet

http://piednoir.net

Les Bords de la SEYBOUSE à HIPPONE
1er Juillet 2006
jean-pierre.bartolini@wanadoo.fr
LA SEYBOUSE
La petite Gazette de BÔNE la COQUETTE
Le site des Bônois en particulier et des Pieds-Noirs en Général
l'histoire de ce journal racontée par Louis ARNAUD
se trouve dans la page: La Seybouse,
Les dix derniers Numéros :
EDITO

QUAN LES BÔNOIS Y SE RENCONTENT


    Atso ! Què c'est, t'y es pas au courant ou quoi ? A de bon, tu sais pas que les bônois y z'avaient l'habutude de se retrouver à Uzès une fois tous les z'ans, moi je savais, j'ai toujours su mais oilà, macache pour y aller, y m'a toujours arrivé des cagattes et pas que des p'tites, mieur j'les raconte pas, une fois je m'ai cassé les pieds, les deux que moi j'les z'ai, une fois j'ai perdu mon vente mais perdu à de bon et une aut' fois, j'me rappelle plus ça qu'y m'est tombé dessur et cette année, j'ai dis même y vient Azrine, je pars même si y faut que j'l'emmène avec moi. Mais avant que j'te raconte comment elle s'est passée la journée bônoise du dimanche 4 juin, laisse que j'te raconte celle-là là du samedi avec toutes les castatrophes qu'elles me sont tombées dessur que moins une, j'allais retourner d'aousque je suis venu, louper la renconte et là j'aurais été malheureux, j'te jure, c'est pas des kaoulades.

    Depuis des mois y a Jean-Pierre, Jeanine, André, Anne-Marie et des z'aut' z'amis, rien qu'y m'appellent par la terre nette et même par le téléphone pour me dire, entention à toi que tu fais pas le tchoutche encore une fois pasque l'hôpital y te vaut pas Uzès et y z'ont même juré, entention, entention mais oilà, j'ai pas fais entention qu'à Nimes, cette ville qu'elle a le pont fait avec les même schkolls qu'on s'les trouve dedans les ruines à Bône juste en dessous la statue de saint Augustin que ceux-là là qu'y savent, y disent Hippone ; dedans cette ville de Nimes j'te disais, j'avais oublié que, y avait ça qu'y z'appellent la féria que c'est comme une grande kermesse ousqu'y tuent des taureaux que nous z'aut', on fait ça à l'abattoir de Joanonville et j'ai pas fais entention que les z'hôtels y z'allaient ête pris d'arceau comme y dit l'aut' et que, gantche comme je suis, j'allais pas trouver où me caser.

    J'arrive à Nimes par le train de midi et de suite, j'ai compris à cause que même si que je suis pas intelligent, je suis pas bête, que l'hôtel en dedans cette ville, macache, compte dessur et bois de l'eau si que tu cois trouver une chambre et y'alors, vite fait bien fait, me oilà dedans le car, direction Uzès en me disant que c'est une petite ville et que bessif, y a pas beaucoup du monde qu'il occupe les chambres des quèques z'hôtels ou pensions qu'y doit t'y aouar là. Oualou, rien, j'ai perdu ma journée à rodailler en dedans et en déhors la ville à chercher pour rien. Dedans tous les z'hôtels, les z'hommes et les femmes- attend un peu ô babalouc, y a pas des z'hôtels hommes et y a pas des z'hôtels femmes, si que tu m'avais laissé finir, t'y aurais compris que je parlais de ceux-là là qu'y sont à la réception et que des fois c'est des z'hommes et des z'aut' fois des femmes- Pour te revenir à mon histoire, ces hommes et ces femmes y z'avaient qu'un mot en dedans la bouche que quan moi j'arrivais, y m'le sortaient juste pour me dire " COMPLET " et rien que ça j'entendais qu'à force, j'ai fini par saouar ça que ça voulait dire et là, madona mia, j'ai compris à de bon que c'est dessous les étoiles que j'allais me passer la nuit et que ces étoiles, diocamadone c'est sûr, j'allais pas m'les trouver belles. Tu ois pas, d'un coup y me vient une idée, chose qu'elle m'arrive pas souvent, et si j'allais un peu me oir du côté d'l'orifice du tourisme que c'est un trou qu'il sert de bureau que, comme t'y as compris, y s'occupe de dire aux touristes toi tu vas là et toi tu vas là-bas et pour une fois, laisse moi me déguiser en touriste, des fois que la fille elle se trompe et elle coit à de bon que j'en suis z'un et sans prende des risques, comme ça j'ai fais. Y avait là-bas une dame que son nom elle l'avait d'écrit dessur sa poitrine, Chantal qu'elle s'appelait, un vrai morceau d'pain, gentille j'te dis pas et laisse qu'elle téléphone à deux ou trois z'hôtels qu'eux z'aut' aussi y z'ont appris la leçon du complet et au quatrième, miraque, y a une chambre mais c'est dedans un hôtel à quatorze kilomètes de là, dedans un village avec un nom à coucher déhors, ça que moi, j'le voulais pas. J'me prends un taxi à la volée comme tu te prends un mulet avec une hameçon voleuse en dedans le port quan c'est que tu pêches et j'arrive à l'hôtel en question ou plutôt à réponse, une réponse que je m'l'étais entendue toute la journée mais avec le sourire cette fois : mais nous sommes " COMPLET " cher monsieur… mais j'ai… que je réponds… ouai, ouai, mais…qu'on me répond d'un aut côté, y a comme une erreur, le jeune qu'il a répondu à la dame qu'elle s'occupe des touristes, y s'est trompé et en plusse, il est pas là, il a fini son service et me oilà revenu à la case des parts ousque t'y as justement rien à partager. Tu devineras jamais ça qu'y m'est venu de derrière le schkoll que moi j'l'ai en dedans la tête, non pas la colère, j'étais trop fatigué, y m'est venu deux mots : scoumoune et diocamadone, dedans quel orde ? j'ai oublié mais oilà que la patronne elle vient et, chais pas si c'est les larmes que j'les z'avais pas aux z'oeils mais qu'elles z'allaient peut-ête pas tarder à venir qu'elles l'y ont fait de la peine, n'empêche qu'elle s'escuse poliment et elle me demande d'attende une p'tite demie-heure pour oir, là, dedans un salon confortabe et tu ois pas, assis dedans un grand fauteuil, à peine j'ai commencé à faire un peu des mots écrasés, t'y as le téléphone qu'y sonne et la patronne elle parle dedans avec le sourire à quèqu'un qu'y la oit même pas, c'est pas grave, monsieur qu'elle lui dit, merci qu'à même de nous aouar avertis, elle raccroche et elle me dit, vous l'avez vot' chambre seulement, c'est une chambre à deux lit et moi laisse que j'ui réponds que j'la prends même si que c'est un dortoir et me oilà en dedans la chambre tant désirée où, après une douche pour me lever la fatigue, je me suis jeté dessur un des deux lits, j'ai pas choisi, j'ai dormi et oublié tout ça que j'l'ai souffert dedans cette journée que jamais j'l'oublierai comme elle dit la claire fontaine dedans la chanson qu'elle est à elle.

    Le matin bonne heure à cause que j'ai dormi beaucoup, après une bonne douche, une aut' pisque c'est le même prix, j'ai descendu au restaurant pour me prende le thé avec les tartines, eh ouai ! depuis que je suis en Patosie je trouve plusse smarte de boire le thé que le café et pis même, le café y me fait du mal dedans l'estomac que moi j'l'ai plus. J'étais comme ça en train de faire des mots écrasés en attendant mon ami Jean-Pierre qu'il devait venir me chercher quan tu ois pas, y a un Monsieur que rien qu'à le oir j'ai parié que c'était un bônois et quan y m'a parlé, diosaxe, mon pari j'l'avais gagné, bônois qu'il était et gentil en plusse, comme tous les bônois, tu me diras ; y m'a tout de suite proposé de m'emmener avec lui jusqu'au camping municipal d'Uzès rejoindre les z'aut' et moi, que comme tu sais, j'suis pas bête ou pas tout à fait, j'appelle tout de suite Jean-Pierre pour l'y éviter de se déranger, chose qu'il était déjà en train de faire pisqu'il était seulement à neuf kilomètes de moi. Le Monsieur que j'te parle, que je veux pas écrire son nom pour pas faire des fôtes d'orthografle et pasque j'y ai pas demandé l'autorisation de l'écrire, y m'a fait monter dedans son breack matriculé dedans le 31 ousque, dedans, y avait déjà son frère et sa sœur aussi gentils que lui pasque rien qu'y z'avaient le sourire, chose qu'elle est rare de nos jours, ces jours où que même les z'hôtels main'nan, y t'affichent " COMPLET ".

    Arrivés au camping, juste devant nous z'aut', y avait Jean-Pierre en dedans sa oiture qui sans le ouloir y nous a servi de guide. Y avait pas beaucoup du monde, mais cinq minutes après qu'on a pris la place pour ête à l'aise et oir venir, surtout oir venir les z'aut', le monde il a commencé à arriver, en pagaille, jamais j'ai venu autant des bônois à un même endroit sauf à Bône bien sûr et encore, dessur le Cours, le soir. Une fois installés, moi que pour la première fois je venais à Uzès, tu cois ou tu cois pas eh ben ! justement, dessur le Cours je me croyais, rien que le créponnet y manquait pasque les bônois rien qu'y z'allaient et venaient et laisse que j't'embrasse et l'accent que t'y entends, purée de nous z'aut', cet accent qu'y en a pas un aut' qu'il lui ressembe, t'y entendais des y'alors comment tchu vas, comment t'y as venu et dedans tout ça, pas un seul gros mot, enfin pas encore, jusqu'à y vient Christian.

    Y z'étaient pas tous venus mais tous y z'étaient là, si que c'est pas par le corps, y z'étaient là par l'esprit à cause qu'on a parlé de tout l'monde, les p'tits et les grands, les vivants et les morts depuis Benguèche qu'il a jamais volé une poule jusqu'à Parisien qu'y sont tous les deux les pauv', à côté le bon dieu. Pour te revenir à Parisien que tout l'monde y sait que c'était un gaziste, y te prenait de ces madones de tannées au moment des z'élections quan c'est qu'y descendait de la Caroube vers la ville à pieds, où, gaze à fond y criait plusse qu'y chantait c'est Fadda qui gane qui gane, C'est Fadda qui ganera et ceux-là là les quèques z'uns qu'y z'étaient pas pour Fadda eh ben ! y le tapaient jusqu'à y vient bleu et gonf' mais lui, y s'arrêtait pas de crier ça qu'y croyait ête en train d'le chanter et quan Fadda il était élu, Parisien il était content, tout joubasse mais jamais il a été le oir pour lui demander quèque chose ou même lui dire qu'à cause de lui il s'était mangé des coups, tu ois en ce temps-là, même les gazistes y z'avaient leur dignité et leur fierté.

    Y z'étaient tous là comme j'l'ai dit, y avait, entre d's'autres, Jean-Pierre, Jeanine, André, Anne-Marie, Suzette, Roland, Suzanne, Josette, Jean, Josiane, Michel, Jacqueline, Angèle, Manu, Gaby, Danielle, Andrée, Marie-Paule, Juliette, Bernard, Gilbert, Alain, Jean-Paul, Georges, Denise, Jacky, Yvette, Bernard 2, Bernadette, Michel, Paul, Geneviève, Roger, Christian, Marie-Christine, Michel, Gilbert, Michèle, Guy, Phil, Lucie, Julie, Jacqueline, Pierre, Xavier, Noëlle qu'elle a ramené des merguez depuis Bône, une aut' Nöelle et aussi Denis qu'y portait fier comme d'Artagnan mais entention, simple comme tout, une décoration à la boutonnière, une décoration qu'elle doit ête importante aussinon pourquoi y s'la porte. Entention, nous z'aut' aussi on étaient fiers zotch ! c'est pas tous les jours qu'on a un diplomaque à sa tabe et un diplomaque bônois en plusse. Tout l'monde il était là et au moment de manger, on a pas vu un seul chien mort ou rat mort, comme tu veux tu choises, tout l'monde il a sorti du couffin ça qu'il avait apporté et il a partagé avec tout les z'aut', c'est ça l'esprit bônois ou alors j'm'y connais pas. J'te dis pas, les tourtes, les fougasses, les caldis, les merguez, les z'aricots d'mer, les pois chiches au kamoune , les salades et tous ces plats à la mode bônoises qu'on s'les a mangé dessur la tête d'un galeux qu'à un moment, on s'est cru à une partis de plage à la Caroube ou au cap de garde mais sans la mer et sans la guitoune.

    Avec l'ami Alain que j'ai oublié de parler de lui on a même pensé à not' frère le toubib de Bône qu'y soigne les osses qu'y font du mal à ceux-là là qui comme moi y commencent à venir vieux, il aurait aimé s'affoguer avec nous un peu de toutes les bonnes choses qu'elles z'étaient dessur les tabes. Y avait même un orcheste qu'y te jouait les morceaux de musique qu'avant, y les jouait Habanera, un orcheste de chez nous z'aut' que celui qu'y connaît pas, y va se jeter à la mer, mais quan c'est que je m'ai approché, c'était pas Habanera alors, j'ai fermé mes oeils un moment et j'ai traversé la mer seulement, je m'ai trompé de direction, j'me suis retrouvé en Amérique, l'orcheste y jouait Only you.

    Tous là qu'y z'étaient sauf quèques z'uns qu'y z'ont été mes amis de tout p'tit, ceux-là là j'peux écrire leur nom sans faire des fôtes d'orthografle, c'est Dédé Duccini et c'est les enfants Ricci, Louise, Michèle et Gérard que nous z'aut', on s'l'appelait Coco alors, l'âme de vos morts si que vous les connaissez avertissez moi, purée ça me ramènera à cinquante ans en érrière.

    J'veux pas et j'peux pas terminer sans embrasser Luc, le p'tit bônois, mon copain comme y dit lui et souhaiter le oir un jour là-bas, dessur le Cours pour lui faire goûter le créponnet que c'est la drogue à nous z'aut'. Je tiens à remercier vivement Monsieur Roger Corraïni pour aouar allumé ma lanterne que maintenant grâce à dieu, je suis plus tchigate sans oublier tous ceux-là là qu'y m'ont encouragé à écrire encore alors que j'avais envie d'arrêter à de bon et je remercie tout spécialement ceux-là là qu'y z'ont pris mes liv' et à qui je demande de m'adresser leurs critiques et qu'y z'hésitent pas pasque même si que je me fâche, c'est jamais à mort.

    Allez ouah ! merci à tous pour cette journée fénérique et à l'année prochaine si qu'y m'arrive pas une aut' kaoulade .

                                   Rachid Habbachi                         

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Nos retours dans Notre Algérie.
Oui, pourquoi ne pas y retourner ?

    Après la publication sur la Seybouse 51, des récits et impressions du voyage 2006, j'ai reçu beaucoup de courrier. Plus de 95% de ce courrier contenait des félicitations ; des demandes de renseignements pour faire un voyage de retour ; des partages d'émotions et d'impression ou de bonheur, surtout avec des personnes qui ne peuvent voyager ou n'en ont pas les moyens. Bref 95% de messages positifs à qui l'on ne peut dire que merci.

    Mais, il y a environ 5% de messages négatifs. Chacun a le droit d'avoir son opinion, mais il y a des façons de le dire. Il y a des insultes ; des mécontentements contre ceux qui y retournent en des termes inamicaux et très souvent sans signature. Bien entendu, cette littérature va à la poubelle sans autre forme de procès.
    Il y a aussi des positions négatives à ces retours en des termes plus explicatifs et sans agression auxquelles je réponds par retour de messages. Dommage que ces personnes refusent d'être publiées, c'est leur droit mais elles n'auront pas une autre chance de s'exprimer sur ce site. Personnellement je ne suis pas contre ceux qui ont un avis contraire dans un échange correct d'idées.

    Donc, reprenant une grosse part des réponses privées, je fais une réponse publique à certains écrits, qui j'espère clôturera le débat négatif sur nos retours sur notre terre natale. Une réponse ou point de vue partagée par mes compagnons de voyage, sans polémique ou esprit de haine. Après avoir vécu la réalité des retours et des impressions, je ne pouvais pas rester impassible pour deux raisons essentielles.
1) Pour tenter de clore la réception de courrier pas toujours compréhensif et emplie de passion exacerbée. Et aussi pour ceux qui font des critiques correctes, douces et tendancieuses dans leurs interrogations ou réponses et qui ne peuvent laisser indifférents.
2) Moi-même ayant organisé deux voyages à Bône avec deux groupes où trois générations de Pieds-Noirs se sont côtoyées et se serait leur manquer de respect de ne pas répondre.

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    Certains posent ou se posent les questions souvent implicites:
- " Pourquoi je ne retournerai jamais en Algérie ?".
- " Pourquoi et qui vous pousse à retourner ? "
- " On ne vous comprends pas, vous aller pleurer ou vous lamenter ; moi je ne regrette rien comme le chantait les paras ; nous n'avons plus de souvenirs inscrits sur ce sol ; nous voulons garder nos souvenirs intactes de nos paysages et environnements et ne pas les dénaturer en voyant les nouveaux paysages ; vous vous rendez compte, tous ces arabes ; Comment vous pouvez supporter les saletés dans les rues et toutes les dégradations ;vous allez vous attendrir sur les cendres de l'Algérie Française ; vous êtes pour le traité de paix Chirac\Bouteflika ; vous leur apporter de l'argent ; vous voulez tout effacer et pardonner ; nous ne voulons pas perdre de temps en salamalecs ou se montrer complaisant contre notre gré ; sans passer pour colonialiste, quand on a été un juste maître, on ne peut risquer de devenir un esclave chez les autres, et... "

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    Je pense avoir une réponse que j'ai souvent eue face à des questions ou interrogations comme celles là. Ma réponse qui est souvent restée intérieure est " chante, chante : je ne boirai pas à ta fontaine, car je sais que tu retournes très souvent par tes rêves mais que tu n'as pas le courage de ta conscience intérieure. " Oui, les rêves ont font partie.
    Personnellement, je n'ai jamais dit " je ne retournerai pas ", mais je ne suis pas prêt, le jour où cela viendra, je ferai le pas en avant, et peut-être qu'il ne viendra jamais. Pendant 43 ans, chaque nuit j'ai rêvé de Bône, à tel point que la ville est ancrée dans ma tête.
    Je connais beaucoup de Pieds-Noirs qui ne veulent plus retourner, qui disent que cela ne les concerne plus mais qui par contre cherchent à se procurer par tous les moyens les photos ou DVD des voyages de ceux qu'ils dénigrent. (Certains veulent en faire du commerce dans des associations). Comment appeler cela ? Je laisse l'appréciation aux lecteurs car j'ai la mienne qui serait très mauvaise.

    Croyez-vous vraiment, que les Pieds-Noirs qui retournent chez eux sont des adeptes des lamentations ? J'ai emmené deux groupes à Bône et je n'ai vu personne se lamenter. Pleurer de joie et de bonheur, oui. Je connais d'autres personnes qui sont retournées et je n'ai pas vu de lamentations dans leur récit. Je ne dis pas que cela n'existe pas, mais cela doit être très infime et qu'ils se font discrets s'ils sont sincères. Qui a dit que les Pieds-Noirs regrettent de ce qu'ils ont fait pour l'Algérie en faisant un parallèle avec les paras, je pense que certains n'ont pas compris pourquoi ils ont chanté " Je ne regrette rien " d'Edith Piaf.

    Pour ceux qui pensent que leurs souvenirs ne sont plus inscrits sur son sol, mais ils ne pourront en être persuadée qu'en le constatant sur place. Ces affirmations je les ai souvent entendues par d'autres, mais à leur retour ils avaient changé d'avis.

    Pour quelles raisons, allons-nous dénaturer les paysages, les villes, les villages, les personnages, de notre passé, alors que nous Pieds-Noirs, nous ne connaissons pas le centième de ce que renferme l'Algérie construite par nos ancêtres. Je ne connais pas l'age de ceux qui posent ces questions, mais j'ai emmené avec moi des personnes âgées qui n'avaient " rien " vu de l'Algérie avant 1962 et même ce qui en connaissaient quelques coins, ils les ont revu avec un œil différent.

    Et tous ces arabes ! Ils sont chez eux, nous aurions aimé rester aussi, cela n'a pas été possible, donc il ne faut pas s'étonner que la démographie galopante ait multiplié la population par quatre. Attention, en France aussi cela arrive et dans 10 ans qui aura la majorité ? Mais cela est une question qui ne concerne que la France qui nous a ensevelie.

    Oui, c'est sale, oui il y a des dégradations. Ce n'est pas plus sale que dans certaines villes de France ou d'Afrique. Marseille, par exemple, ne dit-on pas qu'elle est la première ville africaine du Paris - Dakar ? Des dégradations et un manque d'entretien surtout dus à la misère du peuple qui ne jouit pas de la manne pétrolière du pays. Je peux dire qu'un effort particulier dans le nettoyage a été fait à Bône depuis notre entretien avec les autorités locales. Malgré la misère, il faut visiter l'intérieur des maisons et voir que la propreté n'est pas l'apanage des Européens. Cela n'empêche pas les Algériens de nous recevoir dans la simplicité et avec leur hospitalité légendaire.

    Qui a dit que nous allions nous attendrir sur les cendres de l'Algérie ? Cela je ne l'ai pas vu, au contraire nous avons discuté sans retenues et les reproches sur ce qu'ils ont fait de leur indépendance ainsi que sur les moyens employés qui n'ont pas été exclus. Nous avons été plus libres de parler là-bas qu'en ce pays d'exil qui ne me reconnaît pas le droit d'être français. Les seuls attendrissements sur des cendres, sont ceux que nous avons eus dans les cimetières de toutes confessions et qui les méritent par respect.

    Je pense que beaucoup n'ont pas encore compris que les guerres sont affaire d'état et que c'est les peuples qui en supportent les conséquences. Ils sont utilisés comme de la chair à canon pour les boucheries que les états mettent en place. Je suis contre le traité de paix Chirac/Bouteflika, mais pas contre la paix avec le peuple que nous avions connu, fréquenté, et aimé. Oui des mains se sont tendues de chaque coté. Non, nous ne sommes pas des touristes anonymes. Personne nous a obligé à engager un dialogue amical, seuls le bon sens, l'amour du pays, la joie de retrouver des amis et des lieux, l'émotion, nous ont guidés dans ces démarches naturelles et non feintes. Personne n'a passé d'éponge ou effacé quoi que ce soit. Une page peut-être tournée, mais notre mémoire est restée intacte. Pour ma part, non croyant, je ne connais pas le pardon car je pense que c'est l'arme des faibles, mais je peux essayer de comprendre les situations, m'asseoir face à face et discuter. Les rancoeurs sont restées sûrement enfouies au fond de notre cerveau. Si l'on fait ce voyage de la mémoire avec des rancoeurs à fleur de peau, il vaut mieux rester chez soi à se les mastiquer et aussi à se poser des questions sur les rancoeurs sur l'exil que nous a fabriqué la France des droits de l'homme ou plutôt de certains hommes.

    Nous apportons de l'argent, c'est certain, mais cela serait exactement la même chose si nous allions en vacances dans un autre pays. On est largement payé en retour par les cadeaux et les gestes d'amitiés que nous recevons.

    Au cours des deux voyages que j'ai organisé, je n'ai vu aucun adepte du mea culpa ou des salamalecs de circonstances. Chacun a gardé ses opinions de 62 et les a exprimé. Chacun a pu aussi exprimer d'autres opinions après réflexion sur nos 44 ans d'exil forcé qui prolongeaient 17 ans d'incertitudes très bien entretenues par les gouvernements qui se sont succédés depuis 1945. Mon opinion depuis longtemps faite et exprimée, à savoir que l'indépendance inéluctable de l'Algérie aurait du être réalisée par nos parents au sortir de la guerre 39/45. Ils avaient combattu cote à cote comme des frères et il ne fallait pas qu'ils se laissent manipuler par les puissances étrangères, par le communisme, le panarabisme, par les religions, par De Gaulle, par les intérêts des " colonialistes " qui eux ne vivaient pas sur le sol d'Algérie et par les intellectuels français (de droite comme de gauche) qui n'avaient rien compris au problème algérien.

    Certains ne veulent pas passer pour des sales colonialistes racistes, mais ils emploient des termes qui les situent dans cette branche ou alors qu'ils s'expriment autrement. Je n'ai rapporté qu'une phrase de ce style dans les questions posées, mais il y en a des cocasses. Je ne peux et pourrai jamais dire que nous avons été les maîtres et eux les esclaves, ce serait apporter de l'eau au moulin de nos détracteurs et trahir mes ancêtres qui ont œuvré pour construire un pays sans se poser des questions politiques qui n'étaient pas leurs priorités.

    Alors oui, posons la question, " pourquoi ne pas y retourner ? "
    Laissons à chacun le droit de choisir selon sa vraie conscience et non pas choisir en fonction du choix des autres. Combien de Pieds-Noirs sont morts avec le regret de n'avoir pas revu leur terre natale.
    Pour ma part, je retournerai si les circonstances politiques du pays le permettent, car malheureusement les déclarations et agissements des hommes politiques et chefs d'état Algérien et Français, à l'heure actuelle ne sont pas faites pour arranger les situations. J'ai la nette impression qu'ils ne veulent pas que la paix des peuples s'instaure dans le cœur des communautés. Ce serait un désaveu pour les 60 ans de mensonges qui sont encore de rigueur dans les milieux hostiles aux Pieds-Noirs.

    "QUAN LES BÔNOIS Y SE RENCONTENT", l'Edito écrit par Rachid Habbachi est la continuité de ces retours et en même temps l'exemple type de la positivité de ceux-ci par le renforcement des liens entre Pieds-Noirs.

Jean Pierre Bartolini          

        Diobône,
        A tchao.


Noël - Noël !
N° 3 de Janvier 1950
de M. D. GIOVACCHINI
Envoyé par sa fille

         
         Voici le Rédempteur !
         Et près d'un bon feu, qui réconforte et console, je pense...
         Seul, accablé par une bien douce tranquillité, je vois un nuage de péchés s'accumuler sur ma pauvre personne.
         Pourtant, ma conscience me dit d'une façon impérative : " Tu n'as jamais menti de ta vie ".
         Je reprends courage. Et je m'interroge ! Je me reproche seulement d'avoir fait " bobo " à T..., à F..., à P... et à tous les amoraux du " grand monde ".
         Ma conscience, de nouveau violemment consultée, me commande, au nom de Dieu et des Hommes, de continuer à stigmatiser l'attitude des méchants et des vilains !
         L'humilité et la pauvreté qui complètent ma vie et semblent l'ennoblir, me séparent vraiment trop de ces " grands hommes " qui ne disposent plus que de l'arme des faibles : se taire, calomnier, ou, ce qui est bien plus reposant, simuler le mépris.
         Me voilà agressif ! Et c'est NOËL ! Affaire de tempérament. Que Dieu me pardonne !
         Et, pour oublier mes pensées profanes je dis adieu au bon feu et à la solitude. Je sors pour retrouver ma bonne ville, mon grand village.
         Une nuit pure comme une âme d'enfant. On pouvait compter les étoiles. Et toutes scintillaient comme pour annoncer la joie et l'espérance.
         Pas de bruit. La gaîté ne débordait pas les murs. A peine quatre ou cinq bars semblant abriter quelques séquelles de jeunesse amusée.
         Où étaient donc les fêtards des temps passés ! On se recueillait en famille et on se préparait pour la messe. C'était l'heure des foules silencieuses qui ont besoin d'aimer quelqu'un ou quelque chose,
         Et j'étais malgré moi parmi cette foule, toujours plus solitaire et plus triste. L'instinct me guidait vers ma paroisse. Comme au temps de mon enfance ! J'ai horreur des faux bigots et des curés paillards. Je plains aussi les faux croyants qui font de l'esprit sur les chanoines après les Vêpres.
         Je suis même férocement laïque. On n'aime sa religion que dans la mesure où on respecte celle des autres. Et l'anticléricalisme n'est qu'une des formes multiples de la sottise humaine.
         En écoutant l'abbé MARTIMORT, un saint homme, je pensais à Jules GUESDE, ce grand apôtre du Bien et de la Paix.

         La ressemblance physique était frappante. Mais Jules GUESDE, avec la même barbe fleurie et les traits plus émaciés, parlait d'une Paix que ne veulent pas les Riches !
               . J'écoutais cependant, avec respect et vénération. La voix de mes ancêtres parlait en moi. Et rien n'est aussi puissant que l'écho des traditions ancestrales : le Progrès dissolvant n'altérera point sa sublime force.
               . Mais, quand le cher abbé eut fini sa harangue sacrée, que le " Minuit Chrétien " retentit fortement dans mon âme, je quittai l'Eglise et son parc, plus triste, et bien plus méditatif.
         J'avais vu des rombières, que déjà, en sortant médisaient des voisines !
         J'avais vu des échappés de la Bourse du Travail, trahissant - et tant mieux - leurs chants de haine de la veille.
         J'avais vu des riches égoïstes prier Dieu, mais ne donnant rien pour ses missions de bonté.
         La décoration de M. REINHAUD

         J'avais vu des menteurs, des athées déguisés en tenue de fuite, j'avais tout vu...
         J'avais vu l'hypocrisie !
         Et je quittai cette place de l'Eglise qui m'est si familière, évitant des fidèles qui déjà blasphémaient !
         En rentrant chez moi, mon bon feu était éteint !
         Mais j'avais plus de force. Mon âme était réconfortée. J'irai au ciel avec priorité sur le curé de ma paroisse, parce que je n'ai jamais menti de ma vie, et aussi parce que j'ai fait souvent du bien en prenant sur mon nécessaire et non pas avec l'argent ou les oranges de T...
         Je n'ai fait de mal qu'aux mauvais chrétiens et aux possédants cupides.
         J'ai souffert en luttant toujours et partout contre les " agenouillés ".
         La colère des coquins et des parvenus m'est salutaire : c'est elle qui me fera mériter le ciel.

NOUVEAUX DÉCORÉS

         Fera plaisir à Henry ALOI et surtout à Me Louis ARNAUD, que l'on désignera comme parrain. Sous toutes réserves.
         Celle de Marcel NATAF fera plaisir à tout le monde. Nous l'en félicitons bien cordialement.
         Nous croyons savoir qu'au cours d'une fête organisée en son honneur, des discours seront prononcés par PANTALONI sur la fidélité à la parole donnée, par FADA sur l'héroïsme des Combattants, et par Henry ALOÏ sur les souplesses du radicalisme.
         Nous en publierons d'ailleurs le texte intégral dans notre prochain numéro.


Ça qu'on vous a pas dit … !       N° 37
Christian AGIUS
le Maltais de la route de Bugeaud,
y ramasse dans les poubelles de luxe…
ma, tombe de ses morts, c'est la franche vérité !!!


L'UMP elle a aussi son groupe de coulots… Y s'appelle " Gay Lib "… Chacun y fait ça qui veut ac son cul…
Ma……le secrétaire il a fait la cagade d'envoyer un courrier en émail ac…………les adresses en clair de toute l'équipe !!! La gueule de ceux qui voulaient pas faire saoir leur couloterie à tout le monde…………


La porte-tchatche gauchiste de la coordination étudiante de Lyon II, elle est restée axe quand France 3 elle lui a demandé : " Que dites-vous à un jeune sans formation, dont la seule opportunité est le C.P.E. ? ".
- ……Euh…Vous me prenez au dépourvu ! Qu'elle a répondu cette fatche de gatarelle…


En caleçon qui s'est ensauvé de sa chambre à la Mamounia de Marrakech, le Douste-Blabla !
Sa copine, Dominique Cantien, elle a tapé la rabia en dedans la chambre, et le roi du Maroc il a payé la note…
Zotche ! Pour le ministe des affaires étrangères !!!!!!


Giscard dit d'Estaing y parle métenant couramment le chinois.
Quinze minutes par jour depuis 1980. Il avait du temps de libre, pisqu'y fout pas les pieds au conseil constitutionnel, en touchant quand même le flouss, t'y avais compris…


Ségolène et François : y a de l'eau en dedans le gaz…
Les mauvaises langues du parti socialiste y l'appelle méteunant " Cécilio " !!!


Le pognon prévu pour le musée de la tapisserie d'Aubusson il est allé au…………………. "musée Chirac " à Sarran !!!
On n'est jamais mieux servi que par soi-même…


Tu te rappelles du Youssef Fofana, celui qu'il avait tué le pauvre Halimi ?
Sa famille elle s'est fait logé d'urgence dans un HLM par le conseil général des Hauts de Seine……


Si tu veux réserver vite fait un voyage en train, diocane fait le site de la Deutsche Bahn ! Deux fois pluss vite que celui de la SNCF !!!


L'ANPE c'est rien qu'un fromage pour ses ….21000 fonctionnaires (y z'étaient 17000 ya cinq ans !!!).
93 % des chômeurs y trouvent du boulot sans elle….


Pie XII il a laissé faire les saloperies contre les Juifs, qui disent les calamars politiquement correcs…..
Ma, tu m'expliques alors pourquoi le grand rabin de Rome, Israël Zoli, y s'est converti au catholicisme en s'appelant Eugenio, prénom de Pie XII………..


Pas tchoutches les Anglais !
Y en a partout en Dordogne : même une équipe de criquet qui se fait le championnat en Angleterre.
Un contrôle du RMI y vient de découvrir que 500 y touchaient aouf ce pognon, sans en aoir le droit……………

La suite au prochain numéro :
te fais pas de mauvais sang,
J'en ai encore des tas en dedans les tiroirs….

LE PLUSSE DES KAOULADES BÔNOISES (38)
La "Ribrique" de Rachid HABBACHI
LES Z'IMAGES DE ROLAND
(Chanson de geste bônoise)

Ô Bussola,
Toi le roi d'la caméra
Qu'en main tu t'la chopes
Comme on fait avec le camescope,
T'y as fixé sans grand tapage
Tout un tas des z'images
Que quan, tu les ois diocamadone
A de bon tu cois que t'y es encore à Bône.
Avec tes fondus,
La ville tu nous la rendue
Encore plusse belle
Et y manque que Badiguel
Pour que la couleur locale
Elle vient totale.
Ô Bussola Roland
T'y étais en plein dedans
Ton sujet comme on dit,
Nous z'aut', qu'on a envie
Que tout y commence, tout y s'arrête
A Bône la coquette
Qu'elle est, et qu'elle restera
Une ville comme t'y as pas,
Une ville, unique au monde
Que dessur cette terre qu'elle est ronde
Plusse qu'une patate,
Elle, elle reste toujours plate
Que seulement elle te fatigue
Quan c'est que tu cours au stade Garrigues.
Ô Bussola, bien sûr, t'y as voyagé
De Costantine à Souk-Ahras où rien il a changé,
Ni les ponts,
Ni le lion
Et même pas l'air du temps
Que depuis longtemps
On s'le respire avec les poumons
Que c'est tout ça qu'on a encore de bon
Peut-ête avec les z'oeils
Même si qu'y oient pas pareil
Ça qu'il est, ça qu'il a été,
Ça qu'on regrette et ça qu'on a regretté
Et si que l'Histoire on s'la refait pas,
Les bons côtés d'la mémoire eux, y restent là.
O Roland, ça que tu nous as fait, y nous z'a laissés babas,
C'est, comme y dit l'aut' un vrai ciléma
Qu'on devrait s'le présenter à Cannes, au festival
Que sans toi, c'est le grand carnaval
Que j'te jure,
Dessur ma tête que t'y as rien de plus dur
Que la palme d'abdjoumar, tu la mérites
Et cois moi, ça s'ra pas la plus p'tite.

Rachid HABBACHI

LE COUIN DU POETRE
Par Rachid Habbachi            N° 1

        J'ai trouvé au cours d'une lecture un texte qui fait référence à Bône et cela m'a donné l'idée, de créer une nouvelle rubrique: LE COUIN DU POETRE.
        Sans vouloir donner un cours sur l'art de la rime, je veux simplement attirer l'attention sur le fait que notre " Bône " vieille ville reste un exemple et j'en veux pour preuve ce qui suit.

Les gens de la maison Dubois, à Bône, scient
Dans la bonne saison du bois, à bon escient.

        Pour ces quelques mots, Alphonse ALLAIS qui en est l'auteur dit : " C'est vraiment triste d'avoir les 22 dernières lettres pareilles et ne pas arriver à rimer ".

        J'exhorte donc tous les lecteurs de la Seybouse à nous faire part des lectures sérieuses qui font référence à leur ville natale en Algérie, cela va de soi, et de nous adresser les paragraphes et commentaires sur ces lectures.
Nous comptons sur vous tous pour alimenter cette rubrique

Rachid HABBACHI


LA VIEILLE VILLE
BÔNE son Histoire, ses Histoires
Par Louis ARNAUD

          La vieille ville c'est ainsi qu'on appelait, et qu'on appelle encore, la partie haute de la ville, située entre le pont de la tranchée et la rue du 4 Septembre.
          L'autre partie, celle qui fut construite après 1868, après que le recul de l'enceinte jusqu'au Champ de Mars ait été autorisé, s'était naturellement appelée, la " nouvelle ville " par opposition à la " vieille ville ".
          Elle conserva cette appellation jusqu'à la guerre de 1914, mais depuis que les faubourgs se sont étendus jusqu'à la rejoindre, il n'y a plus à Bône de " nouvelle ville ", proprement dite. Il n'y a plus qu'une ville de Bône, dont une partie est constituée par l'ancienne ville des arabes et des premiers temps de l'occupation française.
          C'est pour désigner cette partie de la ville, que le vocable " vieille ville " est demeuré. Cette vieille ville est presque intégralement restée la même. Aucun changement n'y a été apporté, sauf pour quelques immeubles situés sur ses limites, qui ont été reconstruits complètement, pour être adaptés au genre de la " nouvelle ville " qu'ils joignaient.
          Les lois de l'urbanisme, inconnues des arabes n'avaient, certes, pas été respectées, ni même consultées par les premiers Français. On nous a dit seulement que le Capitaine d'Armandy, après avoir pris la Casbah, ne s'était occupé que de mettre un peu de propreté dans la ville et" d'élargir certains endroits de rues pour les rendre accessibles, autant que cela se pouvait, à la circulation des véhicules.
          Puis, aussitôt après d'Armandy, c'est le général d'Uzer qui entreprit de créer la Place d'Armes et les rues qui y accèdent.
          D'Uzer et Randon ont été les véritables artisans de la transformation de l'Aneba des Arabes et de son adaptation à la vie française.
          Après eux, les habitants ont accepté de vivre dans ces rues tortueuses et déclives où l'aplomb des maisons n'était qu'approximatif et la chaussée inégale et toujours gluante, sale, où la poussière et la boue abondaient, tour à tour, en été et en hiver.
          Ils n'ont pas cherché à démolir pour reconstruire suivant un plan plus confortable et plus seyant.
          Ils ont attendu patiemment, pendant près de trente-six années, qu'on leur permit, par l'élargissement du périmètre de la vieille enceinte de créer une autre ville toute neuve à côté de l'ancienne, ainsi que fit Lyautey, pour les villes marocaines, soixante-quinze ans plus tard.

          La vieille ville est donc demeurée intacte.
          C'est ainsi qu'on peut lire l'histoire de notre Ville sur les vieux murs et les pavés sales de ces ruelles montantes et tourmentées.
          Les vieux de ce pays pourraient reprendre la jolie formule du Philosophe Philoxène, parlant de sa maison de Cythère qui lui rappelait tant de souvenirs de jeunesse, : " J'ai relu les pierres de l'escalier et les murs de la maison ".
          Gardons-nous de toucher à cette " Vieille Ville ". Respectons la, comme on respecte les vieilles choses, comme l'ont respectée les premiers Bônois eux-mêmes.
          C'est toute l'hisloire de Bône, que ces vieilles pierres nous redisent.
          Voyez les grands noms que portent ces petites rues étroites et tortueuses : " D'Armandy " : le Capitaine qui s'est emparé de la Casbah avec Yusuf. Yusuf lui-même, sous le nom francisé de Joseph, " Fréart " : Commandant de " La Béarnaise " d'où provenaient les trente marins qui suivirent d'Armandy.
          " De Couédic " - " De Cornulier-Lucinière ", officiers de ce navire, " La Béarnaise ", " La Surprise ", " La Bellone ", " Le Bédouin ", bâtiments qui participèrent aux opérations de l'occupation. " Huder ", le Commandant qui fut lâchement assassiné tout près du port en 1831, - " Louis-Philippe " - " Aumale " - " Nemours " - " Joinville " - " Montpensier ", toute la famille royale, régnante alors. " Damrémont " qui partit de Bône pour aller mettre le siège devant Constantine où devait l'emporter un boulet ennemi ; - " Caraman " : Commandant l'artillerie du même corps expéditionnaire qui mourut de la peste, également à Constantine, pendant le siège.
          Ces noms-là ne brilleraient certainement pas davantage, s'ils étaient portés par d'autres rues plus modernes et mieux alignées ? Ils n'auraient pas la même signification.

          Peut-être même, nous paraîtraient-ils moins glorieux s'ils étaient dépouillés de cette patine du temps et de cette auréole qui leur vient de ce que ce furent les premiers Français de ce pays qui les placèrent à ces coins de rues et les imposèrent au respect des habitants d'alors et des générations futures.

* * *

          Au point culminant du vieux quartier arabe, embryon véritable de la grande et belle ville qui s'étend aujourd'hui avec une nonchalante aisance jusqu'au pied de l'Edough et jusqu'aux plages de Saint-Cloud, qui est passée de l'autre côté de la Boudjimah et de la Seybouse, et s'est avancée jusque dans la mer même, se dressait la plus vieille des Mosquées de la Ville, la Mosquée de Sidi-Mérouane.
          La population, tant civile que militaire, était décimée par les fièvres paludéennes provoquées par les miasmes émanant des marécages qui recouvraient toute la petite plaine.
          Il fallait absolument un hôpital pour soigner convenablement les malades.
          Ce furent les Musulmans, eux-mêmes, qui offrirent cette Mosquée de Sidi-Mérouane pour servir d'hôpital.
          insi, l'hôpital militaire fut le premier monument affecté à l'administration française de la ville au lendemain de la prise de la Casbah.
          Cette nouvelle destination de la Mosquée devait durer plus d'un siècle, cent dix ans exactement. Les services de l'hôpital militaire furent, en effet, transférés en 1942, au château Chancel pour fuir les incessants bombardements dangereux, dirigés sur le port par les puissances de l'axe.
          Après la guerre, la Mosquée fut restituée au culte musulman, et l'hôpital militaire, provisoirement installé au quartier de l'Oued-Kouba, attend encore un logement définitif.
          Après l'hôpital militaire, en descendant vers le Port, vers la " Porte de la Mer ", se groupèrent immédiatement toutes les Administrations de la Ville.
          Ce fut en premier lieu, la Direction du Port qui vint se placer au plus près du rivage et la " Porte de la Mer " qui s'ouvrait vers l'est, fut remplacé par la " Porte de la Marine ", face au sud, en 1838 ; la Direction du Port était logée dans un immeuble à trois étages, construit par les autorités françaises, immeuble qui existe encore et qui est affecté aux bureaux de l'Administration de la marine. Cet immeuble, construit par le Génie militaire était, dès le début, affecté à la Marine car le Directeur du Port était un officier de marine, un lieutenant de vaisseau, qui y avait d'ailleurs son logement, ainsi que le Commissaire de la Marine.

          L'Hôtel de la Subdivision ne fut aménagé qu'en 1842 dans une vieille bâtisse turque qui avait servi de demeure au dernier Consul de France à Bône, Adrien Dupré, lequel l'avait abandonnée en juillet 1827, après l'affaire " du Coup d'Eventail " donné par le Dey Hussein à notre Consul d'Alger M. Deval. Le Dey d'Alger ayant refusé de présenter des excuses, la France avait retiré ses Consuls et ses représentants des Etats d'Alger.
          Les Douanes s'installèrent, sur la même place, dans une construction massive et grossière, de forme bizarre qui existe encore mais qui a été désaffectée depuis longtemps et les bureaux de l'Enregistrement et des Domaines, enfin, étaient dans un immeuble contigu à celui de la Direction du Port.


L'église provisoire de Bône, à partir de 1833 (dans la maison avec porche à droite). Les maisons qui s'alignent à la suite sont celles qui borderont la future rue Béarnaise. Dans le fond, mosquée de Salah Bey. Le tout est à l'intérieur des remparts.

          L'Intendance militaire était restée dans la haute ville, en face de l'hôpital militaire, dans une maison mauresque de la rue d'Armandy et le Bureau arabe, institué novembre 1938, eut son siège dans la petite rue des Pyramides, au bas de la rue Louis-Philippe.

          La première Eglise de Bône avait été installée de façon très rudimentaire dès 1833, dans une vieille maison arabe dont la façade donnait sur la rue de l'Eglise, transversale de la rue de Constantine à la rue Louis-Philippe.
          C'est dans cette pauvre Eglise provisoire que fut, provisoirement aussi, déposé le cubitus du bras droit de Saint-Augustin, ramené en grande pompe, en 1842, de Pavie, en terre africaine.
          Cette Eglise provisoire ne fut remplacée qu'en 1852, dix-neuf ans après.
          Pendant seize ans, de 1832 à 1848, toutes les autorités administratives et militaires se trouvaient rassemblées sur le versant sud de la colline des Santons.
          Après la création de la " Place d'Armes " qui devint rapidement le centre géométrique et commercial de la ville, les Administrations civiles nouvellement créées placèrent à l'opposé de celles qui existaient déjà.
          Bône fut érigée en sous-préfecture en 1849 et le Sous-Préfet eut son hôtel sur la petite place des Numides, de l'autre côté de la Place d'Armes.
          Ce fut certainement à l'époque, le plus somptueux monument de la ville, grosse construction massive, avec une façade ornée d'un important balcon soutenu par deux énormes colonnes.


La Sous-Préfecture

          Le premier Sous-Préfet qui l'habita fut M. Desvernay, et dans les vingt-cinq ou trente autres qui suivirent, deux seulement ont nettement marqué leur passage à la tête de l'Arrondissement, Georges Gelinet qui y demeura de 1887 à 1894 et qui termina sa carrière à la Cour des Comptes et, Antony Marbot qui lui succéda et qui pendant plus de quinze années sut gagner l'estime et même l'affection générale de la population soumise à son autorité.

          Après le départ de M. le sous-préfet Marbot, la Sous-Préfecture qui pendant cinquante ans avait trôné au milieu de ces vieux quartiers qu'elle n'avait pas réussi à embellir, émigra, naturellement, vers la nouvelle ville et vint provisoirement se fixer à l'angle des rues Lemercier et Mesmer dans l'ancienne demeure de Calixte Toche.
          Tout près de la vieille Sous-Préfecture, il y avait le Tribunal civil et les services judiciaires. La largeur de la rue Française les séparait seulement.
          Le palais de justice fut transféré, lui aussi, dans la nouvelle Ville, à côté de la Cathédrale, en 1882 où la prison, qui était rue Félicité, l'avait précédé et semblait l'attendre.
          La Gendarmerie était à l'angle de la rue Française et de la rue d'Orléans, exactement en face de la Caserne.

          Dans cette rue d'Orléans, juste en son milieu à l'endroit où elle forme un angle droit, se trouvaient les locaux du Conseil de guerre : car il y eut, pendant longtemps à Bône, le 2ème Conseil de guerre de la Division de Constantine ?
          Dans la rue Charry, à quelques mètres à peine de la Sous-Préfecture, était installé le bureau de Postes de la Ville.
          C'est incontestablement cette Administration qui a le plus souvent changé de local et de quartier.
          De la rue Charry, aussitôt après la démolition des remparts de la rue du 4 Septembre, elle est venue s'installer dans la maison Ours, située à l'angle du Cours et de la rue Bouscarein.
          Son entrée était dans cette rue, à l'endroit même où se trouve actuellement un glacier à l'enseigne " Fanfan ".
          La salle de ce glacier était la salle même du public et les trois guichets se trouvaient pratiqués dans le mur situé derrière le comptoir.
          De là, la Poste s'en fut à l'autre extrémité du Cours, en face, à l'angle de l'actuelle place Jeanne d'Arc.
          Puis, après la construction du Palais consulaire, en 1909, elle eut un immeuble, tout près de ce Palais, spécialement affecté à ses services : c'est la Maison de l'Agriculture qui occupe actuellement cet ancien Hôtel des Postes.
          Cette Administration est enfin venue se loger dans un bel édifice, construit par l'Etat sur l'Avenue de la 3ème D.I.A.. Elle aura attendu un siècle entier pour être, enfin, comme on dit, dans ses meubles.

          La Mairie de Bône aussi, était naturellement dans la vieille ville.
          Elle occupait un immeuble qui a été totalement détruit par les bombardements de 1942.
          Cet immeuble était au bas de la rue Vieille Saint-Augustin, à l'angle de la rue Jemmapes, à quelques mètres de la Place d'Armes.
          C'est en 1888, lorsque la construction de l'Hôtel de Ville du Cours fut achevée, qu'elle abandonna l'immeuble de la vieille ville, dont elle n'était que locataire.
          L'immeuble appartenait à M. P. Dubourg, lui-même Maire de la Ville.
          La Chambre de Commerce vint aussitôt après occuper le 1er étage de l'ancienne Mairie, et le Tribunal de Commerce qui, jusque là, n'occupait qu'un vulgaire magasin donnant sur rue, au n° 18 de la rue Mesmer, s'installa au rez-de-chaussée dans des conditions plus convenables et plus dignes de son rôle et de son prestige.

* * *

          La présence de toutes les Administrations dans les vieux quartiers avait conféré à la vieille ville une sorte de primauté sur tout le reste de la Ville.
          Et pendant longtemps, après la création de la " nouvelle Ville ", la Place d'Armes est restée le centre le plus populaire et le plus populeux de Bône.
          La rue neuve Saint-Augustin qui la reliait au Cours, ou plus exactement aux " Allées ", fut longtemps, aussi, la rue la plus élégante de Bône.
          Les plus anciennes maisons de commerce de la ville y avaient leurs magasins.
          Elles ont, elles aussi, abandonné les vieux quartiers. Trois cependant y sont demeurées, résistant à l'appel du progrès et de la nouveauté. La pharmacie Istria, ancienne pharmacie Barreau, qui est après la pharmacie Badji, ancienne pharmacie Housset, à l'angle des rues Damrémont et Caraman, la plus vieille des pharmacies de Bône.
          Elles ont toutes deux conservé le même local et presque le même aspect extérieur depuis un siècle.

          Puis, le Bazar Universel, et, enfin, la pâtisserie qui est à l'angle de la rue Héliopolis.
          Cette pâtisserie, tenue autrefois par Madame Trouvé, qui l'avait créée, est certainement la doyenne des pâtisseries de la Ville.
          Le nom de sa propriétaire avait permis aux Bônois facétieux d'alors, de composer, avec d'autres noms de commerçants de la même et du même trottoir, exactement placés dans l'ordre voulu, un ensemble assez curieux comme on va le voir.
          Au commencement de la rue, en partant du Cours, il y avait, sur la droite, la maison Tascher, tailleur, puis venait la pâtisserie Trouvé, ensuite, la boulangerie Laclais et enfin, un bureau de tabacs tenu par les Dames Deschamps, cela faisait dire : Tascher, Trouvé, Laclais, Deschamps.

* * *

          Les jours de Carnaval et de Mi-Carême étaient de beaucoup plus animés à la Place d'Armes que dans tous les autres quartiers de la Ville.
          La rentrée des troupes à leurs casernements, se faisait toujours par la rue neuve Saint-Augustin, la Place d'Armes et la rue Damrémont pour aboutir soit à la caserne d'Orléans, soit au quartier du boulevard Victor-Hugo, qui ne s'appelait pas encore " Caserne Yusuf ".
          J'ai assisté, vers 1886, au retour de la guerre du Tonkin, de nos Tirailleurs qui y avaient participé.
          Débarqués à la petite darse, qui était alors notre seul port, les valeureux soldats montaient le Cours National, car les " Allées " avaient déjà vécu à ce moment là, en longeant les arcades jusqu'à la rue Saint-Augustin.
          Au début de cette rue, entre les deux immeubles à arcades, on avait dressé un Arc de Triomphe de verdure qui allait d'un balcon à l'autre, recouvrant la rue d'une voûte de lauriers-roses et de palmes.
          Nos braves Turcos, comme on les appelait alors, entraînés par la clique de la Garnison, défilèrent fièrement sous cet Arc de Triomphe qui les menait à la Place d'Armes, et, de là, à leur caserne sous une avalanche de fleurs.
          Derrière, clopin-clopant, suivaient les blessés, les éclopés ; manchots, jambes amputées et remplacées par d'énormes pilons de bois, béquillards, encore hésitants et maladroits, se raidissant avec effort et bombant avec orgueil le torse sur lequel brillait la Médaille militaire ou la Croix de la Légion d'honneur.

          Ce lointain souvenir du retour à Bône de nos vaillants Turcos, rappelle en ma mémoire, un autre souvenir du même ordre, se rattachant aussi à la guerre du Tonkin.
          Le cuirassé d'escadre " Bayard " qui ramenait, l'année précédente, le corps du glorieux Amiral Courbet, mort à son bord, à la fin de la guerre, fit escale dans notre rade, au large de la Grenouillère, vers la même époque.
          Toute la population fut sur le chemin de l'avant-port pour voir de loin, mais le voir, ce navire dans lequel se trouvait la dépouille mortelle du Grand Marin.

* * *

          La " Vieille Ville " a perdu de sa distinction du Vieux Temps.
          Certes, ses rues n'ont pas changé, mais ceux qui les habitent et ceux qui y passent aujourd'hui, ne sont plus du tout les mêmes qu'autrefois.
          Il y avait là, jadis, toute l'élite de la Ville et de forts beaux équipages circulaient dans ces rues sans grandeur, au propre comme au figuré ; la Victoria du Sous-Préfet, celle du Consul Carrus, les équipages somptueux avec cocher en livrée grise et gibus assorti, de la famille Picon, le riche landau de l'avocat défenseur Pailhès, l'attelage du Maire Lacombe ; les jolis poneys attelés par deux du fabricant de tabacs Bengui, les défilés de mariage allant à la mairie, et combien d'autres voitures élégantes et légères, car chaque famille un peu aisée, avait son équipage strictement réservé à la promenade.

          Aujourd'hui, plus aucune voiture ne passe dans ces quartiers. C'est à peine si l'on y voit quelque camion chargé de légumes et de fruits monter péniblement les rues pour venir offrir aux pauvres habitants, sa maigre et méchante marchandise.
          Sans doute, ces rues sont mieux éclairées la nuit, par cette lumière électrique qui vient mettre un peu de vie sur ces vieux murs endormis et ces chaussées bosselées.
          Mais cette clarté, trop vive, fait mieux apparaître dans le calme de la nuit, la saleté et la lèpre des façades vétustés et la couche gluante et poisseuse qui recouvre les chaussées.
          Et l'on songe, forcément, en passant dans ces rues montantes et sales, aux soirs d'autrefois, quand la nuit assombrissait la nue.
          Sans doute, était-ce à cette époque, comme toujours, en ce pays de rêve, une nuit tendre et bleue, à l'atmosphère transparente et légère que perçait à peine cependant, une inutile lampe à huile.
          Sans doute encore, après 1870, les flammes vacillantes n'ont pas mieux éclairé ces ruelles étroites qui devaient avoir l'air de corridors menant à l'Erèbe.
          Sans doute les réverbères à pétrole, venus plus tard, du mauvais gaz de l'usine de la rue Salvator Coll n'avait pas mis beaucoup plus de clarté dans les ténèbres de ces vieux quartiers.

          Mais tout était plus propre et mieux fréquenté et le passant attardé était certain, d'avance, que son pied ne se poserait pas sur quelque immondice nauséabond et gluant, et qu'il ne ferait pas, lui-même, de mauvaise rencontre.
          Ce n'est pas parce que la " Vieille Ville " est sale qu'il faudrait la faire disparaître.
          Ce n'est pas une raison suffisante pour anéantir les plus belles pages de l'Histoire de Bône, si éloquemment racontée par ces vieilles pierres et ces plaques d'émail bleu.

          Cette " Vieille Ville " au contraire doit être l'orgueil de notre édilité et de tous les habitants.
          Elle seule, permet au voyageur qui vient à passer dans ce coin du rivage méditerranéen, de mieux comprendre la grandeur et la beauté de la tâche accomplie par les Français de ce pays, après un siècle de présence dans ces lieux, autrefois déserts, incultes et presque sans ressources naturelles.
          Elle doit demeurer afin de servir de terme de comparaison permettant de mieux mesurer l'effort et la constance de ces Français qui ont fait de la toute petite et laide bourgarde arabe de quinze cents habitants à peine, accrochée au flanc de la colline des Santons, la grande et superbe Cité qui s'étend sur près de vingt kilomètres carrés, dans la plus riante et la plus séduisante plaine qu'on puisse imaginer, et qui ont si bien su l'organiser, la parer et lui conserver son charme naturel qu'elle a mérité d'être appelée par ses visiteurs " BONE-la-COQUETTE ".


La Mosquée en 1855-1860
(Gravure ancienne)


LE TROUPEAU
Envoyé par M. Marc Dalaut
Ecrit par M. Gaëtan Dalaut


Les bêtes du troupeau pacagent dans la brousse.
Dans une clairièra, deux boucs sont arrêtés
Broutant l'un près de l'autre. Ils se sont écartés,
Chacun suit un santier que, soudain, il rebrousse

Leur tête se dresse, leur lèvre se rmtrousse,
D'un seul bon`, ils se sont, l'un sur l'autre jetés
Car, du milieu des diss, au passage agité,
Lentement est sortie une chevrette rousse.

Longtemps, du choc des fronts a résonné le son
Jusqu'au moment où l'un, à l'abri d'un buisson
Se soit enfui, seul l'autre a poursuivi la chèvre.

Et ses béguètements, à la chaleur du rut,
Loin dans les lentisques ont fait trembler sa lèvre
Tout s'est tu. La nature avait atteint son but.


BÔNE MILITAIRE
du CAPITAINE MAITROT
                              Envoyé par M. Rachid Habbachi                      N° 16

Bône Militaire                                                   44 SIÈCLES DE LUTTES
du XXIVème avant  au XXème Siècle après notre ère
Médaille de Bronze à l'Exposition Coloniale de Marseille 1906
Médaille d'Argent de la société de Géographie d'Alger 1908

Deuxième Partie
         BÔNE FRANÇAISE

CHAPITRE XVI
L'Administration du général d'Uzer
        


        Le départ du général d'Uzer avait été le résultat des manœuvres de ses ennemis qui l'avaient accusé de malversations cl qui s'étaient appuyés sur ses rapports avec les indigènes pour prétendre qu'il abusait de sa situation pour, sous des apparences de bonhomie, les exploiter et se créer des ressources personnelles.
        Pour nous faire une idée de ce qu'il en était, il nous faut reprendre Bône en 1832 et suivre lentement et pas à pas, jusqu'en 1836, les progrès de la civilisation. Nous connaissons le comte d'Uzer comme homme de guerre, étudions-le comme administrateur.
        Au moment de la première prise de Bône, en 1830, par le général de Damrémont, M. Raimbert, ancien agent de la Compagnie française d'Afrique pour l'exploitation du corail, avait fait tous ses efforts pour obtenir le rétablissement de la pêche.
        Ces efforts étaient tombés à plat par suite du départ des Français. Mais l'intendant d'Alger, deux ans plus tard, le 31 mars 1832, prenait un arrêté réglementant la pèche dans les mêmes conditions que celles de l'ancienne compagnie. M. Raimbert avait travaillé dans le but d'obtenir cet arrêté ; il l'avait fait avec l'intention de rétablir les anciens usages à Bône, ville arabe, il ne pouvait se douter que, depuis quatre jours, le pavillon français flottait sur ses murs et il faut bien le reconnaître, sans cette circonstance, cet arrêté eut été lettre morte comme l'avait été celui de la déchéance du bey du 18 décembre 1830.

        Les pêcheurs, autorisés par le traité de 1830, avaient déposé leur matériel à Tabarka. M. Raimbert alla les chercher pour les faire venir à Bône ; ils échappaient ainsi à l'article premier du traité du 21 octobre 1830 (1).

        Pendant ce temps, à Alger, ou s'occupait d'organiser les services dans la ville de Boue. Par arrêté du 20 avril 1832, un sous-intendant civil fut chargé de la surveillance des services civils, judiciaires, financiers ; un commissaire de police fut chargé de la police, des fonctions municipales et de celles d'officier de police judiciaire ; un juge royal régla les contestations entre chrétiens el musulmans.
        Toutes ces fonctions furent d'abord exercées par le comte de Beaumont-Brivazac, qui avait les titres de : chargé de la police générale de la province de Constantine" juge royal de ladite province, maire de Bône, faisant fonctions d'officier public de l'état civil. Il fut bientôt aidé par M. Lubespère, officier de paix qui s'occupa de la police et de l'état civil.
        Un bureau de douanes fut créé par le même arrêté. Les habitants commencèrent à revenir dans la ville. Le commerce prit une grande extension de ce fait que les navires étrangers furent autorisés jusqu'au 1er septembre 1832, à faire des importations à Bône et à Bône seulement (Arrêté du 9 mai 1834).
        Au bout de quelques mois on trouve, grâce à l'activité et à la bonté du général d'Uzer, 1.000 Juifs, 1.000 Maures, 800 Européens, Maltais ou Mahonnais. De plus, de nombreux soldats libérés du service s'installaient dans la ville. Les tribus venaient camper sous les murs.
        Pour éviter les accaparements et les spéculations, les arrêtés du 2 avril 1833 formulèrent des conditions pour exercer les fonctions de boulanger et de boucher, fixèrent des prix maxima, ordonnèrent la constitution d'une réserve de 600 kilogrammes de farine par boulanger et créèrent par profession des bureaux composés d'un syndic et de deux adjoints. Une commission permanente de santé composée du Commissaire du Roi, du chef du service des douanes et d'un médecin fut chargée de veiller sur la bonne qualité des denrées alimentaires (Arrêté du 23 mai 1833).

        Le général, pour surveiller tous ces administrés, quelque peu récalcitrants, organisa une police rurale. En firent partie les otages et les Turcs. Leurs patrouilles sillonnaient continuellement la plaine. Grâce à cette protection, les colons et les Arabes, avec l'aide de la garnison, d'ailleurs, s'inspirant de l' " Ense et Aratro " qui devait plus tard illustrer le maréchal Bugeaud, cultivèrent la plaine qui avait été si maltraitée par Ben Aïssa..
        Cette plaine, elle-même, était devenue pacifique. En dépit des efforts du bey de Constantine, Ahmed, de ses intrigues et de ses menaces, les tribus, dans un cercle de plus de quinze lieues, avaient reconnu l'autorité française. Elles savaient par expérience que si " le général de Bône " ne se laissait pas braver impunément, il ne tolérait, de la part des colons européens, aucune injustice contre les Arabes soumis et paisibles (2).
        Pendant ce temps, la police municipale faisait nettoyer les rues et réparer les égouts ; le canal exutoire du cours Bertagna actuel était refait et, mis en pente convenable, ne gardait plus d'eau stagnante.
        Les services du nettoiement et de l'hygiène publique, la réglementation du blanchiment des maisons furent organisés {Arrêté du 12 septembre 1832).
        La chaux fut fournie aux indigents (Arrêté du 8 mai 1833).
        Un Conseil de surveillance de ces services fut constitué de trois membres (Arrêté du 8 mai 1833).
        Un Conseil municipal fut organisé (Arrêté du 22 décembre 1831). Il comprenait MM. Labaille, d'Ambly, Lacombe, Dupuy, Gaillard, Nouan ben Sasi, Mohammed Seradji, Abder Rhaman ben Boulrif et Salmon ben Komri. Ce Conseil était présidé par le sous-intendant civil assisté du maire.

        C'est de cette époque (1833) que date le plan, les rues furent redressées et élargies, des places furent ouvertes.
        Le général, d'autre part, attirait des colons de France. L'un des premiers, qui répondit à son appel fut M. Lavie, d'une famille de Saint-Domingue, ruinée par la Révolution.

        Le général écrivit, le 2 août 1835, au général en chef :
        " Un colon industriel des environs de Belfort (Alsace), M. Lavie, est venu se fixer à Bône avec une nombreuse famille et un matériel considérable de charrues, charrettes, instruments aratoires, moulins à huile et à farine. Le ministre de la Guerre, ayant apprécié les avantages que l'on peut et l'on doit retirer de l'industrie de ce colon, l'a vivement protégé et lui a fait transporter ce matériel et sa famille sur plusieurs bâtiments de l'Etat ; il l'a, en plus, recommandé au préfet maritime de Toulon, afin qu'il trouvât asile et protection pour arriver à destination.
        " Arrivé à Bône avec cette protection et plusieurs lettres du ministre, j'ai pensé qu'il était, dans mon obligation stricte, de seconder et favoriser M. Lavie. Ce qui est le plus difficile à Bône pour les colons, c'est leur établissement, dans la première année, car ils doivent tout créer avant d'obtenir le plus léger résultat.
        " Ne pouvant établir extérieurement ses moulins, je lui ai fait céder provisoirement un terrain de casernement qui n'est pour le moment d'aucune utilité au génie militaire,
        " Le conseil provincial a si bien apprécié les avantages que la colonie doit retirer de M. Lavie, qu'il l'a spécialement recommandé au sous-intendant civil, pour la concession d'un marais qu'il s'engage à mettre en culture dans deux ans.
        " La famille Lavie se compose de neuf enfants, il en a maintenant quatre avec lui, tous en âge de travailler, plus deux ouvriers charrons et deux menuisiers qu'il a amenés de France et qu'il a loués pour deux ans.
        " Il a laissé en Alsace sa femme et cinq enfants, qu'il fera venir lorsqu'il sera établi, de manière à pouvoir les recevoir.
        " Quatre colons comme M. Lavie assureraient le succès de la colonie ; on ne peut trop l'encourager. Dès l'instant où l'on apprendra en Alsace qu'il a réussi dans son établissement, ses compatriotes arriveront ici ; un grand nombre apporteraient et des capitaux et un matériel d'agriculture.
        " J'ai si bien apprécié les avantages de son arrivée dans la colonie que je l'ai recueilli avec toute sa famille, chez moi, depuis trois semaines. Ils ont mis dans une petite maison attenante à la mienne leurs charmes et leurs outils. Je leur fais distribuer des rations de vivres. S'ils avaient été forcés d'aller vivre dans une auberge, ils auraient dépensé énormément et cela leur eut enlevé le moyen de donner cours à leur industrie. Cela a donné à M. Lavie le temps de se reconnaître et de trouver les moyens de s'installer avec le moins de frais possible, il est d'une bonne politique d'encourager et de protéger de pareils colons.
        " Je demande que la concession du marais qu'il sollicite lui soit faite le plus promptement possible afin qu'il puisse mettre la main à l'œuvre ; Il assainira une partie de la plaine qui est la plus près de la ville et ce sera une économie pour le gouvernement qui aurait dû s'occuper à grands frais de cet assainissement ".

        Jusqu'à présent, tout an contraire, rien ne pouvait donner prise à la calomnie, même la plus venimeuse. Malheureusement, le général avait fait rapporter un arrêté et il paraissait tirer profit de cette abrogation.
        Le 7 mars 1832, un arrêté avait interdit toute transmission de biens immobiliers entre musulmans et chrétiens. Cet arrêté avait pour but d'enrayer les spéculations éhontées des débuts de l'occupation. Malgré cela, quelques usuriers trafiquèrent dans l'ombre, protégés qu'ils étaient par la passivité des indigènes habitués de longue date à subir, sans récriminer, les exigences de ceux qu'ils considéraient comme leurs vainqueurs, qu'ils aient été Turcs ou Européens.

        Le général avait vu dans cet arrêté une entrave à l'essor de la colonie ; il se rendait compte, en même temps, que des opérations connues de tous et soumises par suite à un contrôle seraient moins répréhensibles que ces spéculations ténébreuses.
        Il obtint, par arrêté du 8 mai 1833, que l'interdiction serait levée pour les propriétés immobilières extérieures aux remparts de Bône. Il donna lui-même l'exemple, confiant dans l'avenir de la colonie.

        Pour favoriser l'agriculture, il fit exempter de l'octroi l'entrée dans Bône des sangliers et des chacals morts (Arrêté du 8 mai 1833).

        Il écrivait au général en chef, à propos d'une propriété qu'il avait acquise à droite de la route de Philippeville actuelle, ce qui prouve bien qu'il ne trouvait rien de blâmable dans ces opérations :
        " Je mets en pratique le plan de colonisation que j'ai proposé, en demandant l'établissement de maisons crénelées pour recevoir des soldats qui seraient mis à la disposition des colons. J'ai en ce moment un poste au marabout d'Hippone composé d'un officier et de 25 hommes. Ces derniers sont employés dans une ferme que je fais établir. Les soldats préfèrent ce travail à l'oisiveté et au désœuvrement du corps de garde. C'est par goût qu'il facilitent la culture des terres en s'y dévouant et en restant même plus tard dans la province où ils se plaisent, s'ils y trouvaient à s'occuper, pourvu que la colonisation soit protégée.
        " J'ai la certitude, en obtenant de bons résultats, d'en avoir hâté le développement de deux ou trois années. Je prêche d'exemple, 25 à 30 soldats des postes travaillent pour moi.
        " La nuit, ils gardent le blockhaus.
        " Au printemps prochain, j'en occuperais le double. J'ai acquis environ 2.000 arpents de terres labourables et prairies pour la somme de 30.000 francs et 1.200 francs de rentes. Je vends, chez moi, une propriété de 50.000 francs pour faire ces achats et mettre ces terres en valeur. Le succès que j'obtiens, la confiance que m'accorde le gouvernement, celle que me témoignent la garnison et les Arabes, m'encouragent, me déterminent à sacrifier à ce pays qui me plaît, quelques années de ma vie ; en cessant de servir, je deviendrai colon ".

        De plus, on ne pouvait pardonner au général sa bienveillance pour les indigènes, bienveillance qui, il faut le reconnaître en toute franchise, dépassa souvent le but qu'elle se proposait en s'adressant à des populations sauvages dont les instincts cruels ne pouvaient comprendre ce qu'ils considéraient comme de la faiblesse. C'était aussi l'avis des officiers et de Yusuf en particulier dont ces procédés révoltaient l'éducation de mameluck.
        Mais c'était surtout l'opinion des colons, cabaretiers, cantiniers, mercantis pour la plupart, parmi lesquels le général était loin d'être populaire (3).

        A force de chercher, abandonnant l'homme public, la calomnie s'attaqua à l'homme privé.
        Le général avait chargé de la gestion de ses affaires un nommé Mustapha ben Kérim, qui, depuis, 1830, était demeuré fidèle à notre cause. Il s'était ainsi attiré la haine de ses coreligionnaires. A son retour, à Bône, en 1832, abandonné de tous, il fit la connaissance du général.
        La confiance que lui témoignait ce dernier, lui acquit la jalousie de l'entourage du vicomte d'Uzer. On prétendit que ce dernier se servait de Mustapha pour abuser de la crédulité des indigènes. C'était un peu osé ; étant donnée l'antipathie que ceux-ci professaient à l'égard de leur coreligionnaire. On prétendit que le cadi avait cédé du terrain à un prix dérisoire à Mustapha et qu'en réalité c'était le général qui avait acheté.

        Il faut reconnaître que la situation sociale de ce Maure ne lui attirait pas beaucoup de sympathie, il était commissaire de police maure. On prétendait même qu'il usait de son autorité et de la crainte qu'il inspirait pour réussir quelques opérations louches.
        Le général, écœuré de ces manœuvres, fut accablé par un fait qui se produisit à cette époque.
        Yusuf, qui ne pouvait s'accorder avec son chef, était parti, comme on l'a vu, en mars 1835 ; sous les ordres du maréchal Clauzel, il avait fait l'expédition de Mascara et celle de Tlemcen. Sa bravoure, sa belle prestance et sa remarquable intelligence avaient fait la conquête du maréchal qui accueillit avec joie les propositions du commandant. Ces propositions cadraient, d'ailleurs, absolument avec les idées personnelles du nouveau gouverneur. Yusuf prétendait que les populations de Constantine excédées du gouvernement d'Ahmed Bey étaient disposées non seulement à laisser passer une expédition, mais même à l'aider et à lui prêter leur concours.

        Le maréchal nomma Yusuf bey in partibus, lui donnant l'autorisation de lever un corps auxiliaire et d'aller conquérir son trône. Cette nomination signifiait le départ du général d'Uzer.
        Le maréchal demanda à Paris la révocation du vicomte d'Uzer ; elle fut signée mais resta sans effet par suite du départ du général, le 2 mars 1936.
        Ce départ eut lieu à la suite d'une enquête dirigée en apparence contre Mustapha ben Kérim.

        M. Réalier-Dumas, procureur général et M. Giacobi, juge d'instruction du tribunal supérieur d'Alger, avec une impartialité toute à leur louange, ne purent rien relever contre le général qui était visé dans cette affaire. Leur enquête mit au contraire au jour des faits qui, non seulement prouvaient l'honnêteté, mais faisaient éclater bien haut le désintéressement du noble accusé.
        Deux faits entre autres :
        Le général avait cédé à un vieil officier, un terrain qu'il avait amélioré, au prix qu'il l'avait acheté malgré la hausse de valeur des immeubles.
        Un Maure avait vendu du terrain qu'il ne croyait bon qu'aux pacages ; après examen, le général tripla de lui-même le prix d'achat.
        Malgré tout, le général quitta Bône comme il a été dit, laissant le commandement au colonel Corréard, du 3ème Chasseurs d'Afrique.
        Il revint peu après à Bône, en colon, comme il l'avait d'ailleurs écrit au général en chef dans la lettre qui a été reproduite. Il mourut à Bône en 1849.

(1) ARTICLE PREMIER - Les Français paieront pour la ferme de la pêche du corail, 13.500 piastres de Tunis, selon l"usage et conformément aux anciens traités et ils ne seront d'ailleurs soumis à aucun droit el imposition quelconques.
(2) Camille Roussel, - Histoire de la conquête de l'Algérie
(3) Camille Roussel. - Histoire de la conquête de l'Algérie

A SUIVRE       

QUAND L'ORAGE PASSA
par M. Robert Antoine                  N°23
L'EXODE

ENTRE PETITS BONHEURS ET ANGOISSE.

      " Ce pays est sans leçon. Il ne permet ni ne fait entrevoir. Il se contente de donner, mais à profusion. Il est tout entier livré aux yeux, et on le connaît dès l'instant où en en jouit "(A. Camus).

      Albert Camus n'est pas le Pied-Noir le plus vénéré par ses concitoyens surtout depuis son appel à une trêve civile en 1956, mais il a des mots qui fleurent bon la terre Algérienne, et qu'il décrit si bien.

      Je le redis, nous n'avions pas la tête politique, l'on n'entendait ni les prophètes ni les politiques de droite comme de gauche. On se contentait de petits bonheurs qui aujourd'hui paraissent ridicules. On avait une manière de vivre les uns chez les autres, des voisins amicaux, des pique-niques gigantesques à la " Saint-Couffin ". Le rire, la plaisanterie, la Méditerranée, la rue et, peut être, ce réflexe à ne pas regarder sa montre, c'était là nos ingrédients.

      Le temps nous était moins éternel qu'aux Arabes, mais nous étions en liaison directe avec les trois horloges de Babel-Oued. Oui, au milieu d'une petite place, un luminaire supportait trois horloges : l'une marquait l'heure, l'autre avançait, la troisième était en panne.

      Malgré les événements, nous continuions à vivre ainsi, en prenant certes quelques précautions, mais jamais nous ne pensions qu'un jour, il nous faudrait partir. Notre inconscient refusait d'admettre ce qui, pour nous, était l'impossible, et il y avait toujours une parcelle d'espoir qui nous faisait espérer.

      Nous devions être considérés comme des simples qui nient l'évidence et refusent de comprendre mais, nous savions hélas, qu'impossible n'est pas français.
      Peut-être...

      Non Monsieur ! Ne troublez pas ces derniers moments de joie de vivre à la Pied-Noir, non Monsieur, vous n'en avez pas le droit.

      Ce sont mes derniers instants Algériens, mes derniers bons souvenirs, ceux qui sont gravés là dans le tréfonds de mon âme et qu'on hésite à ressortir car l'émotion est trop grande.

                                      Ce bras qu'il a tant fait le salut militaire
                        Ce bras, qu'il a levé des sacs de pommes terre
                        Ce bras, qu'il a gagné des tas de baroufas
                        Ce bras, ce bras d'honneur, oilà qu'il fait tchoufa

                                   Parodie du Cid d'E. BRUA acte I scène IV

**************
JE PARS. . .
 Photo Robert Antoine

      Ali mon ami, je vais tout te laisser et, si Dieu veut, tu continueras de t'occuper de la propriété. Soigne les orangers, ils ont besoin d engrais, fais réparer la chaîne de la noria, et regarde le filtre du tracteur, je crois qu'il est encrassé. Enfin tu feras comme d'habitude et j'espère que tu y arriveras.

      Tu vois au moment où je pars, tu sais lire et écrire le Français, c'est bien et si tu m'avais écouté ta fille, elle aussi, aurait pu savoir lire. Mais ce n'est pas le moment des reproches, avant de boucler ma valise je vais te donner ce document. C'est en quelque sorte mon titre de propriétaire. Mon grand père l'avait reçu, maintenant il est à toi

      Si tu le gardes, tu verras que la friche que l'on nous a donnée ne valait pas grand-chose à son époque. Au début on nous attribua 100k d'orge, un bœuf, une charrue, une herse et quelques outils. Tout a été remboursé à l'Etat et ce fut la fierté du grand-père. Moi, je te laisse une exploitation en plein rapport, avec des outils modernes et je crois devoir encore la dernière traite du tracteur.

      Quand nous sommes arrivés en 1855, le grand père avait eu droit à 100 k de bagages par adultes, moi sans savoir où je vais je n'ai droit qu'à une valise et une autre pour ma femme.

      Je pense que je ne reviendrai pas. Sache que je n'ai rien pris à quiconque sinon un morceau de terre inculte que nous avons fait prospérer. Je n'ai pas voulu laisser une terre brûlée, car je n'en avais pas le cœur, et toi Ali tu as toujours compris l'intérêt de la culture.

      Séchons nos larmes, viens, nous allons manger le bon couscous que ta femme a préparé.
      Ceux ne sont pas des agapes très gaies, les paroles sont rares, pleine de sens, mais les pensées sont ailleurs. Tant de questions se posent.

      Ali est gêné et nous autant que lui. Ce repas qui pour l'instant nous rapproche est un adieu, il va nous séparer définitivement.

      Ali nous conduit au port avec la 203 Peugeot et la page sera tournée. Tu m'écriras.. .Oui bien sûr.
      Ce genre de départ ne fut pas une généralité. Certains ont dû fuir plus vite que d'autres laissant leur tracteur au milieu du champ.

      D'autres ont dû ajouter un deuil supplémentaire à l'abandon d'un pays, dans l'affolement du moment. Le manque voulu d'organisation, les rotations de paquebots diminuant volontairement, les tracasseries administratives multipliées, ce ne sont que les prémices d'un départ vers une " terra incognita".

      Les témoignages sont saisissants " Une ville qui déménage c'est hallucinant ! " ... J'ajouterai, un peuple entier qui part, la peur au ventre, c'est affreux, affreux !!! Ainsi dans le désarroi, la peur et la douleur se termine la colonisation ! Mais avant de clore ce chapitre, juste quelques chiffres : La population européenne en 1957 est de 1 042 409 âmes.



      Il y a 19400 colons (ceux qui cultivent)
      7432 possèdent moins de 10 hectares
      12000 ont plus de 10 hectares
      300 sont riches
      Moins de 10 sont très riches.

      Les 12000 colons constituent une population de 45 000 personnes.
      Le reste de la population, moins de 1 000 000 de personnes sont des artisans, des commerçants, des fonctionnaires....
      Les Français de souche sont principalement originaires de Corse, des Pyrénées-Orientales, du Vaucluse, de la Savoie, de la Drome en pourcentage plus faible, de la Seine, des Bouches du Rhône, de l'Hérault, de la Lorraine.

      Il faut savoir qu'en 1901 on comptait 510000 Européens.
      Ces chiffres démontrent que la population des Pieds-Noirs avait doublé en 60 ans.

Photo Robert Antoine

      La population indigène était évaluée à la louche en 1830 à 250 000.
      A notre départ, ils étaient 10 000 000.
Photo Robert Antoine

      Le bilan de la colonisation française est à faire, mais qui aura l'audace, aujourd'hui d'afficher les vrais chiffres qui effraieraient certains.
      Quant à moi j'ébaucherai un point sur la décolonisation, un mot nouveau, mais qui s'exprime bien. J'en goûte déjà les saveurs arriéres.

      L'article 10 du décret du 19 septembre 1848 prévoit que les colons seront dirigés vers l'Algérie dans les plus brefs délais possible. Les délais de route, de traversée, de transport des effets et du mobilier seront au compte de l'Etat.
      Le RETOUR est ralenti, payant, les bagages réduits à une valise par personne, ne parlons pas de mobilier...
      La place en 4 éme classe était difficile à obtenir...

ART. 7..

Immédiatement après leur arrivée en Algérie, les colons cultivateurs ou ouvriers d'art seront provisoirement installés sous la tente, ou dans des baraques préparée pour les recevoir, et mis en mesure de commencer leurs travaux.

Photo Robert Antoine

      C'est l'été 1962. Chaque jour des navires déversent leurs cargaisons humaines sur les quais de Marseille, Sète, Port-Vendres ou Alicante.

      Le débarquement des passagers à Marseille se fait entre rangée de C.R.S. mitraillette en bandoulière, et inspecteurs de R.G. espérant trouver quelques participants O.A.S.
      Il y avait de la peur dans l'oeil des enfants, de la douleur dans celui des femmes, de la colère dans celui des hommes.
      Les vieux, les vieilles, souvent embarqués de force, pleuraient leur désespérance, assis, là, sur une caisse.
      En juillet 1962 tout Piede-Noire était suspect, sinon coupable. Le délit d'accent s'ajoutait à celui de sale gueule.
      Un journal communiste de Marseille nous traitait d'envahisseurs, Gaston Déferre, Maire de Marseille, nous trouvait bien encombrants.

Photo Robert Antoine

      Le Gouvernement Français n'avait pas voulu prévoir cet exode massif.
      Il attendait 400 000 personnes sur 4ans;
      Il en arriva 512 000 en 4 mois (de mai à août) dont 192 000 à Marseille pour le seul mois de juin. Des vacanciers, dira-t-on, dans la très officielle presse de l'époque.
      Au 31 décembre, 651 265 Français d'Algérie étaient en France.
      Le plus grand exode de l'après-guerre se terminait.

      On a été hébergé dans des camps, on a envahi les lits de la famille oubliée, on a cohabité en se serrant avec ceux qui avaient un toit, une grange, un poulailler. A ceux qui nous ont tendu la main : Merci.

      Paul Delouvrier, un des derniers représentants de la France en Algérie a pu écrire " J'étais scandalisé par la manière dont la France métropolitaine accueillait les Français d'Algérie "

Photo Robert Antoine

      Ce brave homme muté à l'E.D.F. avait moins de soucis que les Pieds-Noirs en quête de travail. Bizarre, ils en trouvaient...

      Cet exode a permis à Simone De Beauvoir d'écrire " Quand les Pieds -Noirs se ruèrent sur la France, disputant logement et travail aux autochones, alors seulement on vit naître juste à point pour relancer l'ancien, un nouveau racisme entre gens de même race ".

      Son compagnon, Jean-Paul Sartre a pu oser écrire cette pensée philosophique " Abattre un Européen d'Algérie, c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé: restent un homme mort et un homme libre. "

      Dans la même veine mais avec une note d'accent du midi, LE TRAVAILLEUR CATALAN explique aux Pieds-Noirs débarqués à Port Vendres " Qu'ils ne doivent pas se sentir privilégiés, le travail, le logement doivent d'abord revenir aux Catalans. Raisonner ainsi ce n'est pas être égoïste mais juste".

      Tous ces pisseurs d'encre ne valent pas une paire de mains sales, une volonté de s'en sortir malgré un moral au plus bas.

      L'insensibilité de De Gaulle a été ressentie comme une vexation supplémentaire. Jamais le chef de l'Etat n'a eu un mot de compassion, de charité, envers ceux qui l'avaient humilié mais aussi appelé.

      Grand chrétien, le grand Charles a dû prier à voix basse pour ravaler ses remerciements et apaiser ses reniements pour ceux qui l'avaient fait " roi".
      Pour ces Français perdus, la mère patrie est devenue une mère marâtre.
      Français et Pieds-Noirs se comprennent mal.
      D'un côté, une France encore sous les relents de la 4éme République, se relève mal des guerres 1939/1945, de la guerre d'Indochine, des indépendances de la Tunisie, du Maroc et bien sûr de l'Algérie.
      D'un autre côté, une population qui saisit mal le fonctionnement métropolitain, fait de clientélisme politique et, en 1962, de renoncements à un patrimoine, à une grandeur.
      L'Empire est en train de partir en lambeaux, qu'importe ! La 4éme eut des goûts de XVIIIème siècle, on bradait et l'on attendait le déluge ...
      Aussi, ne rajouterai-je pas de sel sur la plaie encore ouverte : cela ferait encore mal si on la touchait.
      Ceux qui ont vécu en Algérie ont leurs propres convictions et ne veulent plus réveiller de fantômes. Dans leurs yeux tristes, ils veulent oublier qu'ils sont des vaincus, défendant une cause juste.

Tout suffocant
Et blême quand
Sonne l'heure
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

                Verlaine/Brassens


3ème PARTIE --- A SUIVRE
Histoire écrite en l'an 2001 par Robert ANTOINE
Photographies de l'auteur

A ma femme, à mes filles
A M. et Mme Roger Fauthoux
A ceux qui m'ont aidé à retrouver
une documentation perdue

M. ANTOINE nous fait l'honneur de la diffusion, par épisodes sur notre site, de ce livre de souvenirs. Pour ceux qui voudraient posseder ce livre, il est vendu par l'auteur au prix de 25 Euros (hors frais d'envoi).
Adresse de courriel, cliquez ICI --> : M. Robert Antoine


 LES FRERES PIEDS-NOIRS
Par Christian Roehrig
N° 3             

PREFACE

     A travers un survol virtuel de mes souvenirs, moi, petit et humble piednoir de Bab-El-Oued (Place Lelièvre) je retrace certains faits historiques qui m'ont profondément marqué.
     Mi goguenard, mi-cynique, quelquefois acerbe, je décris en pataouète, mes états d'âme et mes ressentiments à l'égard de certains hommes politiques qui ont failli à leur parole d'honneur.
     Depuis ces désillusions, j'observe les charognards se disputer le pouvoir.
     Devenu grand-père, je doute, si rien ne bouge, de la nationalité future de mes arrière- petits enfants que je ne connaîtrai pas et à qui je veux, par le présent, laisser le témoignage d'une vérité.
C. ROEHRIG     

<====OOO====>
PUTAIN DE GUERRE !

        Christian : Rue du Chateaudun ! ... Kader ! .. Il était juste en face de la Villa de Monsieur Mazoyer.. Moi j'habitais un peu plus haut, dans le poste de pompiers, alors c'est à moi que tu parles de Kader ! J'ai vu son frère, l'aîné, quand y s'est installé, même que c'est mon père qui l 'a aidé, on s'connaissait bien. C'est vrai qu'après, lui aussi il est devenu FLN. Mais j'crois qu'il a crû lui aussi aux politiques arabes qui disaient n'importe quoi, la même musique que les nautes hein ! Et nous les couillons de l'histoire on est là avec nos regrets.

        Tiens r'garde, tu te souviens de Soustelle ?

        Tu t 'souviens quand il a écrit, lui il a pas Seul'ment dit, il a écrit j' crois qu'c'est en 1955 qu'il a dit aux armées, qu'il fallait défendre la France pace qu'on était en France et qui fallait pas faire comme en 40, y fallait pas céder à l'agression, il a même dit que çui qui parlait il était d'accord avec la France (alors là, moi j'ai jamais compris, y disait qu'on était en France, puisqu'il était lui le Gouverneur et y disait qu'il était d'accord avec la France va comprendre toi).

        Bon, y disait que la France voulait poursuivre son oeuvre pour tous et plus pour les fils musulmans, même qu'il avait dit aux patos qui venaient chez nous pour nous défendre, qui fallait pas qui z'oublient qui `z'avaient une dette d'honneur pace qu'en 1943 et 1944 y en avaient des dizaines de milliers qui z'étaient venus en France la Mère Patrie pour la libérer des Allemands, y en a qui sont passés par l'Italie et Monte-Cassino. Ouais Monte-Cassino ! Tiens, j'ai le frère de lait d'mon père, Alexis qui s'appelait le pôvre, ouais faut te dire que ma grand-mère, elle était comme toi, mangeuse de spaghetti, mais chez nous on avait le cœur généreux ; hein mon frère ! Eh bien la mère d'Alexis elle avait pas de lait dans la poitrine, alors comme ma grand-mère elle en avait trop, pour pas le jeter, elle prenait le petit Alexis, quand mon père il avait fini de sucer sa mère, elle lui donnait son lait, mais sans faire payer, pace que chez nous on est comme ça, l'argent on s'en fout on n'en a jamais, et puis ma mémé elle était tell'ment gentille que l'Bon Dieu lui-même y avait donné son nom elle s'appelait GENTIL Antoinette et elle avait une voix, que quand elle chantait en lavant le linge au lavoir des messageries, tout le monde y s'arrêtait, alors pourquoi...

        Bon, j 'm'éloigne du sujet, je te disais que mon oncle de lait Alexis, il est parti un jour et il a dit à mon père : " Je r'viendrai quand j'aurai fini cette putain d'guerre qui met ma Mère la Patrie en danger et quand tous mes frères de là-bas y seront délivrés. " Et je sais qu'un jour mon père il a reçu une lettre ou une carte et Alexis lui disait, je vois les cigognes de ton pays voler au-dessus des cheminées. Ouais mon père y descendait des Alsaciens, vu qu'mon grand-père Alphonse y l'est né à Roechwoog en Alsace, après j'te dirai sur mon grand-père.

        Bon, un soir, alors qu' la guerre était finie, Alexis est venu à la maison, il était minuit ou une heure du matin, il était encore en militaire avec des rubans sur la poitrine, y disait qu'il les avait gagnés au front, il avait dans sa main gauche une morue, j'te jure on dirait que j' le vois, pace que ma mère, elle était espagnole et elle aimait la morue, alors pour lui faire un peu de plaisir, tu vois, j 'suis sûr, que même quand il était dans les montagnes en Italie à combattre les allemands il pensait à nous, à moi il m'app'lait beau blond, bon je continue, dans sa main droite il avait un accordéon piano qu'il tenait par la courroie. On était tous, content de l 'voir, même si c'était la nuit et qu'on a plus dormi après, vu qu' mon père il lui demandait de tout raconter.
       Pourquoi j'te dis tout ça ? Ah ouais ! C'est pour en revenir à monsieur Soustelle qui avait dit qu'il fallait que les patos y z'aient la reconnaissance du ventre et qu'y viennent chez nous pour arrêter la dictature et la terreur et il avait même dit qu'en sauvant l'Algérie y sauvaient la France.

        J'sais pas pourquoi je raconte cette épisode ! Tias compris toi ? "Voilà une heure que je tchatche et j' sais plus pourquoi, va t'en sa'oir ?

        Tu t'rends compte comme c'était beau chez nous, il était Beau naute Pays, dire qu'il a fallu tout laisser à des gens qui savent même pas apprécier ? J'ai du mal à l'croire.

        Des fois y faut que j'me pince pour réadser que j'suis loin d'chez moi

        Ça y est j'me souviens mainnant ce que j'voulais te dire à propos de Soustelle. Tu t'rappelles quand il est parti d'Alger toute cette foule qui s'était rassemblée au Port pour l'empêcher de partir, alors lui, il s'était mis dans un char A.M.X, pour pouvoir embarquer. La foule, elle ne voulait absolument pas qu'il s'en aille et y a Charly Falzon, ouais çui qui était l'haltérophile qui s'est même pendu au canon du char A.M.X. pour l'empêcher davancer, il a fallu l'intervention gentille des gars de la police pour mettre un peu d'ordre et faire embarquer Soustelle qui, dès qu'il s'est trouvé sur le Bateau, les gars du port ont enlevé la coupée. Soustelle c'était un gars bien qui nous avait compris, dans le vrai sens du terme hein, pas comme l'aute, alors nous on voulait qu'il reste. Mais oilà y fallait qu'y retourne en France.

        J'crois bien qu'lui aussi y voulait pas partir.

        D'ailleurs y nous a dit merci quand il était au cul du bateau. J'crois qu'ce jour là, sa femme elle a pleuré d'émotion.

        Joseph : Les souvenirs y reviennent et je pleure moi aussi, mais j'te jure j'ai plus d'larmes, y faut même, comme y m'a dit le docteur pour les yeux, que j mette des gouttes pace que j'ai plus d'larmes, p'tête que j'ai trop pleuré ! Mais entention hein !!! Entention !!, personne y m'a vu, j't'le dis à toi pace qu'on est frère D'la-Bas, mais j'te jure, y a pas un patos qui m'a vu, en plus c'est la nuit que j'pleure pace que, moi la nuit, elle est plus à moi, elle est à mes ancêtres qui ont construit cette terre avec leurs mains. Alors la nuit je, suis avec eux et je demande qu'ils me pardonnent de les a'oir abandonné dans leur cim'tière tout froid, sans jamais qu'personne y viennent les voir, ni même leur donner une fleur pour leur dire merci d'avoir construit un si beau pays.

        On va pas s'mettre à chialer comme les femmes, hein Christian! Mon frère, j'vois qu'tias la larme.

        Christian : La larme, plus je vieillis et plus elle vient directos. Quand j'pense au Pays si beau et si propre qu'on a laisse... J'ai l'cœur qui saute qu'en j'vois c'qu'ils en font, pace qu'eux aussi c'était nos frères, mais ici y z'ont rien compris.

        "Enfin ! Tu t'souviens de çui qu'on appelait Fernandel tell'ment il avait les dents comme le vrai, on l'appelait aussi double tchatche pace qu'il bégayait. Il était toujours chez Coco et Riri (Tuduri), il avait gagné le véo que la collection elle devait nous donner si on finissait de remplir les cases avec toutes les images des sportifs, mais là j'crois qu'y a eu un chiqulala pace que, dis-moi comment qui pouvait acheter les bonbons hein! Dis moi, comment y pouvait ? Jamais il avait un sou sur lui, alors ? Mais j'suis bien content qu'ce soit lui, il était tout heureux avec le vélo...Vert qu'il était.

        Ouais y avait lui et Louis qu'y' avait un vélo. Vitiello tu t'souviens, le vélo jaune qu'il avait ? Purée, une fois y m'le prête et je pars. Je voulais aller à la forêt, en passant par le frais vallon, je monte vers la pour aller vers la forêt Baïnem, j'avais pas pris de l'eau et oilà que j'commence à avoir la langue qui commence à grossir, tell'ment j'avais soif, mais y'avait rien pour qu'je boive une goutte, la langue, elle me pendait tell 'ment que j'croyais qu'j'allais m'en servir pour freiner. Mama mia, alors j'suis retourné et dans la descente du frais vallon, j'me suis arrêté à la source. J'ai tell'ment bu, que j't'assure, j'croyais qu'j'allais la vider. Quand j'ai eu plus soif, j'suis remonté sur mon vélo enfin çui d'Louis et j'ai pas fait 500 mètres, juste devant le Moulin Saint Louis, madre mia, j'me tape une gamelle, j'm'étale comme une crêpe. J'ai fait la plus belle cabriole d ma vie, heureus'ment le vélo de Louis il a rien eu, j'avais peur d'l' a'oir cassé mais rien, il était solide heureus'ment, j'me faisais du sang noir, tu vois pas qu'il veut l'prêter à un aute, comment qu'il aurait fait ? Pace que tu connais Louis hein! Il prêtait son vélo à tout l'monde.

        Tu vois, j'te parle du Moulin Saint Louis et je vois la p'tite du menuisier ébéniste Olcina, ouais il m'avait fait un meuble quand j'me suis marié et sa fille elle était une connaissance de ma femme vu que son père il était, comme mon beau-père, réfugié politique espagnol. Dis moi! Qu'est-ce qu'elle avait fait cette fille, belle comme une nuit pleine d'étoiles, toute fraîche encore, que même le Bourdon il l'avait pas touché tell'ment elle était pure, eh bien un soir, elle revenait du travail, une balle dans la tête point final, elle est partie dans le de ciel sans savoir pourquoi, oilà elle revenait du boulot et elle s'est trouvée sur la trajectoire d'une balle perdue. Encore une de perdue et y en a eu beaucoup mais jamais personne qui est venu les réclamer. Le pôvre monsieur Olcina, il est mort de chagrin, vu qu c'était sa seule enfant.

        Putain d'guerre ! ! Y en a qui z'ont jamais compris que ceux qui déclarent la guerre ils la font pas mais ils en tirent tous les bénéfices et nous, les cons on se tue pour eux. ...

        Mais c'est vrai qu'c'était pas encore une guerre, y avait des bombes partout, on tuait dans toutes les rues mais pour Paris qui était bien protégé c'était pas une guerre.

        J'crois qu'à c't'époque, il aurait p't'ête fallu qu'les fellouzes y nous envoient la bombe atomique pour qu'à Paris y disent enfin qu'c'était la guerre. Pour eux c'était une opération de police. Tu t'rends compte toi ? "Une opération de police !...

        Enfin j'parlais d'Louis. Tu vois comme les souvenirs y s'échappent et y reviennent, y font du yoyo.

La Suite au prochain Numéro

ETOURNEAUX
Envoyé par M. Marc Dalaut
Ecrit par M. Gaëtan Dalaut


Levé d'uje olivette, un grand vol d'étourneaux
D'un bruissement sourd emplit partout l'espace.
Au battement d'ailes, l'épais nuage passe
Pour gagner un marais tout pauplé de vanneaux.

Le vol se contractent soulain et des anneaux
Suivent, en l'entourant, un pout petit rapace
Qui, piquant droit sur lui, l'a percé, le dépasse.
Des masses dans le ciel rouhent tel les tonneaux.

C'est dans le birmament la lutte pour la vie
Où les oiseaux ensemble et rien ne les dévie,
Sans un cri, combattent en courageux élans.

Et hongtemps, de là-haut, bhessés et tués tombent
Quand parfois, à leur tour, éperviers ou milans,
Percés de coups de becs, s'échappent ou succombent.


COLONISATION de L'ALGERIE
  1843                           Par ENFANTIN                      N° 12 
1ère PARTIE
CONSTITUTION DE LA PROPRIÉTÉ.

1er Chapitre : État ancien de la propriété en Algérie.
2ème Chapitre : État actuel de la propriété en France.
3ème Chapitre : État de la propriété pour l'Algérie française.

CHAPITRE III.

CONSTITUTION DE LA PROPRIÉTÉ
POUR L'ALGÉRIE FRANÇAISE.
SOMMAIRE DES PRINCIPES DE CE CHAPITRE.


- CONSERVER les principes communs à l'Algérie et à la France.
- DÉTRUIRE les principes contraires à l'union des indigènes et des Européens.
- INTRODUIRE des principes nouveaux pour les uns ou les autres, avantageux à tous deux, et dont les germes sont déjà en Algérie ou en France.
  

        XVIII. - M. Bureau de la Malle, dans un ouvrage où je regrette vivement de n'avoir pas trouvé un chapitre spécial sur l'organisation des colonies romaines, mais qui est rempli de recherches précieuses sur l'économie politique des Romains, dit, en parlant du cadastre1 :
        " Niebuhr pense qu'avec un cadastre et des règlements semblables, la faculté de vendre des morceaux d'une mesure arbitraire était interdite. Ce mode de vente auquel nous sommes habitués, eut, dit-il, fait échouer tout l'art et toute l'habileté que les agrimensores apportaient dans l'arpentage et dans la détermination de l'étendue et des limites primitives. D'après le savant allemand, les partages et les ventes, lorsque le fonds n'était pas aliéné en entier, avaient toujours lieu sur le pied duodécimal, et c'est ce qui explique pourquoi, dans le Digeste, il est si souvent parlé de plusieurs propriétaires du même FUNDUS. Nous n'oserions affirmer que, dans les fractions du fundus, on ait toujours observé la proportion duodécimale .... Mais je n'hésite pas à admettre avec Niebubr qu'un fundus, assigné par l'État ou possédé par un particulier, était considéré comme une ferme close, comme un tout dans des limites invariables. "
        M. le Maréchal duc de Raguse, traitant un sujet qui a un rapport plus direct avec celui qui nous occupe, s'exprime ainsi sur la propriété dans les colonies militaires d'Autriche2.
        " Les familles sont nombreuses et possèdent collectivement; les individus ne possèdent pas, tout est commun entre eux. Une famille se compose de plusieurs ménages, et s'élève quelquefois au-delà de soixante individus3. "
        M. Michel Chevalier, dans ses lettres sur l'Allemagne, écrit :
        " En Bohème, la pensée dominante de l'autorité est d'améliorer la condition, des paysans, qui, il y a un demi-siècle, était misérable.... Dans le but de fonder cette classe de propriétaires fonciers possédant une suffisante indépendance vis-à-vis des seigneurs, on a interdit à ceux-ci la faculté d'acheter les terres des paysans ; mais l'on ne s'est pas borné là. Il était probable que les paysans voudraient diviser indéfiniment leurs terres entre leurs enfants. Ainsi, le sol eût été morcelé, réduit en poudre; la population des campagnes, condamnée à végéter comme les Irlandais sur un sol en lambeaux, fût restée à la merci des nobles. Il fallait donc arrêter le morcellement du territoire au-delà d'un certain, point, et c'est le parti que l'on a pris. Toute propriété dont la contenance n'est que de quarante metzen (sept hectares et demi) est indivisible même par héritage ; cela ne veut pas dire que le père soit forcé de la léguer à un seul de ses enfants au détriment des autres ; cette restriction, relative à l'exploitation, n'a aucun rapport avec le partage de la fortune paternelle. "
        Je cite ces trois exemples, non pour prouver que des obstacles à la liberté individuelle ont été ou sont encore jugés utiles, dans des temps ou des lieux différents de ceux où nous sommes; ceci n'a pas besoin de preuves, personne n'en doute en France, puisque notre révolution a été faite, en grande partie, pour détruire ceux de ces obstacles qui existaient dans l'ancienne constitution française, et puisque, jamais et nulle part, chez aucun peuple passé ou présent, la propriété individuelle de la terre n'a été aussi libre qu'elle l'est en France, où elle trouve pourtant encore d'assez grands obstacles, sinon à sa divisibilité, au moins à sa mobilité et même à la libre disposition par testament. Mais j'ai cité ces trois faits, parce qu'ils complètent, avec ce que j'ai déjà dit sur notre propriété MIXTE, tout ce que je dois appliquer à la constitution de la propriété foncière dans les colonies civiles de l'Algérie.
        Un arrondissement colonial doit être une association, ayant pour but l'exploitation du territoire ; c'est une tribu européenne, analogue, sous ce rapport, à la société anonyme d'Arcachon, près de La Teste.
        Cette ASSOCIATION se composerait (selon la disposition des lieux et la nature des cultures, et en raison des conditions de sécurité et de salubrité) de villages et de fermes, ou de villages seulement, ou de fermes seulement.
        Les villages seraient, dans la grande association de l'arrondissement, une ASSOCIATION spéciale de fermes, réunies dans une même enceinte, fermés dont le territoire propre serait parfaitement délimité.
        La ferme, élément de la commune, qui elle-même est l'élément de l'arrondissement,serait encore une ASSOCIATION de familles, un fundus, un douar, et son territoire , cadastré et limité, serait commun quant à la culture, sauf celui consacré à chaque famille pour son jardin, dont elle aurait seule le soin, la jouissance, et même, à certaines conditions à'ordre public, la propriété.
        En d'autres termes, pas de familles et de maisons isolées;
        Pas de propriété individuelle du sol propre à la culture commune.
        Culture commune, obligatoire pour tous, des terres de la ferme, par les familles qui la composent.
        Jouissance individuelle des jardins et des habitations des familles.
        Liberté de vendre et transmettre les maisons et les jardins, sauf adoption par l'autorité publique de l'acquéreur ou successeur, comme membre de la ferme.
        Faculté laissée à l'association d'aliéner de nouveaux jardins et emplacements d'habitation, situés dans un territoire destiné à cet usage, dans le cas d'accroissement de population, soit directement dans le sein des familles , soit par l'adjonction de nouvelles familles, jugées nécessaires ou utiles, ou même agréables à la commune.
        Ainsi, le territoire agricole de l'arrondissement, du village, de la ferme, remplirait la condition du fundus romain ; il serait un tout dans des limites invariables, posées par l'État, et ne pouvant être modifiées que par lui.
        Comme dans les colonies militaires d'Autriche, l'élément social serait une association de familles, semblable au douar, et cet élément ne serait pas l'individu, comme en France.
        Et, de même qu'en Bohême, la part de liberté serait faite à la faculté de vendre et transmettre, tout en limitant l'étendue de la propriété individuelle et empêchant la divisibilité de la terre.
        Enfin, comme dans les sociétés anonymes de France, la propriété aurait le caractère foncier quant au fond, et mobilier quant au titre; elle serait gérée et administrée par des intéressés dans l'association, sans la surveillance des délégués de l'autorité publique, et conformément à des statuts autorisés par le Gouvernement , acceptés par les intéressés et publiés officiellement.
        Lors donc que des colons se présentent ou que le Gouvernement les appelle, la première chose n'est pas de leur distribuer individuellement des terres, comme on le fait aujourd'hui; c'est de les former en SOCIETE, de fixer les bases de leur association, de déterminer le. nombre convenable de familles pour telle localité, l'étendue du territoire qu'elles occuperont, la forme de leurs villages et de leurs fermes, leur mode d'organisation et leur règlement de travail; en un mot, de les constituer en corps et de composer leur personnel administratif. Et j'entends ce mot comme il est compris dans les sociétés anonymes, et non pas comme s'il n'était question, ainsi que cela se passe dans l'administration civile, que des registres de l'état civil et de ceux du percepteur d'impôt.
        Nous agissons à peu près d'une manière inverse ; nous n'établissons jusqu'à présent, en Algérie, que des individus pris au hasard, n'ayant aucun lien entre eux; et lorsque nous leur avons donné des terres, un maire, des gendarmes et même un percepteur, et quelquefois un curé, nous croyons avoir fondé un village colonial! Il faut avouer que ce serait jouer de bonheur, si le percepteur était satisfait de l'impôt, le gendarme de la police, le maire de l'ordre, et le curé de la moralité, dans de pareils villages.
        Et surtout, quel miracle ! si de semblables agglomérations individus avaient la moindre force collective pour résister aux Arabes, ou pour combattre avec succès les puissantes exigences du sol et du climat ! La plus faible tribu arabe dépouillerait facilement le plus gros, je ne peux pas dire le plus fort de ces villages ; quelques maraudeurs suffiraient pour mettre sur pied, nuit et jour, tous ces petits bourgeois campagnards, gardant